KICK-ASS – Matthew Vaughn

22 Avr
Super-graves.

Super-graves.

A la base, Kick-Ass est une série de comics créée en 2008 par un certain écossais nommé Mark Millar accompagné du super dessinateur américain John Romita Jr (membre de Marvel). Il est aujourd’hui adapté au cinéma par l’anglais Matthew Vaughn, réalisateur des – parait-il – très bons Layer Cake et Stardust. Kick-Ass raconte l’histoire d’un lycéen new-yorkais, Dave Lizewski, ado timide, accro aux Comic Books qui regrette que personne n’essaye de devenir un réel super-héros. Il décide donc d’en devenir un en achetant un costume et deux matraques par Internet. Mais évidemment, les choses ne sont pas si simples, Dave n’a aucun superpouvoir et son plus grand sport est la masturbation devant des vidéos cochonnes. Ceci ne le décourageant pas, il enfile son costume de super-héro qu’il nommera lui-même « Kick-Ass » et part affronter l’injustice dans les rues de New York… et c’est un flop. Le gugusse se fait démonter par des lascars et, en plus, se fait renverser par une bagnole qui aussitôt prend la fuite. Après un certain temps à l’hosto, Dave décide de renfiler son costume et de corriger le coup d’envoi. Il en deviendra un visage masqué très reconnu dans New York et fera la connaissance d’autres personnes jouant aussi aux super-héros dont un certain Big Daddy et sa fille d’onze ans, Hit Girl…

Ne tournons pas autour du pot, le contenu du film est complètement fidèle à son titre : ça bastonne dans tous les sens et ça gicle façon Kill Bill. Ce qui est un des éléments intéressants de Kick-Ass : sa violence. En effet, avec des protagonistes aussi jeunes et un départ à l’accent très teen-movie, une certaine retenue de la part du réalisateur n’aurait pas été étonnante. Mais au contraire, Matthew Vaughn, après s’être fait rejeté par de grands studios, décide de réaliser le film de façon indépendante, ce qui lui a laissé une liberté que les studios ne lui auraient sans doute jamais cédé. Résultat : les coups font très mal, ça saigne, les gamins sont vulgaires et on peut voir une gamine d’onze ans charcuter des hordes de gros-bras armés jusqu’aux dents. Mais la violence du film ne s’arrête pas là, le propos est lui aussi assez dérangeant : on parle ici d’un gamin qui ne supporte plus la passivité du monde qui l’entoure, ainsi que la sienne. Lorsque Dave et ses deux meilleurs potes se font voler leurs affaires par deux guignols, un voisin regarde la scène de sa fenêtre pour ensuite fermer le rideau. A ce moment là, Dave juge cette personne, la qualifiant de lâche, mais pose tout de suite une question, en voix-off : feriez-vous mieux ? Hélas pour Dave, les Comic Books dont il est fan et la réalité ne sont proches que dans le mauvais sens, il en fait la remarque suivante (citation peut-être pas très fidèle mot pour mot): « Les super-héros n’existent pas dans la réalité, contrairement aux méchants. » Ceci fait énormément écho au film de John McTiernan, le sous-estimé Last Action Hero, où le gamin fanatique des films d’action mettant en scène son personnage favori, Jack Slater, parvient, sans le vouloir, à enlever ce dernier et ses ennemis de leur fiction située dans une version fantasmagorique de Los Angeles pour les faire pénétrer dans un monde tristement réel et cruel symbolisé par la ville de New York (encore) qui enlève tous les points forts que Jack Slater possédait dans sa fiction, mais augmente les chances du méchant à prendre le dessus. Celui-ci résumera ça en une simple phrase très violente : « Ce monde où les méchants peuvent gagner ! » En cela, Kick-Ass est un intéressant regard sur une jeunesse lassée de constater que son avenir sera enchaîné par une colonie de pourritures, et angoissée par l’idée de passivité.

Mais Kick-Ass est avant tout un putain de film d’action dans lequel les scènes de combats et de mises à mort peuvent se vanter d’être un minimum originales, souvent misent en musique par un John Murphy qui nous ressort quelques morceaux qui semblent s’être perdus de la bande originale de 28 jours plus tard (mais qui s’associent avec les images de manière très efficace), avec une photographie au look très Comic Book, un montage très fluide, un Nicolas Cage plutôt fun et surtout une Chloe Moretz qui se glisse dans le costume de Hit Girl avec une classe rarissime pour une aussi jeune actrice et une violence vengeresse à faire rougir Uma Thurman. Si le film possède une grosse faiblesse, ce serait l’utilisation de la voix-off qui, souvent, ne fait que répéter ce que les images racontent déjà, ou auraient pu.

A part ça, Matthew Vaughn prend des risques qui font plaisir à voir dans le cinéma populaire et parvient à livrer un véritable rafraichissement dans le paysage des films de super-héros sans jamais se prendre trop au sérieux, bien au contraire. Et à l’inverse de ce que pensent les Cahiers du Cinéma, ce n’est pas parce que le terme « geek » n’est pas dans votre vocabulaire qu’il est inaccessible, c’est justement l’une des forces du film. Kick-Ass est un délire jouissif qui répond enfin au désir de voir des super-héros bien plus proches de nous-mêmes et dans lequel Matthew Vaughn hurle pendant deux heures ce que la chanson Bad Reputation de Joan Jett & The Blackhearts balance pendant environ cinquante secondes dans son propre film : « I don’t give a damn ‘bout my bad reputation / You’re living in the past it’s a new generation. »

Film en salles depuis le 21 avril.

Rock Brenner

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9 Réponses to “KICK-ASS – Matthew Vaughn”

  1. Greg LAUERT jeudi 22 avril 2010 à 80817 #

    Parfait. Tu me devances pour encourager les gens à aller voir Kick Ass.

    Et si Layer Cake est effectivement sympathique, je considère Stardust comme un film brillant.

    Par contre Last Action Hero serait sous estimé ? Tu sous entends que certaines personnes n’y verraient pas le film le plus incroyablement fun du monde ?
    D’ailleurs, comment tu comptes claquer des doigts une fois que je t’aurais fait bouffer les pouces des deux mains ?

  2. Moumantai jeudi 22 avril 2010 à 121210 #

    Mark Millar est écossais.

  3. rock jeudi 22 avril 2010 à 121231 #

    Moumantai merci, honte à moi, quand même, mais bon comme je ne connais pas la bd ni son auteur… Je vais corriger ceci immédiatement.

    Greg, à part pour quelques potes, je trouve qu’il est souvent très difficile de faire avaler l’idée qu’un film avec Schwarzenegger puisse posséder un véritable intérêt… Mais bon, pourquoi je cherche à discuter avec des branquignols dans leur genre, alors que je pourrais faire des choses beaucoup plus risquées ? Comme ranger mes chaussettes par exemple.

  4. Reda jeudi 22 avril 2010 à 130116 #

    En vrai, McTiernan est un réalisateur surestimé.

    http://rafik.blog.toutlecine.com/2746/Un-realisateur-surestime-Die-Hard/

  5. Kevin mercredi 28 avril 2010 à 180634 #

    Rocko’ Je suis tombé par hamzar comme dirait Jamel sur ton blog’ donc si tu a mon mail,écris moi.
    Fight the power

  6. Reda jeudi 29 avril 2010 à 200843 #

    C’est pas Rocko c’est Freddy.

    (je sors par la fenêtre et je crée un groupe Facebook « Incroyable il y a des allusions sexuelles dans Cut ! »)

  7. rock jeudi 29 avril 2010 à 221006 #

    Reda, après ce jeu de mots, comment veux-tu qu’on prenne tes critiques au sérieux..? T’as tout cassé, tu es « out ».
    Non, je plaisante. J’adore ce surnom. Je trouve ça sexy.

  8. Reda lundi 3 mai 2010 à 140254 #

    Moi je trouve ça douloureux :D

  9. rock lundi 3 mai 2010 à 231100 #

    C’est que tu n’as pas beaucoup d’expérience.

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