[dvd :] THE SAVAGE EYE – Ben Maddow, Sidney Meyers, Joseph Strick

24 Mai

Éd. Carlotta

Réalisé à six mains sur une période de plusieurs années, The savage eye est un portrait surprenant de l’Amérique de la fin des années 50. On y suit les pas d’une divorcée, venue refaire sa vie à Los Angeles. Chacune de ses pérégrinations est accompagnée en voix off par une foule d’interrogations sur son statut de femme divorcée, ses aspirations, etc. Si le procédé peut apparaître aujourd’hui un peu agaçant et répétitif, l’intérêt que suscite le film est lui bien réel et se situe surtout dans la manière dont il parvient à rompre les barrières entre fiction et documentaire. Ce personnage de femme qui traverse le film, c’est la fiction mais les lieux où elle se rend (le stade de catch, le temple évangéliste…) et les gens qu’elle croise, c’est le documentaire. Un petit monde de travailleurs laborieux et de laissés-pour-compte peu représenté par le cinéma américain de l’époque, filmé ici sans esbroufe, les réalisateurs ne cherchant ni à dissimuler la caméra ni à exacerber les réactions des gens. La « technique » utilisée consistait simplement à être là et filmer, et laisser les gens agir naturellement. Le résultat est souvent étonnant, en tout cas pour un film de cette époque.

Plus passionnant encore, Vétérans du massacre de My Lai (1970) est un documentaire de 22 minutes pour lequel l’un des trois réalisateurs de The savage eye, Joseph Strick a réussi à interviewer sept soldats (il n’en reste que cinq dans le film fini) ayant participés au tristement célèbre massacre sus-nommé, où quelques 500 civils, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, furent abattus par des soldats américains. De braves jeune gens, en général dans la vingtaine. Dans la présentation qu’il fait de son film, Strick dit d’emblée que sur les garçons interrogés, deux mentaient (ils seront évacués du montage), trois avaient pris une part active au massacre et deux s’étaient débrouillés pour rester en retrait. De là naît la douteuse interactivité que l’on se surprend à créer en faisant des pronostiques sur qui a fait quoi (« L’a bien une tête de faux-jeton et de tueur d’enfants, celui-là… »), le temps que les intervenants arrêtent de tourner autour du pot et se mettent à table. Les pronostiques faits ne sont pas forcément bons et cette plongée à froid dans l’horreur ordinaire de la nature humaine (« J’ai pris ça comme un exercice de tir », lâche finalement l’un des interviewés) ne laisse pas indifférent.

Un excellent entretien où Joseph Strick revient sur sa conception du documentaire et de la mise en scène complète cette édition.

Mathias Ulrich

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s