Retour sur… Alice au pays des merveilles

20 Avr

Alice ne s'occupe pas seulement de l'ADSL, elle peut aussi servir de touillette pour le thé.

Tim Burton semblait parfaitement à même de saisir et de restituer la dimension absurde des ouvrages de Lewis Carroll. Associer son nom à celui d’Alice au pays des merveilles n’avait donc rien de surprenant. Il y a, chez Ed Wood ou chez Edward aux mains d’argent, une singularité que l’on retrouve chez le chapelier toqué, par exemple : une volonté de raisonner selon ses propres règles, d’évoluer dans un univers mental clos, en dépit des tiers et en dépit des évidences.

Toutefois, Burton se détache très rapidement du surréalisme de Lewis Carroll. Alice parvient à Wonderland, s’associe à la résistance, lutte contre la reine rouge, dresse un chien enragé, trouve une épée, pourfend le Jabberwocky. Burton vulgarise et rationnalise. Un cinéaste se doit, bien sûr, de s’approprier une œuvre littéraire, d’imprimer sa vision. Or, dans le cas présent, le système s’impose, et Burton cède allègrement.

Alice, faut-il le rappeler, n’est pas une odyssée fantas(y)ste. C’est un ouvrage célébrant l’absurde, l’illogisme. Les voies de Lewis Carroll sont impénétrables. Disney l’avait compris, et il a usé de son talent pour célébrer le cartoon au sein de son adaptation en 1951. De la version moderne, on retiendra la linéarité, le déni de l’inversion et du non sens. La structure du récit obéit aux standards classiques du récit initiatique. Alice et Narnia, même combat ?

On pourrait arguer que l’œuvre originale a été vidée de sa substance, de sa dimension poétique et impalpable. Tim Burton, prétendu artiste au sein des studios, livre une œuvre désespérément pragmatique. Wonderland devient un univers rationnel, les personnages secondaires sont liés à une destinée, et supposés éveiller la jeune fille à son destin. Burton met en scène une quête, souligne la structure rigide, va d’un point A à un point B. Or, le fondement même de l’œuvre de Carroll, c’est le foutoir généralisé.

Le cinéaste dresse surtout un véritable constat d’échec. L’onirisme, l’absurde n’ont pas leur place dans un récit à 100 millions de dollars. Alors, on place une épée entre les mains du chapelier toqué, et on finit en grande bataille rangée. Il faut croire que ça fédère et que ça conforte. Pour bousculer le spectateur, on compte à présent sur la 3D.

Greg Lauert

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2 Réponses to “Retour sur… Alice au pays des merveilles”

  1. Chess mardi 20 avril 2010 à 140244 #

    Je suis tout à fait d accord avec Greg, et quel dommage

    d une histoire si riche, d un monde si vaste et pleins de possibles Burton a tiré un récit simpliste et sans saveur
    le chapelier se réjouit de « retrouver son métier », bloque sur « mind » de la même façon que willy wonka à l evocation de son daddy, et ne reste plus de la folie originelle que les quelques pitrerie du lievre de mars

    enfin, que les vrais toqués et aficionados de l absurde se rassurent : on est des gens bien, c est burton qui l’a dit

  2. Reda jeudi 22 avril 2010 à 130114 #

    « L’onirisme, l’absurde n’ont pas leur place dans un récit à 100 millions de dollars. »

    Mouais c’est pas ça le problème.
    Je crois que le problème s’appelle plutôt Tim Burton version 2000.

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