[cinéphilie :] Nicolas Boukhrief

6 Avr

Pendant le tournage de son film, pour se divertir, Nicolas Boukhrief regarde des épisodes de Joséphine ange gardien.

Nicolas Boukhrief (réalisateur) était à Strasbourg pour présenter son nouveau film, Gardiens de l’ordre (sortie le 7 avril). La violence est l’arbre qui cache la forêt. Derrière les flingues, la drogue et les putes se cache le vrai sujet du film ; l’amour. Sans lui, aucune issue n’est possible. Ce que filme Nicolas Boukhrief, avec clarté et une certaine forme de sagesse, c’est la possibilité de s’aimer pour s’en sortir. Et c’est sincèrement touchant ! Bien sûr, Gardiens de l’ordre est aussi un film de genre (les flingues, la drogue, les putes) qui sur ce terrain ne surprend pas – est ce d’ailleurs encore possible ? – mais se révèle d’une efficacité redoutable. Un grand petit film, sans ampleur mais à l’aise dans ses baskets.

Nous parlerons de Gardiens de l’ordre dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le samedi 17 avril). En attendant, Nicolas Boukhrief nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants.

LES INFILTRES (Martin Scorsese)

C’est un film que je trouve excellemment bien joué. Ce n’est pas du tout un film que j’ai eu en référence quand j’ai fait Gardiens de l’ordre, même si c’est une histoire d’infiltrés. C’est un film que je n’ai vu qu’une seule fois et je dois bien avouer que je l’ai oublié. J’ai largement préféré le film original, Infernal affairs (Andrew Lau et Alan Mak), déjà parce qu’il dure moins longtemps. Je ne comprends pas pourquoi Scorsese l’a repris pour le faire durer près de 40 minutes de plus, et je ne vois pas l’intérêt d’avoir rallongé cette histoire. J’aime vraiment beaucoup l’original en fait. J’ai trouvé le film de Scorsese par moment passionnant, et à d’autres moments beaucoup moins bien. J’ai pas mal de difficultés avec Scorsese depuis quelques années. Je trouve que c’est devenu un cinéaste de droite… Non pas de droite, réactionnaire. C’est devenu un cinéaste réactionnaire depuis Aviator. Le cinéaste qui évoluait sur le fil du rasoir en traitant des personnages complexes est devenu un cinéaste simpliste et agressif. Aviator est un immense film révisionniste. Et si Les infiltrés échappe un peu à ça, c’est parce que c’est un pur film de genre. Je ne trouve plus son cinéma sympathique, bon ça ne l’a jamais été, mais là c’est en plus devenu complaisant. Et je n’en reviens pas qu’il n’ait pas eu l’Oscar pour Les affranchis, que je revoyais hier et qui est un film magnifique, alors qu’il l’a reçu pour Les infiltrés.

CETTE FEMME-LA (Guillaume Nicloux)

Je ne l’ai pas vu. A vrai dire, je n’ai pas vu grand-chose de Guillaume Nicloux. Il y a des cinéastes comme ça, intéressants et qui ont un vrai univers, que l’on rate.

LE CONVOYEUR (Nicolas Boukhrief)

Ah ben oui. C’est un film dont on me parle beaucoup aujourd’hui. Il a eu un peu de succès à sa sortie, mais pas tant que ça non plus, mais au fil des passages sur le câble ou canal plus, et avec l’exploitation dvd, c’est un film qui a une certaine réputation. Je ne revois pas mes films donc je ne peux pas vraiment avoir un avis, mais je pense que ce film va être l’air de rien un petit boulet pour moi. J’ai l’impression qu’on va souvent me dire « ouais c’est pas mal mais moins bien que Le convoyeur ». Un peu comme Série noire pour Corneau ou Buffet froid pour Blier. Je pense qu’il y avait un effet de surprise avec Le convoyeur qu’il n’y aura fatalement plus jamais. Mais bon c’est la vie, je ne vais pas m’en plaindre! C’est déjà bien qu’il y en ait au moins un !

LE PRINCE DE NEW-YORK (Sydney Lumet)

Je ne l’ai jamais revu. J’ai adoré ce film quand j’avais 15 ans. Avec le temps et les films qui s’accumulent, je l’ai un peu oublié. Je ne pensais pas que ça serait possible, qu’oublier les films m’arriverait un jour. A 20 ans je me souvenais parfaitement de tous le films que j’avais vus, même les pires navets. Là, avec le temps, je dois bien avouer que j’ai oublié. Alzheimer m’a fait réfléchir à ça. Les gens qui ont Alzheimer revoient leur vie comme nous on se souvient des films ; quelques scènes et le reste est flou. Le cinéphilie est une personne Alzheimer de base. J’avais aimé Le prince de New-York. D’ailleurs je me replonge dans Sydney Lumet, qui passe sur le câble en ce moment. C’est un cinéaste que j’aimais bien et que je réévalue aujourd’hui, notamment avec son dernier film 7h58 ce samedi-là qui est un pur chef d’œuvre. Mais Le Prince de New-York, j’ai oublié.

HAUTE TENSION (Alexandre Aja)

C’était une bonne nouvelle dans le cinéma d’horreur français. Un très bon film en dépit de sa chute ridicule – mais j’ai appris depuis que ce n’était pas la fin qu’il voulait mais une fin qui lui a été imposée, comme c’était son premier film… Il n’avait pas trop le choix. Mais à part cette fin, c’est un vrai film franc-tireur et assumé. Et Cécile de France était incroyable, elle jouait son rôle à fond. Elle était concrète, franche et directe. En mettant la pulsion et le corps du rôle avant la psychologie. Et après, comme pour chaque acteur que j’aime, j’ai suivi sa filmographie.

MEURTRIERES (Patrick Grandperret)

C’est un film que j’ai beaucoup aimé. J’ai beaucoup apprécié, parce que je ne l’ai pas vu comme un road movie mais comme un vrai film de genre. Il y a cette scène au début avec les deux filles ensanglantées puis l’histoire qui se rembobine : ça crée un vrai suspense, on se demande qui elles vont planter, comment elles en arrivent là. Et c’est fait par Grandperret, un cinéaste que j’aime beaucoup et qui a un talent immense. Il a une espèce de nonchalance par rapport à son style qui peut faire défaut, mais qui fait souvent merveille. Voilà, j’ai beaucoup apprécié ce film.

LOVE STORY (Arthur Hiller)

Pas vu.

CUT : J’ai pensé à ce film, Love story, parce que dans Gardiens de l’ordre, l’amour est plus fort que tout. Sans l’amour, aucune issue n’est possible.

Nicolas Boukhrief : Absolument. On me parle beaucoup de film de genre, mais la base de ce film c’est ça. Il n’y a pas de grandes théories dans ce film, au sens social, politique, mais la base de ce film c’est de dire : dans un monde en plein chaos, n’ayez pas peur du couple ! Le couple peut devenir une issue, une façon de s’en sortir dans un monde très hiérarchisé, ultra-libéral, où il faut jouer le jeu sinon on t’écrase. Peut-être que le couple est une façon de s’en sortir. Donc l’amour.

Propos recueillis par Romain Sublon

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s