[entretien et cinéphilie :] Felix van Groeningen

31 Déc

Felix van Groeningen

Le 30 décembre sortira dans les salles La merditude des choses, adaptation du roman de Dimitri Verhulst. Le réalisateur Félix Van Groeningen était présent à Strasbourg pour l’avant-première de son film, au Star.
L’histoire nous plonge dans la vie de Gunther Strobbe, 13 ans, qui partage le toit de sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Quotidiennement, Gunther baigne dans un climat de beuveries effrénées, de drague éhontée et de glande constante… Tout porte à croire qu’il subira le même sort. À moins qu’il ne parvienne à se démerder de là…
Son troisième film à seulement 31 ans, le premier à sortir sur les écrans français, sera l’atout de la Belgique dans le cas où celle-ci serait représentée lors de la cérémonie des Oscar en 2010.
Cet article bâtard, mi-entretien mi-cinéphilie, m’a permis de ne pas avoir à improviser dans le cas où il n’aurait vu aucun des 45 (à quarante près) films proposés. Le risque d’infliger des questions du type « qu’est ce qui vous a donné l’idée du film ? » ou « je…euh…et… pas vous ? »  aurait été trop important.

CUT : Comment réussir à tenir cette tension pendant tout le film sans basculer vers la comédie, malgré tous ces personnages hauts en couleurs ?
Felix van Groeningen: L’écriture du scénario était très longue, mais c’était nécessaire, je devais garder en tête que ce film devait toucher. Dans le fond, c’est une histoire assez tragique et en même temps, il y a dans le livre beaucoup de scènes très drôles, il fallait que je pense au contrepoids, au drame de ce petit garçon dans l’écriture, dans la mise en scène et dans le montage aussi car on a beaucoup modifié la structure du film au montage. On devait se concentrer sur l’histoire de ce gamin, on comprend très vite qu’il adore être là, que cet endroit bizarre est aussi très chaleureux mais que ce n’est pas un endroit pour grandir, il le réalise mais pense aussi qu’il n’a pas de moyen pour s’enfuir. Donc, pour me concentrer sur le drame, je devais doser un peu.
Pendant le tournage on s’est vraiment marré et quand les acteurs ont vu le film pour la première fois ils disaient, « on pensait que c’était plus drôle… ». Il y avait des scènes qui étaient beaucoup plus longues et hilarantes, mais au montage j’ai fais le choix de mettre le drame en avant. Tout ce qui se passait devait être en relation avec l’enfant ou montrer que ça changeait son regard sur sa famille.

Le film dépeint les hauts et les bas de cette famille, est-ce que la construction et le rythme du film sont basés là-dessus ?
Je ne l’ai pas fait consciemment, on suit ce gamin, pur, et on le retrouve 15 ans plus tard, très fâché avec le monde. Au milieu du film il est hyper cynique et il dit des choses affreuses comme « Il y a deux personnes que je hais, deux femmes. La première m’a donné le jour, l’autre est en train de me faire un gosse » et en même temps on plonge dans le passé et on voit ce gamin qui est en train de découvrir comment trouver sa place dans l’internat, quand il commence à écrire.
Je crois que le film fonctionne car il joue un peu avec ça : quand le gamin trouve sa place, on le retrouve 15 ans plus tard, le plus bas possible et puis pas longtemps après, presque à la fin, on voit qu’il peut s’en sortir. Le film nous montre qu’il prend beaucoup de temps à s’épanouir et que c’est très dur.

C’est la première fois que vous adaptez un roman, pour le prochain film quelle direction prendrez-vous?
Je vais adapter une pièce de théâtre…

Vous savez déjà laquelle ?
Oui, je sais…

Le silence de Felix van Groeningen en dit long. Il nous faudra être patient. La merditude des choses, par son affiche et son prix au festival Grolandais, semble être une comédie potache de prime abord (même si les Grolandais ont tout compris, ils n’ont pas une réputation de chanteurs d’opéra). Ne vous laissez pas berner, l’humour est parfaitement dosé, les concours de bière et les courses de vélo à poil ne vous ne séparent jamais du jeune Gunther. Un film qui fait ressortir le côté poétique des chansons grasses.

Et maintenant, la cinéphilie :

TIDELAND (Terry Gilliam)
J’aime bien ce que fait Terry Gilliam mais je ne connais pas du tout ce film.

LES 400 COUPS (François Truffaut)
Oui, super… C’est un film très spécial. Quand je l’ai vu la première fois, c’était pas longtemps avant que  finisse mon premier long métrage. Il y a un plan que je trouve vraiment  très beau, c’est juste à la fin, quand il court vers la mer. Pendant qu’il court la caméra le suit et c’est un plan qui dure très longtemps, il reste au milieu et puis il commence à s’en aller, il sort du cadrage. J’ai trouvé ça super beau, c’est très simple mais super beau. J’ai copié ce plan pour mon premier film…
C’est un film remarquable, même quand on le regarde encore aujourd’hui, il a quelque chose de très réaliste et ça semble bizarre car il y avait aussi des films dans ces années là qui étaient très théâtraux, complètement différents, aujourd’hui encore je crois qu’il inspire beaucoup. L’histoire de ce gamin est triste, je crois que la différence avec mon film, c’est que j’ai plus essayé de comprendre le père, je trouve que les parents dans Les 400 coups ne savent plus quoi faire avec ce gamin, c’est peut-être un peu plus cliché cette vue sur les parents « mauvais » et c’était ce que je moi je ne voulais pas reproduire. Je voulais faire comprendre que le père essayait de prendre soin de son fils mais qu’il ne pouvait pas, pourtant il n’arrive pas à se voir sans son fils. J’adore cette complexité car je pense que ça se passe aussi beaucoup dans la vie, mais peu de gens en parle. C’est juste que quand les gens sont mauvais, quand ils ne prennent pas soin l’un de l’autre on oublie qu’il y a beaucoup de gens qui essaient mais qui n’y arrivent pas, c’est plutôt « ils n’y arrivent pas » que de dire « ils ne veulent pas ».

CANINE (Yorgos Lanthimos)
Non je ne l’ai pas vu, j’ai demandé un DVD à MK2, je le verrai peut-être ce soir…

KEN PARK ( Larry Clark)
Le  film qui m’a vraiment marqué c’est Kids de Larry Clark. Kids avait plus de cœur et Ken Park se base sur l’effet de choc. Chez Kids, c’est son réalisme qui m’a choqué quand je l’ai vu, car je croyais que ça se passait vraiment, mais c’est un film de fiction qui a un message à faire passer. Ça parlait aussi de jeunes, perdus et je crois que ça parlait aussi beaucoup à des jeunes peut être un peu perdus eux aussi et qui pouvaient apprendre quelque chose ; moi j’ai appris quelque chose de ce film quand je l’ai vu à 17ans. Ken Park c’est plus le film d’un réalisateur qui a des fixations sur des jeunes et qui veut choquer son public, ça me parle moins. Le film qu’il a fait après, Wassup Rockers, est plus proche de Kids. L’histoire de jeunes Mexicains qui écoutent du rock et font du skate, une toute petite bande que l’on suit de jour comme de nuit, ce qui donne plus de réalisme que la succession de scènes chocs de Ken Park.

Propos recueillis par David Erhard (et photo)

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