Retour sur… A serious man

10 Fév

Francis Ford Coppola apprécie Joaquin Phoenix.

La filmographie des frères Coen est rythmée par l’alternance consciente et volontaire de grands films et d’œuvres plus mineures. Ainsi, Burn after reading, potacherie à tendance paranoïaque, succédait en 2008 à l’immense No country for old men. Bien avant sa sortie, leurs nouvel opus : A serious man, intriguait déjà. Il devait s’agir d’une œuvre quasi autobiographique, sans tête d’affiche, dont l’action serait située dans leur Minnesota natal. Si les deux dernières allégations sont à présent confirmées, on pourra longtemps débattre de ce caractère biographique. Le film nous éclaire à priori bien plus sur le cinéma des frères Coen, que sur leur vécu ou sur leur identité.

Dans l’histoire de cet improbable Job, douloureusement mis à l’épreuve dans une communauté juive des années 60, on décèle aisément les racines d’un certain fatalisme. Cette capacité à plier devant la Providence, se retrouve bien sûr dans The Man who wasn’t there, mais également dans Fargo, ou The Big Lebowski. Les personnages principaux du brillant duo sont par essence passifs, victimes d’évènements incontrôlables et destructeurs. La problématique se résume souvent à la manière dont ils vont tolérer le cataclysme.

La réponse a été diverse. Souvent, le pessimisme latent des scénaristes a voué ces personnages à la mort ou à l’emprisonnement. Cinéastes référentiels, les Coen puisaient les destins de leurs héros dans les romans criminels, dans le film noir. Mais jamais encore, les auteurs n’avaient liés ce fatalisme à la religion, et jamais ils n’avaient poussé leurs personnages à y trouver une issue. Dans leur œuvre traversée par Steinbeck, Chandler et Faulkner, il ne semblait pas y avoir de place pour ces racines.

A serious man constitue donc une évolution notable. Le long métrage ne cède pas aux fulgurances littéraires ou aux références criminelles. Mais il apporte un éclairage sur la résignation, comme thématique principale de ces cinéastes majeurs. Ce qui est donc exploité là, c’est le terreau, social et religieux, des brillants duettistes. Leur art cesse de se refléter dans celui des autres. Le rideau se lève, non sur leur enfance, mais sur la révocation d’un contexte.

Larry Gopnik, professeur juif à une époque charnière de l’histoire contemporaine, se tourne vers les rabbins de sa communauté pour trouver la cause et le remède à ses plaies. Le constat dressé par les frères Coen est sans appel : les instances religieuses balbutient. Dans une Amérique doucement révolutionnaire, lorsqu’un personnage égaré s’adresse au plus haut représentant de sa communauté spirituelle, celui-ci s’abstient de réciter le Talmud. Il entonne Somebody to love de Jefferson Airplane. A cet instant enfin, le récit théorique des frères Coen rejoint la part autobiographique. Rock and roll ou cinéma : même combat pour les enfants des sixties. Les frères géniaux évoquent enfin leurs racines comme fondement de leur œuvre, et célèbrent la victoire de la culture pop, nouvelle prophétesse, porteuse de tous les espoirs, de toutes les réponses.

Greg Lauert

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2 Réponses to “Retour sur… A serious man”

  1. Lucile samedi 13 février 2010 à 140256 #

    Je ne crois pas que leurs racines soient au fondement de leur oeuvre, mais plutôt que leurs racines sont l’alibi de leur oeuvre.

  2. Boyan mercredi 17 février 2010 à 111138 #

    D’accord avec Lucile. Je l’ai interprété comme un film sur l’état de l’Amérique qui se camoufle derrière un film traitant d’un judaïsme complaisamment exotique (un constat si radicalement pessimiste aurait pu passer pour unamerican sinon, qui sait ?).

    La perte de l’innocence des années Bush entrant en résonnance avec les débuts de la révolution psychédélique ouvre des champs, certes pessimistes mais inédits, à l’imaginaire. La fin complètement ouverte renforce d’ailleurs cette sensation d’ouverture.

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