LES CHAUSSONS ROUGES – Michael Powell & Emeric Pressburger

21 Mai

Il y a une quinzaine d’années de cela, je tentais désespérément de découvrir cette œuvre vantée par mes idoles, Martin Scorsese et Brian De Palma.
Deux possibilités s’offraient alors à moi : une VHS de Médiathèque qui avait dû souffrir un bon millier de visionnages, ou un enregistrement ARTE aux sous-titres jaunes couvrant la moitié de l’écran.

Je l’avais donc vu, ce grand film de Michael Powell et d’Emeric Pressburger.
Et puis non, quelque part, je ne l’avais pas vu.
Je l’ai découvert cette semaine, dans une copie 35 mm sublime, restaurée par UCLA Film and Television Archive sous la supervision de Martin Scorsese et Thelma Schoonmaker (au demeurant veuve de Michael Powell et monteuse de Marty).

Les chaussons rouges, production anglaise de 1948, détaille l’obsession d’un homme, son dévouement total et exceptionnel à son art.
Il tente d’inculquer cette dévotion, ce sens du sacrifice, à l’une de ses danseuses.
Elle devra, comme dans le conte d’Andersen, danser jusqu’à la mort, renoncer à sa jeunesse et à l’ivresse de l’amour.

Le film s’attache donc à la  quête de perfection, à  l’abnégation, à la soumission à un art. Et il est fondamental de comprendre qu’ici, la démarche des personnages se confond avec celle des auteurs.

Powell, Pressburger, Cardiff ont réalisé une œuvre sublime, et quelque part définitive.
Pour saisir la passion absolue de Boris Lermontov, pygmalion despotique et totalitaire, ils ont su porter à l’écran la notion d’exigence.
Emeric Pressburger soigne les dialogues, Michael Powell s’occupe de la mise en scène, et Jack Cardiff met en lumière.
Chaque élément ne trouve son sens que dans la complémentarité.
S’il s’agit là d’un principe élémentaire du cinéma, qui se doit d’être choral, peu d’œuvres peuvent prétendre à une union aussi miraculeuse de talents.

La nouvelle copie permet ainsi de prendre la mesure du travail de  Jack Cardiff sur les tons, les cadres, d‘infimes rappels visuels, et des plans résolument lyriques.

La flamboyance de l’image n’est pas anodine. Cardiff donne corps à l’idéal de beauté des personnages, il affranchit le fond et la forme de leurs frontières.

Le cinéma est un art complet, total. Et Les chaussons rouges est sans doute un des plus beaux arguments pour plaider l’exhaustivité du 7ème art.

Greg Lauert

NB / un documentaire intitulé Cameraman The Life and Work of Jack Cardiff et signé Craig Mc Call a été projeté cette semaine dans la section Cannes Classics. Il reste à espérer une diffusion prochaine sur le câble, ou un rapport détaillé de notre envoyé spécial au festival.

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5 Réponses to “LES CHAUSSONS ROUGES – Michael Powell & Emeric Pressburger”

  1. FX vendredi 21 mai 2010 à 200829 #

    Je l’ai manqué à mon très grand regret.

  2. jenny vendredi 21 mai 2010 à 210933 #

    Si tu rentres très vite après Cannes, FX, à ton très grand plaisir tu pourras le voir car il va tenir l’affiche au moins une semaine de plus…

    Sinon, moi, je suis scotchée par le manque de séduction hollywood-style de ce film (voire de séduction tout court) : pas de stars, une direction artistique qui écorche l’oeil par son côté côté composite et daté… et pourtant (ou, pour moi, grâce à ça), à l’arrivée « les chaussons rouge », dans sa bizarrerie, dans son à-côté-des-standards, est absolument fascinant.

    Et moi qui ,comme toi Greg, fantasmais sur ce film ultra cité par des réalisateurs et acteurs qui m’intéressent, je n’ai pas été déçue!

  3. jenny samedi 22 mai 2010 à 70713 #

    Et en fait ce sont « les chaussons rouge » qui restent à l’affiche, pas le documentaire, j’ai été un peu trop vite rapidement réactive sur ce coup là… erratum, donc.

  4. Reda samedi 22 mai 2010 à 121252 #

    Le DVD de Cameraman: the life and work of Jack Cardiff est annoncé en Angleterre chez Optimum pour le 28 juin.

  5. Reda samedi 22 mai 2010 à 130101 #

    « je suis scotchée par le manque de séduction hollywood-style de ce film (voire de séduction tout court) : pas de stars, une direction artistique qui écorche l’oeil par son côté côté composite et daté… »

    Euh… pardon ?
    http://www.excessif.com/cinema/actu-cinema/dossiers/les-chaussons-rouges-tout-neufs-5800212-760.html

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