[cinéphilie :] Peter Fleischmann

13 Mar

Dans le cadre du festival Augenblick, le réalisateur Allemand Peter Fleischmann est venu présenter au cinéma Star son premier long métrage de fiction, Scènes de chasse en Bavière, tourné en 1968. Je ne connaissais pas ce réalisateur qui est de la génération phare des Fassbinder, Herzog, Schlöndorff, etc., mais cette première rencontre cinématographique m’a très fortement donné envie de découvrir le reste de son œuvre : Scène de chasse en Bavière est à la fois cruel et drôle, gênant et séduisant.

Vous pouvez si vous le souhaitiez télécharger ici un long entretien avec Peter Fleischmann sur ce film précis et sur le reste de sa carrière –riche en collaborations prestigieuses. Et en attendant, voici dans l’esprit digressif qui était le sien au moment de notre rencontre, ses réactions à quelques titres de films… (NB : Scènes de chasse en Bavière, lors de sa ressortie française fin 2009, a beaucoup été mis en rapport avec Le Ruban blanc de Michael Haneke : Peter Fleischmann en parle dans l’interview minutée alors je ne le lui ai pas reproposé dans la liste ci-dessous).

FRANKENSTEIN (James Whale) :

Je vois la mansarde chez nous… J’ai dirigé un ciné-club quand j’étais à l’école et on a passé ce film. Jusqu’à M, on a passé pas mal de films d’horreur. Jusqu’à ce que les parents se plaignent. C’étaient des copies en 16mm et avec un petit appareil de projection Siemens qui était très bien, un appareil portable, souvent je voyais d’avance les films chez moi, avec des amis, avant que ça ne passe dans la salle. C’était un des films qu’on a vus.

LA FERME DES ANIMAUX (John Halas et Joy Batchelor) :

Film d’animation, oui… Le film d’animation qui m’avait vraiment impressionné à l’époque, c’était 20 000 lieues sous les mers version Tchèque. Je me souviens de deux poissons qui nagent l’un vers l’autre (NDLR : Peter Fleischmann mime avec ses mains la fusion des deux poissons l’un dans l’autre) jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que les queues qui restent et ça devenait un papillon ! C’est du célèbre réalisateur Tchèque Trnka (NDLR : le film doit porter un autre titre car je n’en ai pas trouvé la trace). 20 000 lieues sous les mers c’était mon dessin animé préféré. Ce qui a été important aussi, quand j’étais à Paris pour faire mes études (NDLR : à l’IDHEC, l’ancienne FEMIS), ça a été de découvrir les bandes dessinées pour adultes –qui n’avaient rien à foutre avec les Disney et Cie. Là, pour moi, c’était une révélation. Et quand j’ai fait par exemple Dorothea, j’y ai pensé –aussi dans le montage : je me suis dit la bande dessinée a pris beaucoup du cinéma, alors pourquoi maintenant, nous, de notre côté, on ne prendrait pas quelque chose de la bande dessinée ? Sinon, ma relation avec les films d’animation… J’ai fait un film d’animation, un court -14 minutes- qui était peut-être mon plus grand succès commercial par rapport au coût. Parce que j’ai eu la chance de trouver un très très bon distributeur américain : tous les ans, j’ai reçu un chèque pendant 20 ans, 30 ans… Je l’ai réalisé pendant que je faisais l’IDHEC, avec des enfants des écoles maternelles, à Paris ; et puis à Munich, j’ai terminé le son. J’ai travaillé pendant une année sur ce film de 12 minutes je crois, ou 14 minutes… Il a eu des prix partout, j’ai eu le Lion d’or à Venise, le prix pour le meilleur film pour enfants à Téhéran… Là, je n’y suis pas allé parce que je ne voulais pas serrer la main à Farah Diba : et on a gagné un prix en effet et je n’y étais pas, il y avait le type de l’institut éducatif de Munich. Je lui ai dit qu’il peut se garder le prix, parce que bon, on était très révolutionnaires… J’ai appris beaucoup en faisant ce film que j’ai en partie animé moi-même –Laguionie a fait une autre partie de l’animation, il était encore inconnu à l’époque. C’est bien parce qu’on se rend compte que c’est un pas après l’autre, l’image par image. Pour visionner, on allait à Joinville, c’était loin, il n’y avait pas encore cette espèce d’autoroute… En trois jours on tournait peut-être 20 secondes et on traversait exprès Paris comme ça et il y avait là en même temps Tati qui faisait Mon oncle je crois et qui demandait s’il pouvait regarder avec nous. Tous les deux/trois jours, quand on avait un nouveau bout, on allait à Joinville et à chaque fois Tati venait voir le résultat avec nous. C’était une grande déception quand on se rendait compte que : merde, on a raté ! Alors il fallait refaire le travail de plusieurs jours pour un seul plan… Bon, aujourd’hui avec les machines et l’électronique il n’y a pas les mêmes problèmes… On avait une grue en trois dimensions qu’on avait construit nous-même… Je crois que ce genre d’absurdités plaisaient à Tati.

LES NAINS AUSSI ONT COMMENCE PETITS (Werner Herzog) :

Je vois encore Werner avec sa femme de l’époque, sa première femme, qui nous avait invités, ses amis, pour une preview. On n’étaient pas beaucoup dans la salle, peut-être vingt personnes, et lui il était au premier rang avec sa femme. On voit les nains qui essayent de grimper sur le lit, et il n’y a que deux personnes qui rient dans la salle, c’étaient lui et sa femme ! Mais ça ne le dérangeait pas du tout ! Je me rappelle qu’après –bon, j’avais déjà un nom à Cannes pour Scènes de chasse en Bavière, pour Les cloches de Silésie qui était en compétition-, j’ai essayé de parler de son film qui n’était pas en compétition et les critiques Français ne l’aimaient pas du tout. Ils me disaient : ton petit ami fasciste ! Aguirre non plus ils n’aimaient pas, ils disaient : oui c’est un bon premier et un bon dernier plan… Pour moi, son meilleur film –pour lui aussi à l’époque-, c’était Kaspar Hauser. Il me disait : c’est mon premier film vraiment terminé. Bon, les autres ont d’autres charmes, Aguirre ou Fitzcarraldo, c’est des folies presque documentaires, l’absurdité de la vie comme il la voit… Werner, des jeunes réalisateurs Allemands de ma génération, c’est celui qui m’est le plus proche. Il y a quinze jours je l’ai rencontré, je lui ai dit que je pense parfois au court métrage qu’il avait fait à l’époque –parce qu’on commençait avec des courts métrages. C’était dans un stade de football, je ne me souviens plus du titre du film, la caméra est derrière un type qui est assis là et qui se tourne au bout d’un moment pour dire : je vous ai dit que je ne dis rien ! Tout le film c’est ça, c’est un type qui s’énerve de plus en plus et Werner continue à tourner malgré tout. Il était plein de joie. On avait la même scripte girl, dans Scène de chasse en Bavière et dans tous les premiers films de Werner Herzog –et de Théo Angelopoulos. Aujourd’hui, elle habite sur une île grecque.

SALO OU LES 120 JOURNEES DE SODOME (Pier Paolo Pasolini) :

Ah oui, Salo… Oui, c’est un film que j’aime bien… Quand il a fait le montage, ou le mixage de Salo –c’était presque terminé-, on s’est vu à Rome parce que mon film Dorothea lui a beaucoup plu –dulcissima Dorothea comme ils disaient en Italie-, et il voulait faire la version italienne et il m’a présenté les voix. Je me rappelle qu’on a vu des bouts de Salo, comme ça, pendant le mixage… Je me souviens d’une phrase qu’il m’a dit –Dorothea c’est un film érotique, ou anti-érotique comme on veut- et il m’a dit : tu sais, le suprême orgasme, c’est la mort. Je ne me rappelle plus exactement les mots, maintenant, en français –bien qu’on parlait en français ensemble… C’était quelques jours avant sa mort, peut-être une semaine ou quinze jours avant sa mort… Mais ça n’a rien à voir avec Salo… Enfin si… Je réponds peut-être mal ? Parce que je ne suis pas un critique, je peux dire si un film m’a impressionné ou pas, mais (NDLR : silence)… Pier Paolo Pasolini (NDLR : silence)… Après c’est la compagne de Moravia qui a fait la version italienne de Dorothea.

DOGVILLE (Lars Von Trier) :

Oui, j’aime Dogville… Mais bon, on aime Lars Von Trier comme on aime Mauriac ! Dans sa religiosité… Un Protestant très solennel et en même temps très… Il me rappelle Dreyer dans cette solitude de paysages enneigés, pas dans ce film, mais dans… Oui, son thème, c’est souvent la solitude. J’aime bien Lars Von Trier.

Propos recueillis par Jenny Ulrich.

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2 Réponses to “[cinéphilie :] Peter Fleischmann”

  1. Julie dimanche 14 mars 2010 à 210944 #

    Géniale cette cinéphilie!.. Et puis moi non plus je ne connaissais pas ce réalisateur que je vais m’empresser de découvrir très bientôt. Je frétille.

  2. rock lundi 15 mars 2010 à 111151 #

    Je ne dirais pas mieux que Julie…

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