[Entretien :] Jacques Doillon et Agathe Bonitzer

26 Avr

Jacques Doillon et Agathe Bonitzer étaient présents à Strasbourg pour l’avant-première du film Mariage à trois, sortie le 14 avril. Un dramaturge, Auguste, reçoit chez lui les protagonistes de sa nouvelle pièce. Mais la présence conjuguée de son ex-femme, de son nouvel amant, et d’une jeune assistante (Fanny, joué par Agathe Bonitzer), va rendre la journée particulièrement tumultueuse, entremêlant création et enjeux sentimentaux. La cinéphilie, cette fois-ci,  n’a pas joué son rôle, ne donnant pas la réplique et les inspirant peu. En proposant le film Les valseuses de Bertrand Blier, une idée ressort sur le personnage d’Auguste, joué par Pascal Greggory. Je décide donc de dériver vers l’interview et d’axer mes questions sur le rôle d’Agathe et la mise en scène.

Jacques Doillon : Le personnage principal de Mariage à trois tourne un peu à la farce, il en rajoute beaucoup, il dit tout ce qu’il a en tête, il n’a pas de dialogue extérieur et intérieur en quelques sortes. Comme dans Les acteurs si je me souviens bien, les comédiens se disent tout, de ce que côté on peut faire un rapprochement avec Les valseuses. Dans Mariage à trois, c’est le personnage d’Auguste qui a ce comportement, c’est aussi un peu un clown qui n’a pas de sentiment. Ce n’est quasiment pas une œuvre dramatique mais un journal intime, d’une noirceur terrible. Le personnage ne garde rien pour lui et livre tout au spectateur.

CUT : Agathe, vous êtes vous inspirée d’un personnage existant pour votre rôle ?

Agathe Bonitzer : Non, je n’y ai pas pensé précisément, je voulais créer mon propre personnage, un mélange de timidité et presque de perversité, ou plutôt de malignité. Je n’ai pas de personnage existant en tête et ça me rassure.

Jacques Doillon : Lorsque le personnage de Louis Garrel rejoint Fanny dans le bureau, on découvre qu’elle a une certaine fantaisie, alors qu’au début, elle était une espèce de machine sur son siège, plus une fonction qu’une personne. Petit à petit, on découvre un personnage qui semblait être en dehors de l’action, elle n’a pas l’air de compter, et puis au final ce n’est plus Auguste qui tire les ficelles, qui fait avancer l’action, l’amour principal est celui qu‘elle porte à Auguste. On a au départ du mal à penser qu ‘elle peut descendre de son bureau, investiguer du côté de la chambre d’Auguste, qu’elle peut trouver sa place dans la chambre et pas dans le bureau.  La scène où l’ex-femme d’Auguste vient pratiquement vendre ce dernier au personnage d’Agathe est assez marrante car on n’imagine pas qu’elle ai une importance telle qu’il puisse se nouer des choses et l’ex femme semble abattue découvrant une présence forte qui semble la déstabiliser.

CUT : Y a-t-il une part d’improvisation dans votre film ?

Agathe Bonitzer : Non, plutôt des discussions, avant et pendant le tournage sur le bien fondé du texte.

Jacques Doillon : Moi, je suis pour ce procédé ; on donne un début de quelque chose, de façon un peu paresseuse mais excité par l’imagination et l’invention des autres qui vaut bien la mienne. Un acteur n’est jamais plus libre que lorsqu’il a un texte maîtrisé, des places indiquées, lorsqu’on arrive à savoir au fur et à mesure vers quoi on tend et à partir de là, la liberté peut être trouvée. Le sentiment d’improvisation est donné par la certitude de la liberté trouvée, qui est accessible par la maîtrise du texte, des déplacements, il est rassurant de savoir qu’on  va de là, à  là, on peut commencer à respirer. Par contre, si on vous dit « voilà, c’est à peu près ça le texte, je veux à peu près ce sentiment et vous vous baladez où vous voulez », il faut des génies pour s’en sortir. Il faut travailler pour trouver des choses, il y a ce mot un peu crétin de Picasso qu’on entend partout, « je ne cherche pas, je trouve », quand on voit les photos de Dora Maar suivant pendant des jours et des jours  le travail de Picasso sur Guernica, certes c’est une grande toile, mais on voit bien que ça évolue. On voit que c’est la quantité de travail et la réflexion devant sa toile qui fait que jour après jour, ce tableau vit. Picasso était une personne qui avait une force d’invention très grande, la plus grande peut être du siècle, mais il passait par beaucoup de travail, il passait ses nuits à travailler. C’est aussi pour cela qu’il était plus fort que d’autres. Nous, on fait un film tous les ans, on tourne quelques semaines et ce n’est pas assez.

Propos recueillis par David Erhard

Crédit photo : David Erhard

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