[dvd :] Les désemparés – Max Ophuls

26 Mai

Ed. Carlotta

Ophuls, immigrant tardif, n’a pas connu outre atlantique le succès d’autres apatrides, comme Billy Wilder ou Douglas Sirk. Les chefs d’œuvre viendront tardivement, après le retour sur le sol français, avec notamment La Ronde, ou Lola Montès. De la période américaine, on retiendra principalement Lettre à une inconnue. Carlotta nous permet aujourd’hui de découvrir les Désemparés, œuvre rarissime, dernier film d’Ophuls avant le retour salutaire en Europe.

L’intérêt historique de cette édition ne nous détournera pas d’un constat un rien douloureux: il s’agit d’un film intéressant, mais très mineur. Ophuls s’attache aux Désemparés sur la demande du mari de Joan Bennett, après la défection de Jean Renoir. Il apporte à l’œuvre sa sensibilité très européenne, son goût et son expérience des portraits de femme. Ophuls est alors fasciné par les débuts du néo réalisme italien. Il voudrait introduire dans son cinéma la spontanéité, la fraicheur et l’âpreté du Paisa de Rossellini. La démarche apparait toutefois très complexe, pour ne pas dire impossible dans une production Columbia au budget si serré, au calendrier si précis, sous l’œil inquisiteur du légendaire Harry Cohn. Ophuls doit donc renoncer à plusieurs plan séquences.

Il s’accroche toutefois à l’exceptionnelle scène de la plage, moment inédit et quasi muet, où Joan Bennett tire un corps inerte dans le sable. Le ressac décompte les secondes, Ophuls s’épanouit. Il impose ainsi son style sans heurts, avec indolence et brio. S’il ne sublime pas le genre comme a pu le faire Fritz Lang, il réalise néanmoins une œuvre solide, et offre un beau contre emploi à Joan Bennett. James Mason, qui sera un immense Humbert Humbert pour Kubrick, joue déjà de son admirable ambigüité.

Pour une œuvre si méconnue, le matériau additionnel n’avait rien d’évident. Carlotta propose toutefois en complément un entretien avec un spécialiste d’Ophuls, Lutz Bacher, qui s’attache principalement à la chronologie du tournage. Todd Haynes, cinéaste indépendant, s’exprime quant à lui sur le personnage de Joan Bennett, dans un bonus plus dispensable.

Greg Lauert

Pour information, Steven Soderbergh a produit en 1994 un remake des Désemparés avec Tilda Swinton, intitulé Deep End. Le DVD est disponible chez ARP.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s