[cinéphilies :] Eric Valette

24 Nov

Eric Valette était à Strasbourg pour présenter son film, Une affaire d’état (sortie le 25 novembre 2009). Thriller politique autour de la françafrique, adapté du roman Nos Fantastiques Années fric de Dominique Manotti, dans la tradition française du cinéma d’Yves Boisset, le film sera probablement décortiqué par l’équipe de Cutlaradio (en ligne samedi 28 novembre). En attendant, Eric Valette réagit à quelques titres de films.

LORD OF WAR (Andrew Niccol)

Je pense que ce qui est le plus proche de Lord of War dans le film, c’est l’affiche. Je crois que l’affiche américaine, pas la française, représente le visage de Nicolas Cage avec des armes. C’est un débat qui m’échappe, car c’est un débat promotionnel. En dehors de ça, je n’aime pas beaucoup Lord of War pour plein de raisons… Je n’arrive pas à m’intéresser à ce personnage et j’ai beaucoup de problèmes avec Nicolas Cage en général.

LES DEMONS DE JESUS (Bernie Bonvoisin)

Je vais être très honnête, j’ai vu Les Démons de Jésus pour la première fois il y a six mois. J’ai trouvé Thierry Frémont super dans ce film, comme il l’est dans plein d’autres d’ailleurs. Mais ça ne fait pas nécessairement partie des films qui m’ont inspiré pour choisir Thierry. Ce qui a été décisif, c’était le téléfilm sur Francis Heaulme (Dans la tête du tueur de Claude-Michel Rome). C’est assez rare de trouver dans le cinéma français quelqu’un qui est aussi investi physiquement dans ses rôles, qui les prépare aussi bien… quelqu’un d’aussi pro sur un plateau, qui ne pose absolument aucun problème, qui et toujours partant, toujours à demander plus. Thierry Frémont c’est vraiment un comédien passionnant et j’espère qui si Une affaire d’état peut faire juste un truc, c’est amener Thierry Frémont à devenir, je ne vais pas dire bankable, mais à être plus considéré, je serais déjà très content.

LE SAUT DE L’ANGE (Yves Boisset)

Ah ! c’est un très beau film que j’ai découvert y’a pas très longtemps. Ce que j’aime dans ce film c’est son espèce de mélange très improbable entre un côté finalement, très, très bande dessinée, très pop et bondissant avec un fond assez grave de magouilles électorales et de luttes de pouvoir à Marseille, si je ne me trompe pas. J’aime bien ce mélange où il y a un côté, à la fois super bis, très divertissant, avec des gueules de seconds rôles italiens improbables, comme Gordon Mitchell qui est là vingt minutes et en même temps un discours qui n’est pas rien, porté par un Jean Yanne extrêmement badass, sous son côté un petit peu débonnaire de français moyen. Il y a un plan dont je me souviendrai toute ma vie c’est celui où il découvre que sa femme a été assassinée dans son lit… il soulève le drap, il voit le visage mort de sa femme et il n’exprime strictement aucune émotion, c’est comme si il venait d’acheter son pain. C’est une scène totalement scotchante. Ce film a des tas d’éléments très marquants notamment la très belle musique de François de Roubaix. Et Comme pour une affaire d’état, on ne sait pas tout de suite où on va au niveau de l’intrigue. Ça m’excite plus de ne pas savoir où je vais aller, que le maniérisme d’un certain cinéma contemporain, qui consiste à nous montrer la fin avant le début, créer ces effets chronologiques pour créer une dynamique artificielle dans un récit. Ça me laisse plus perplexe.

Intervention de l’interviewer : les deux films ont en commun de collectionner les gueules, comme HPG ou Eric Savin (dans Une affaire d’état). Comment s’est fait le casting ?

Pour être très honnête, on a fait un film qui aurait dû être tourné avec beaucoup plus d’argent mais on n’a pas eu de chaîne hertzienne donc on s’est retrouvés avec Eric Névé, le producteur à essayer de faire des économies. On a commencé à sabrer dans le script, à couper des jours de tournage et puis on s’est dit que le premier truc à couper en matière de salaire c’était le directeur de casting. On a pris quelqu’un qui s’occupait des touts petits rôles, des personnes qui avaient une ou deux répliques. Pour tous les rôles, Eric et moi nous sommes concertés et avons décidé, comme, par exemple, pour le personnage du tueur qu’on appelle Le Chauve. Rachida Brakni m’a dit qu’elle connaissait HPG, qui a effectivement une très bonne gueule. En plus j’avais adoré On ne devrait pas exister, qui est un très bon film d’auteur français. Rachida me donne le numéro d’HPG, je lui dis qu’il n’y a pas une ligne de dialogue, et voilà, il le fait… on a vraiment fonctionné sur ce principe, que les comédiens nous servaient de directeurs de casting en quelque sorte. C’est pour ça que le film a un casting un peu à l’ancienne, avec plein de gueules, avec des gens qu’on retient, même s’ils sont là cinq minutes.

POLICE FEDERALE LOS ANGELES (William Friedkin)

Friedkin, c’est un de mes cinéastes préférés. Je suis un fou de Friedkin pour plein de raisons, sa mise en scène, son travail sur le son et, ce que j’ai modestement essayé de faire à mon niveau : c’est un type qui ne tranche pas, qui ne donne pas de réponse à tout. C’est vrai qu’il y a des choses dans le film qui, j’espère, feront penser à Friedkin, sans être des citations. La mort brutale d’un des personnages importants découle du cinéma de Friedkin. Ce personnage ne devait pas mourir dans la scène, il devait être mortellement blessé. Ça créait une longue scène et au moment où il s’est agi de couper des jours de tournage, j’ai réécrit la scène, de façon plus radicale. Et en la réécrivant, je pense forcément à Police fédérale Los Angeles et je récupère la technique : on tire un jet de sang à air comprimé sur le visage du type pour faire un effet fulgurant qui ne nécessite pas de prothèse et qui est fait en cinq minutes sur le plateau. On le voit aussi sur French Connection et du moment que c’est monté correctement, ça marche très bien. Donc effectivement, il y a de ça là-dedans, à la fois par goût et par nécessité.

DJANGO PORTE SA CROIX (Enzo G. Castellari)

Je vais être très honnête, je ne l’ai jamais vu mais j’aime beaucoup ce titre. J’ai vu plein de westerns italiens mais pas celui-là. Il se trouve que pour la déco, on avait récupéré l’affiche de Django porte sa croix. Donc on l’a mis dans le décor pour évoquer l’amour que pouvait avoir pour le western italien et ses musiques le personnage incarné par Gérald Laroche. C’était un peu un accident, mais ça fait partie d’un travail visuel ou sonore sur le film : je ne voulais pas être dans la citation où ça se passe à travers le dialogue. Je ne voulais pas entrer dans la « tarantinade », il sait le faire très bien, mais il y a beaucoup trop de monde qui essaie de faire pareil.

Propos recueillis par François-Xavier Taboni

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