[cinéphilies :] Bruno Dumont et Julie Sokolowski

26 Nov

Bruno Dumont vient d'annoncer à ses acteurs que finalement, il veut faire une comédie.

Bruno Dumont et Julie Sokolowski étaient à Strasbourg pour présenter Hadewijch (prononcez Hadewijch), sortie en salles le 25 novembre. Inquiète devant la foi extatique et aveugle d’Hadewijch, la mère supérieure décide de la renvoyer du couvent. « Il n’est pas nécessaire, pour se rapprocher de Dieu, de se détacher du monde », lui dit-elle. Hadewijch redevient Céline, une jeune femme parisienne. Mais elle garde sa foi et sa profonde conviction. Jusqu’au bout ?
Hadewijch est peut-être le film le plus complexe de Bruno Dumont, et le moins efficace. Son propos est encore plus serré, sa mise en scène toujours plus stricte, mais il y a, dans ce qu’il autorise à ses acteurs, une forme de liberté (toujours sous la contrainte) qui offre d’autres chemins. Dont certains, peut-être pour la première fois dans son cinéma, lui échappent. Aucun de ses films n’est aimable. Hadewijch, avec le temps, peut séduire.
En attendant que les intervenants de la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le samedi 28 novembre) livrent leur verdict, Bruno Dumont et Julie Sokolowski se prêtent au jeu de la cinéphilie et réagissent à quelques titres de films.

ANTICHRIST (Lars von Trier)
Bruno Dumont : C’est un cinéaste que j’aime beaucoup. J’ai été assez déçu par son film. J’ai trouvé ça très décevant pendant une heure. Et après, ça commence à être bien. Mais je n’ai pas compris : sa manière de faire, sa manière de filmer… Faire la grimace au spectateur. Ca ne m’a pas plu, pas du tout ! Et c’est quand la violence sort que je le trouve plus fort et plus juste.
Julie Sokolowski : J’ai à peu près le même avis. Je n’ai pas apprécié, mais j’ai bien aimé le jeu de Charlotte Gainsbourg. Peut-être qu’elle a ressenti dans ce personnage des souffrances que j’ai pu ressentir en jouant Hadewijch.

DERNIER MAQUIS (Rabah Ameur-Zaïmèche)
Bruno Dumont : Lui, je pense que je l’ai rencontré à Cannes.
Julie Sokolowski (en minaudant) : A Cannes…
B.D. : Ah non c’est pas le problème de Cannes ! Et puis il n’est pas très cannois dans l’esprit, lui non plus… C’est pas le genre… En même temps, Cannes, c’est un endroit où l’on rencontre des gens. C’est quelqu’un que j’aime bien, qui est assez singulier dans le milieu du cinéma. Et je pense que les gens singuliers sont précieux. En fait, je ne connais pas ses films, mais il y a une espèce d’entente. Et ça m’arrive même avec des cinéastes dont je déteste le travail. Il y a quelque chose de commun, c’est assez troublant. Je ne sais pas si on peut appeler ça de la fraternité…
DE BRUIT ET DE FUREUR (Jean-Claude Brisseau)
Bruno Dumont : Est ce que je l’ai vu ? Je ne crois pas. J’ai vu Noce blanche. Je ne connais pas bien son œuvre.

LA VIE DE JESUS (Bruno Dumont)
Julie Sokolowski : C’est de qui ? Je ne l’ai pas vu…
Bruno Dumont : Mais non, tu ne l’as pas vu, si ?
J.S. : Mais si, je l’ai vu.
B.D. : Quand je l’ai revu, j’ai trouvé que c’était trop rapide. Ca m’a fait un drôle d’effet. En le revoyant, je n’aurais pas fait pareil, mais c’est normal je crois.
J.S : C’est un film radical.
B.D. : Qu’est ce que tu entends par radical ?
J.S. : Ben c’est profond.
B.D. : Il y a quelque chose de commun dans mes films, c’est de mettre le Mal devant.
J.S. : C’est aimer le Mal…
B.D. : Non…
J.S. : Non, mais on s’attache aux personnages…
B.D. : Oui… Voilà. C’est cette ambiguïté qui prime. Ce rapport frontal est sain. C’est sain pour le spectateur d’avoir un héros, qui ne soit pas simple mais complexe, à affronter. Il y a un travail à faire, que le cinéaste ne fait pas forcément et qu’il faut faire soi-même. Ca donne du travail au spectateur, ça lui donne une place aussi, ça le valorise.

MA MERE (Christophe Honoré)
Bruno Dumont : Ca me fait penser à la mère supérieure. Qui n’est pas une sœur. J’ai travaillé avec deux femmes qui sont profondément athées et qui ont joué ce rôle des religieuses. C’était très intéressant. Elles avaient ce désir de faire ça, et en même temps pas vraiment l’envie. Voilà à quoi ça me fait penser.

ROSETTA (Frères Dardenne)
Bruno Dumont : On se rencontre de temps en temps, on se dit bonjour gentiment. Avec quelque chose de très chaleureux. Rosetta, j’ai jamais vu.
Julie Sokolowski : Je l’ai vu il y a cinq ou six ans. Je l’ai vu avant de voir L’enfant qui m’a plus marqué. J’aime bien leur cinéma. Ils filment les corps et ça fait du bien de voir des corps en mouvement au cinéma.
B.D. : C’est un petit peu moral quand même.
J.S. : Oui, c’est un petit peu moral…
B.D. : Un peu Kiarostami.
J.S. : On peut dire la même chose sur vos films.
B.D. : Comment ?
J.S. : Vos films aussi on peut dire…
B.D. : Qu’ils le sont ?
J.S. : Immoral…
B.D. : Ah voilà.
J.S. : Oui, mais il y a quand même de la moral dedans.
B.D. : Oui, oui. C’est normal que moi je le ressente…

FASTER, PUSSYCAT ! KILL ! KILL ! (Russ Meyer)
Bruno Dumont : Pardon ? (Silence)… Pas vu. Russ Meyer me dit quelque chose, le titre aussi.
CUT : Russ Meyer était notamment connu pour faire des films avec des actrices jouissant de seins énormes.
Bruno Dumont et Julie Sokolowski : Aaaah oui ! D’accord.
J.S. : J’ai un ami qui a le dvd et j’ai vu des affiches.
B.D. : Je pense avoir vu un documentaire sur lui. Mais je n’ai pas vu le film. J’imagine que c’est pour parler de l’érotisme dans Hadewijch. Dans mon film, l’érotisme est dans la privation. C’est le spectateur qui fait le travail. Ca développe du désir chez le spectateur.
CUT : Que vous mettez tout de même en scène, notamment dans votre façon de filmer la poitrine d’Hadewijch.
Bruno Dumont : Je ne m’en rendais pas compte sur le moment. C’est en la voyant. C’était comme ça, on n’en a pas parlé, ce n’était pas prémédité. C’est son corps qui est comme ça. Après, que le spectateur fasse ce travail… Le corps d’Hadewijch, posé dans ce récit, crée ce désir, ça la rend érotique. Parce qu’elle se refuse aux hommes, elle créée le désir. Moi ça me trouble. C’est troublant pour un homme.

Propos recueillis par Romain Sublon

Publicités

7 Réponses to “[cinéphilies :] Bruno Dumont et Julie Sokolowski”

  1. Reda vendredi 27 novembre 2009 à 121255 #

    Des grandes considérations pouet-pouet non sensiques, encore !
    (La vie de Jesus, trop rapide ? Waaaaaaaw)

  2. MDR vendredi 27 novembre 2009 à 190702 #

    Bruno Dumont : Pardon ? (Silence)… Pas vu. Russ Meyer me dit quelque chose, le titre aussi.
    MDR : Russ Meyer faisait des films d’exploitation. Ce sont des films qui sont conçus dans le but explicite de plaire immédiatement aux gens, même 40 ans après leur sortie.
    Bruno Dumont et Julie Sokolowski : Aaaah oui ! D’accord.

    vive la france

  3. Romain vendredi 27 novembre 2009 à 231127 #

    Cher Reda,
    Il faudrait un peu passer à autre chose non ? Opposer systématiquement le cinéma intello au reste du monde est un peu vain.
    Oui, La vie de Jésus peut être trop rapide. Comme Fast and furious peut être trop lent.

  4. Reda samedi 28 novembre 2009 à 01228 #

    Tu veux que je passe à quoi il n’y a rien à franchir.

    Pour que j’oppose quoique ce soit avec du cinéma intello faudrait déjà que ça soit intelligent. Et quand je lis comment bosse le bonhomme :
    http://www.arkepix.com/kinok/Bruno DUMONT/dumont_interview.html

    c’est pas le mot intello qui me passe par la tête. Cronenberg est un intello. Welles en était un. C’est juste cette propension à prendre des vessies pour des lanternes qui me fait me gondoler de rire à chaque fois, surtout quand c’est confronté à un échange aussi « je cache ma vacuité dans des adjectifs d’artiste torturé ». Faut dire aussi que face à Sokolowski il est pas aidé, la demoiselle ne m’a pas l’air parfaitement cortiqué.

    Si quelqu’un arrive à me dire ce que signifie ce ramassis de portnawak, qu’il me le signale ;-).

    (non mais il est rigolo le Dumont dans l’interview, il dit préparer ses films avec attention en découpant très précisément (au point de ne pas se rendre compte qu’il filme
    son actrice à poil) en contradisant tout ce qui a été dit plus haut… ça sent bien le branlos si tu veux mon avis).

    Oui oui, je sais, Cut donne sa chance a des petits films qui ne font pas le poids face aux zaméricains pointés du doigt dans l’interview… des petits films de mecs qui continuent d’enquiller les échecs financiers impunement sous couvert de mes impôts. Les pauvres, comme je les plainds.

  5. Aq'Otédlaplaq' samedi 28 novembre 2009 à 101027 #

    je trouv qe cé bien de lé plaindsre; cet le debue de lat conpassion.

  6. Romain samedi 28 novembre 2009 à 130137 #

    On se tutoie ?

    Je ne suis pas le premier fan de Dumont, loin de là même! Mais je trouve que, à l’inverse de Lars von Trier, il a des choses à raconter et il se casse la tête pour le faire. En cela, il propose un cinéma intelligent (et parfois contestable).
    Grande qualité de ses films : ils résistent au temps qui passe.

    Je ne savais que l’on défendait les « petits films qui ne font pas le poids face aux zaméricains ».
    Et je n’en pense rien. Je ne suis pas un intello.

  7. Reda samedi 28 novembre 2009 à 210931 #

    Il fut un temps oui…

    En tout cas, grand bien vous en fasse d’y voir quelque chose. Moi j’aime bien son aveu.
    « Il y a un travail à faire, que le cinéaste ne fait pas forcément et qu’il faut faire soi-même. »

    Je ne ferais pas l’affront de resortir les vieilles citations (ça ne parlait pas explicitement mais l’esprit était là)

    Bref, passons à autre chose.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s