[cinéphilie] : Mia Hansen-Love

18 Déc

Mia Hansen-Love (réalisatrice) était à Strasbourg pour présenter son film, Le père de mes enfants (sortie le 16 décembre 2009). Un film construit en deux partie ; un film sur le cinéma ; l’histoire d’un producteur financièrement en bout de course, mais artistiquement toujours aussi passionné ; un film sur la famille de ce producteur et l’amour qui lie les uns aux autres.
Nous parlerons très très probablement de Le père de mes enfants dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le mardi 29 décembre seulement, à cause de Noël qui nous met dans le retard) et si vous le souhaitez vous pouvez en écouter l’entretien minuté sur le site des cinémas Star. En attendant Mia Hansen-Love nous livre ses souvenirs et impressions des films suivants…

VERSAILLES (Pierre Schoeller) :
C’est un film que j’ai beaucoup aimé, mais c’est délicat pour moi d’en parler puisque nous avons les mêmes producteurs : c’est produit par les Films Pelléas. C’est très proche. Même si je ne connais pas le cinéaste, ce n’est pas un ami, mais pour moi c’est un peu la même famille du fait que l’on travaille avec les mêmes producteurs. Le fait est que j’ai beaucoup aimé le film, je l’ai trouvé sensible, je l’ai aimé dans sa simplicité, j’ai aimé l’enfant que j’ai trouvé extrêmement intrigant, avec une présence très étonnante, presque d’enfant du cinéma muet. Depardieu était très bien. Et je voudrais attirer l’attention sur la jeune comédienne, Judith Chemla, qui joue dans le film et qui est très bonne comédienne, qui vient du Conservatoire National et qui a une très belle présence je trouve. J’espère qu’on la retrouvera dans d’autres films.

LES ENSORCELES (Vincente Minnelli) :
Je l’ai vu et je l’ai revu même. J’ai beaucoup aimé ce film, mais en fait je ne saurais pas t’en dire grand chose parce que je l’ai un peu oublié. Je l’ai vu il y a très longtemps, bien avant que je sache qu’un jour je ferai un film qui parle d’un producteur, etc. Mais il m’avait beaucoup plu. Je me souviens surtout de Kirk Douglas, ce charisme et cette tension étonnants ; je me souviens de cette comédienne complètement hystérique, qui a une très belle présence, ce mélange de souffrance, d’hystérie, charnelle… Mais je n’ai pas un souvenir très net du film. J’ouvre juste une parenthèse, c’est qu’il y a beaucoup de films sur le cinéma et souvent je les apprécie : dans le cinéma classique, il y a Les ensorcelés, je pense aussi à un film que j’ai vu récemment et que j’ai adoré, Le grand couteau, de Robert Aldrich. J’ai vu Daisy Clover aussi il n’y a pas longtemps, de Robert Mulligan… Mais souvent, c’est tout de même dans un langage qui n’est pas du tout le mien : j’y suis sensible, je trouve ça beau, ça m’intéresse, mais pour moi c’est une représentation du cinéma comme un monde –celui d’Hollywood- très loin de moi. Et quand j’ai eu envie de faire le film que je viens de faire, qui allait parler de cinéma, je sais qu’une des choses qui m’a stimulée ou qui m’a fait penser que ça avait une pertinence réelle, c’est que je voulais faire un film qui parle du cinéma, mais pas du cinéma comme on en parle habituellement –le côté glamour, le côté que je trouve un peu conventionnel même si les films ne le sont pas. Il y a cette idée… Par exemple, encore une fois c’est un souvenir très lointain : le film de Minnelli, il est magnifique, mais il me semble que dans les rapports entre producteur et scénariste, acteurs, ça fait beaucoup appel à certaines conventions… C’est très sectionné. Ce sont un peu des archétypes. Quand j’ai voulu écrire mon film, c’était vraiment dans l’idée de ne pas représenter le cinéma comme on le représente d’habitude, y compris dans ce genre de films.

LUMIERE SILENCIEUSE (Carlos Reygadas) :
Je l’ai trouvé très beau ce film. Il me semble me souvenir que c’est un film qui n’a pas plu, qui a été très sous-estimé… Je n’avais pas beaucoup aimé son film précédent (NDLR : Bataille dans le ciel) –je n’avais pas vu le premier (NDLR : Japon)… Je n’avais pas beaucoup aimé le précédent parce que je trouvais ça très impressionnant formellement, mais très lourd. Et la lourdeur, c’est vraiment une chose que je n’aime pas dans le cinéma. Et en fait, il y a encore ça dans celui-là, mais moins et je trouve que ça a, je ne sais pas, une profondeur et une singularité incroyables. C’est un film qui m’a beaucoup marqué. Et je n’ai pas bien compris pourquoi il avait été si mal accueilli. Je crois qu’il était à Cannes et il me semble qu’il y a eu ce truc qui se passe chaque année à Cannes où il y a un film qui est un peu le bouc émissaire : les journalistes ont beaucoup de patience sur des films qui sont très longs, très lents et là, tout à coup, il y a un film, on ne sait pas pourquoi, mais ce film-là, ils en ont ras-le-bol et ça fait chier, fausses valeurs, etc. Alors qu’ils ont adoré le film d’avant. Et ça m’avait un peu énervé parce que le film d’avant je l’avais trouvé moins subtil, et celui-là je l’ai vraiment trouvé émouvant et profond et je trouve qu’il n’a pas été apprécié à sa juste valeur… Les enfants étaient absolument formidables dans le film. Et ces scènes dans l’eau, les scènes avec les petites filles qui se baignent, c’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué. Et également le plan de dix minutes au début. Alors qu’habituellement, je n’aime pas la durée pour la durée, ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse. La durée ne doit pas être une fin en soi pour moi. La durée ne doit pas être dictée par le désir de radicalité formelle, mais elle doit répondre à des exigences qui sont dictées par la logique du film. Voilà. La durée ostentatoire, parfois, dans le cinéma d’auteur, est une chose que je trouve très narcissique et vaine. Bon. Et dans ce film-là, justement, je n’ai pas ressenti ça. Et j’ai trouvé que ce premier plan de dix minutes où on voit le ciel changer, il me semble que c’est la nuit et que ça devient l’aube –je ne sais absolument pas comment il a fait d’ailleurs, enfin je pense que ce sont des effets spéciaux tout simplement… Mais c’est très très bien fait et ça a une poésie folle. Et je me suis surprise à ne pas m’ennuyer un instant pendant ce plan de dix minutes sur juste le ciel étoilé qui, tout à coup, se transforme en aube.

LA BOUM (Claude Pinoteau) :
Ce n’est pas un film que j’apprécie beaucoup. Je l’ai vu il y a longtemps… Je sais que c’est un film de génération, un film qui compte beaucoup, et je pense que c’est plus ou moins ma génération, mais j’ai échappé à l’engouement. Je trouve Sophie Marceau formidable dans le film, c’est une actrice formidable par ailleurs : je trouve ça dommage qu’elle ne joue pas dans de meilleurs films… Mais à part ça, le film, non je n’en garde pas un souvenir émerveillé.

DEMI-TARIF (Isild Le Besco) :
J’ai beaucoup aimé, j’ai écrit dessus même, dans Les Cahiers du Cinéma. C’est le premier film d’Isild Le Besco, elle était très très jeune quand elle l’a fait et je pense que c’est une chose qui m’a impressionnée. Parce que quand j’ai vu le film, je n’avais pas encore écrit mon premier film, mais je voulais faire un film. Et tout à coup, voir une si jeune fille faire son film comme ça, avec tellement d’insouciance, de légèreté, ça a été un encouragement pour moi. Et en plus, voilà, elle faisait un film avec des enfants, ils étaient vachement biens et ça aussi ça a été un encouragement parce que –peut-être que ça a déclenché quelque chose chez moi : je commençais à avoir envie de travailler avec des enfants, je ne savais pas forcément comment m’y prendre… Et il y avait une évidence dans son film et une simplicité qui m’ont fait du bien. J’ai aimé aussi, par la suite, son deuxième film et j’ai hâte de voir le troisième. Et je crois qu’au même moment que Demi-tarif, est sorti le film de Kore-Eda (NDLR : Nobody knows) qui était vachement bien aussi. Et je crois que ce sont deux films que j’ai vus à peu près à la même période et deux films avec des enfants qui m’ont impressionnée. Sur jusqu’où on pouvait aller avec des enfants. Et la grâce qu’ils apportent au cinéma.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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