[Cinéphilie :] Hippolyte Girardot

11 Déc

Hippolyte Girardot était à Strasbourg pour présenter Yuki & Nina, qu’il a co-réalisé avec Nobuhiro Suwa (sortie le 9 décembre 2009). Drame intimiste où le divorce d’un couple est examiné du point de vue de l’enfant, le film sera probablement disséqué par l’équipe de Cutlaradio (en ligne samedi 12 décembre). En attendant, Hippolyte Girardot réagit à quelques titres de films.

CHANTONS SOUS LA PLUIE (Stanley Donen – Gene Kelly)

On est bien d’accord, ça se passe à l’époque du muet ? J’adore ce film, évidemment parce que c’est très réussi, c’est un vrai spectacle, en permanence, cette énergie est totalement stupéfiante. J’adore la danse, c’est quelque chose qui exprime tellement l’âme humaine, que la sophistication et la brutalité dans ce film réussissent pour moi à combiner beaucoup d’éléments de ce que j’aime dans la danse. Et puis je crois que c’est quelque chose qui devient très vite universel, les films sur la danse, les films avec de la danse. Les scènes de séduction, l’amour, la rivalité, la camaraderie, l’ambition, les échecs : toutes ces situations deviennent universelles grâce à la danse. Et je me souviens avoir vu le film en copie 35 mm avec la classe de ma fille. C’est une classe de sixièmes, il voient pas mal de cinéma, ils sont quand même critiques, en plus les garçons, les histoires de danse, ça les fait chier. Et là, le montage, la rapidité, l’énergie du film on fait qu’ils sont restés muets, stupéfiés de ce qu’ils voyaient. A aucune moment, grâce à la danse, le sentimentalisme n’envahit comme un sirop tout le gâteau. Et pourtant il y en a du sentimentalisme. Grâce à la danse, quand ça part dans le poétique, ça reste toujours joyeux, et un peu bricolé, c’est un peu comme les poèmes de Prévert, c’est du bricolage. Ça reste toujours attractif pour des jeunes. En plus de l’histoire de cette comédienne qui est d’une drôlerie et d’une cruauté absolues, comme souvent dans les films hollywoodiens.

L’ARGENT DE POCHE (François Truffaut)

Jamais vu. Je ne sais pas comment François Truffaut travaillait avec les enfants. Je pense que lui est resté un enfant assez longtemps. C’est qui intéressant à mon avis chez lui c’est que c’était un gosse de la rue et je pense qu’avec les enfants il devait être assez exigeant, même dur, tout en étant assez compréhensif. De ce point de vue, je pense que pour eux ça devait être un bon camarade de travail, un bon metteur en scène.

LA FORET DE MOGARI (Naomi Kawase)

Pas vu non plus. Naomi Kawase, je crois que c’est bien ce qu’elle fait mais elle a un sale caractère. Les gens qui ont un trop mauvais caractère, finalement, si j’en sais trop sur eux, je ne vais pas voir les films. C’est idiot, hein, mais ça m’énerve. Un jour je l’ai croisée à Cannes, elle disait bonjour à Suwa et j’ai trouvé que la façon dont elle disait bonjour n’était pas très sympathique.

LE VOYAGE DU BALLON ROUGE (Hou Hsiao-hsien)

Monsieur Hou. Rencontre magnifique. Grand moment. J’ai été très impressionné de travailler avec ce monsieur, j’ai eu beaucoup de chance. Un concours de circonstances a fait qu’il avait besoin d’un voisin irascible. Je l’ai rencontré via la productrice, c’était vraiment un hasard. Je crois que ça m’a donné la confiance dont j’avais besoin pour faire Yuki & Nina. Je ne connaissais pas bien son œuvre, je l’ai découverte par la suite. Et je me suis rendu compte que c’était vraiment un grand maître. C’était quelqu’un qui venait de la rue, pas un intellectuel, qui petit à petit s’était élevé dans la pensée, qui s’est vraiment jeté corps et âme dans son œuvre et qui parfois à pris des risques insensés pour réussir certains films, en faisant autant, avec moins d’argent, que Coppola sur Apocalypse Now. La façon dont il travaillait, pour Le Voyage du ballon rouge était exceptionnelle. Je me souviens des scènes que j’ai pu avoir avec Juliette Binoche, qui est elle-même une actrice fabuleuse. Quand on tournait nos scènes où ont se hurlait dessus, il mettait en place un petit travelling, l’éclairage, très naturel était mis en place par son immense chef opérateur (Lee Pin Bing). On partait dans la scène, on ne savait absolument pas où ça allait, le mec qui poussait le travelling non plus. Et quand on faisait les scènes, il y avait une sorte d’osmose générale. On faisait, une prise, deux prise, on arrêtait, on passait à autre chose. Le lendemain, il venait nous voir et l’interprète nous disait « monsieur Hou n’est pas content, hier, ça n’allait pas ». Il nous ré-expliquait la situation et ajoutait un élément, qui était toujours très juste. C’est quelqu’un qui connaît très bien les acteurs. Il ne nous dirigeait pas, il nous parlait de la situation, il nous parlait des personnages. Et on recommençait la même scène. Il changeait quelques petites choses, en mettant des accidents et te redonnait l’impulsion de cette façon. Cette façon de travailler nous obligeait nous-même à nous projeter dans l’invention, à comprendre d’avantage ce qu’il voulait. Pas de répétitions, mais beaucoup de concentration, de responsabilisation.

KRAMER CONTRE KRAMER (Robert Benton)

J’en parlais l’autre jour avec un copain. On se disait, c’est con ce film, mais qu’est-ce qu’il marche bien. Et tu te dis il y a un truc, c’est Dustin Hoffman. Meryl Streep, évidemment elle est très bien aussi. Il y a un truc dans le film, en tout cas dans le souvenir que j’en ai, au-delà de la scène classique du pancake qui marche très, très bien, c’est qu’il réussi à avoir un telle proximité avec cet enfant, qu’on a vraiment l’impression de ne plus être dans un film hollywoodien, dans cette relation père-fils. C’est quelque chose qui existait avant, dans Le Voleur de bicyclette, par exemple. Les Italiens sont très forts pour ça. Actuellement aussi, quand on voit Libero de Kim Rossi Stuart, par exemple. Mais pour l’Amérique, c’était nouveau. Il y avait un tout petit peu ça dans Un enfant attend de John Cassavetes. Le rapport à l’enfant, c’est un sujet sur lequel Cassavetes est régulièrement revenu. Dans Gloria, bien sûr, mais aussi dans Love Streams : le rapport qu’il a avec ce gosse qu’on lui a jeté dans les pattes pendant un week-end, c’est vraiment un thème qui revient et je trouve qu’il a raison car c’est un vrai grand sujet.

Propos recueillis par François-Xavier Taboni

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