[dvd :] Trois films de Pietro Germi (Ed. Carlotta)

14 Mar

Pietro Germi

Qui est Pietro Germi (1914-1974) ? Acteur, réalisateur et scénariste italien, cet artiste à la carrure athlétique en imposait autant par son charisme volcanique que par sa timidité légendaire. Son nom ne sonne pas autant aux oreilles des cinéphiles que celui de Fellini, de Rossellini… Pourtant, Germi a remporté un Oscar à Hollywood pour Divorce à l’italienne (1961). Il a suscité un petit scandale sur la Croisette en partageant la Palme d’or du festival de Cannes avec Lelouch pour Signore & signori (Ces messieurs dames) en 1966. Il a fait tourner Dustin Hoffman (qui sortait du tournage des Chiens de paille de Peckinpah, 1971) dans Alfredo Alfredo (1972), alors que le comédien n’était pas encore la star absolue qu’il deviendra.

Les Editions Carlotta lui rendent hommage en éditant trois films emblématiques de l’univers d’un réalisateur inclassable et qui se revendiquait comme tel. Trois versions restaurées parmi lesquelles Il ferroviere (Le Disque rouge, 1956, NB), un drame social, Un maledetto imbroglio (Meurtre à l’italienne, 1959, NB), un polar, et Signore & signori (Ces messieurs dames, 1965, NB), une comédie de moeurs.

Pietro Germi (au centre) et Saro Urzì (au premier plan) dans Il ferroviere

Il ferroviere

Il ferroviere sonne le glas du néoréalisme. Tous les thèmes de ce courant, portés par Rome ville ouverte (1945) de Rossellini, sont là, notamment la ville comme personnage, la misère, la lutte pathétique d’un individu contre le sort et un système qui le broie. Pietro Germi a emprunté à ce genre cinématographique le travelling sur des personnages en mouvement et le visage empreint d’émotion, frappés par le malheur. Une séquence que l’on retrouve également à la fin de Meurtre à l’italienne : le personnage interprété par la toute jeune Claudia Cardinale court après la voiture de police dans laquelle figure le commissaire Ingravallo (Pietro Germi). Le cinéma de Germi est aussi un cinéma de références.

Si Il ferroviere raconte comment un cheminot perd son travail pour avoir brûlé un feu de signalisation, Meurtre à l’italienne s’appuie sur un roman de Carlo Emilio Gadda, dont l’intrigue n’est pas à proprement parler policière. Mais Pietro Germi choisit d’axer toute l’intrigue sur la travail du commissaire qu’il incarne d’ailleurs à l’écran. C’est pour lui l’occasion de passer en revue une galerie de seconds rôles qui sont tous captivants : la bonne, le voisin homosexuel, l’épouse trompée, le frère lâche et cupide. Totalement maîtrisée, cette adaptation (les Italiens disent « réduction ») est vraiment captivante, non seulement parce qu’elle est distrayante – on est pris par l’enquête qui se complexifie plus on avance dans le film -, mais pas seulement. Germi ne fait jamais un film gratuitement, uniquement pour divertir. Meurtre à l’italienne est aussi une dénonciation d’une certaine mentalité : un vernis de convenances qui masque mal les trahisons, les adultères, les escroqueries qui gangrènent les relations entre les hommes et les femmes.

P. Germi et C. Cardinale (Meurtre à l'italienne)

La critique sociale se fait cynique dans Signore & signori, une comédie grinçante souvent mal comprise et bien mal jugée à sa sortie. Considérée comme vulgaire, choquante, elle a subi les foudres d’une partie de la critique. Or, Germi utilise volontairement le grotesque, la farce, pour dénoncer la comédie des relations humaines. Il suit le destin d’un groupe d’amis à Trévise, une ville du Nord de l’Italie. Qui trompe qui ? Qui dénonce qui ? Qui médit sur qui ? Les personnages les plus raillés, naïfs ou stupides, énoncent les seules vérités louables. Les autres, fiers, railleurs, hypocrites, ne font que passer leur temps en mesquineries, le tout sur une musique de carrousel, qui montre bien l’aspect vain de leur parade.

Un documentaire d’une heure en bonus retrace la carrière de Germi. Les réalisateurs Pupi Avati, Carlo Lizzani, le scénariste Furio Scarpelli, Claudia Cardinale, l’historien du cinéma Adriano Aprà interviennent. Tous les films sont présentés par l’historien du cinéma Jean A. Gili.

Une trilogie indispensable si l’en veut balayer l’histoire du cinéma italien grâce à ce cinéaste qui savait tout faire, dirigeant les autres, se filmant, portant sur la société un regard à la fois tendre et implacable.

Franck Mannoni

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