THE PROPOSITION – John Hillcoat

15 Déc

Croquignol, Ribouldingue et Filochard.

Difficile de l’ignorer : sur les écrans français, La Route mène à cette Proposition. A moins que ce ne soit l’inverse. En dépit des aléas de la distribution hexagonale, le « western australien crépusculaire et fiévreux » précède de quelques années le road-movie hivernal qui en ferait renoncer plus d’un aux joies de la paternité. Quoi qu’il en soit, à l’apocalypse blême répond la canicule infernale ; à la barbarie de l’après fait écho celle de l’avant.

The Proposition a pour cadre et pour moteur la tentative désespérée d’un homme pour civiliser cette terre perdue qu’est l’Australie du 19e siècle. Ce civilisateur, le Capitaine Stanley (Ray Winstone), sujet de sa Majesté, est lui-même une brute épaisse qui se fissure au fil des événements. L’ours Stanley fait à Charlie Burns (Guy Pearce) une offre qu’il ne peut refuser : la tête angélique (et sans doute un peu simplette) de son jeune frère Mike contre celle de l’aîné, le sanguinaire Arthur Burns, chef de gang retiré dans le lacis de canyons de l’outback australien. Mû par l’esprit de famille ou celui de Noël, Charlie se met en route. Sa chevauchée vers celui que les aborigènes surnomment l’homme-chien ne sera que funèbre. Arthur Burns (Danny Huston) est d’une bestialité rare : il se situe en réalité entre chien et loup, entre état de grâce et sauvagerie spectaculaire. Il est l’esprit de ces territoires inhumains et, de tous les personnages, celui qui est leur est le plus sensible – il les comprend et les exprime. Il est un animal social devenu enragé ou une bête féroce mal domestiquée. Il est l’homme que crée l’Australie de la fin du 19e siècle, l’homme de l’avant – celui qui doit mourir.

Ray Winstone incarne le conflit moral, son épouse Martha (Emily Watson) a l’air d’une hallucination victorienne induite par l’insolation ou la malaria, Guy Pearce gagne incontestablement à être à demi-nu, John Hurt, jubilant de jouer le chasseur de têtes mélomane, récite de la poésie – pour mieux te manger, mon enfant –  et Danny Huston (Arthur Burns) n’a pas grand chose à faire sinon incarner cette terra incognita et regarder en face ses crépuscules incendiaires.

Chez Hillcoat, l’entropie gelée de La Route rejoint la canicule fiévreuse de The Proposition dans une sorte de présent éternel, infernal, où le temps fait toujours défaut. Mais si le premier est une fresque de la fin, The Proposition est une épopée des débuts, entre faits et légende. L’ambiguïté y est parfaite : on ne sait si l’humanité se dissout dans l’animalité ou si elle peine à s’en extraire. The Proposition est un film sur le mal – sur ses racines. Les crimes du gang Burns comme ceux de la soldatesque sont autant de péchés originaux. L’ambiguïté morale de ses anti-héros sera le terreau, et peut-être l’engrais, d’une civilisation toujours déjà souillée. Ses européens déplacés reproduisent absurdement, sur cette terre nouvelle, les préjugés du vieux continent, dont la société inégalitaire et raffinée s’inscrit de façon spectrale, hallucinée, dans l’outback désertique. Les aborigènes, mémoire vivante, y sont au pire exterminés, au mieux encouragés à une singerie sinistre. Les racines du mal, donc, dont le banian aux racines aériennes est une métaphore récurrente. Cet arbre, parfois surnommé en anglais figuier étrangleur, qui avant de s’enraciner  demeure un temps suspendu, entre parasite et apparition, fournit au film son image la plus frappante – toutes racines dehors, tentaculaires : l’envers incontrôlable, sauvage, d’une soif d’ancrage.

Jakuts

The Proposition de John Hillcoat
Sortie le 16 décembre – 1h44
Avec Guy Pearce, Ray Winston, Emily Watson

Publicités

5 Réponses to “THE PROPOSITION – John Hillcoat”

  1. Lucie mardi 15 décembre 2009 à 160441 #

    The road est le plus beau film que j’ai vu en 2009. Sa première place sera-t-elle contestée par The proposition ? A la lecture de ce texte, puissant et inspiré, c’est fort possible… J’ai hâte!

  2. Jakuts mercredi 16 décembre 2009 à 180634 #

    En plus Cave & Ellis s’y sont donnes plus de mal musicalement. Parce que dans The Road…hmm (Je ne l’ai pas écrit dans le corps de texte par peur des représailles). Mais c’est une adaptation de Cormac et c’est (presque) un film de zombies – donc je ne dis rien.

  3. Reda mercredi 16 décembre 2009 à 180646 #

    Le film qui marquera 2009 : AVATAR. Haut la main. Il détrône District 9, Gran Torino etc avec une facilité déconcertante.
    Une date majeure.

  4. Jakuts jeudi 17 décembre 2009 à 190705 #

    Si je peux me permettre: il y a des indigènes dans The Proposition aussi. C’est vrai qu’ils ne sont pas bleus. On ne peut pas tout avoir.

  5. Marcel RAMIREZ lundi 28 décembre 2009 à 121218 #

    Dans Max et les Maximonstres, il y a même des Maxi-indigènes !
    Mais bon, ils ne sont pas bleus non plus…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s