[cinéphilie :] Pascal Rabaté

23 Juin

Ce soir, l'un va niquer. L'autre pas.

Les petits ruisseaux (en salles le 23 juin) est l’adaptation par Pascal Rabaté d’une bande dessinée de Pascal Rabaté. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, et pour cause. Rabaté surprend ; déjà parce qu’il ne choisit pas le film d’animation pour porter sa BD à l’écran. Ensuite, parce qu’il choisit Les petits ruisseaux, petite histoire touchante mais bien moins épique que son œuvre de référence, Ibicus (à lire absolument !). Pour incarner son duo de vieillards, l’un dans le présent et l’autre de retour vers le futur, Rabaté a choisi d’associer Philippe Nahon et Daniel Prévost. Un casting audacieux, poil à gratter et plutôt convaincant alors que le cabotinage était à craindre – il n’est d’ailleurs pas totalement absent, dieu merci ! S’il faut saluer une prouesse du film, c’est la capacité de Rabaté à filmer les corps, tous les corps, avec une grande sensualité. In fine, le film laisse la même sensation que la bande dessinée ; un plaisir certain pendant, un oubli coupable après.

Nous parlerons de Les petits ruisseaux dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le samedi 17 juin). En attendant, Pascal Rabaté nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants.

MAMMUTH (Gustave Kervern & Benoît Delépine)

Quand on s’est rencontré, c’était pour un livre autour de leur précédent film (Louise-Michel), et on avait parlé de tout sauf de ça ! A l’époque, je travaillais sur un moyen métrage, Les cavaliers faciles. Je leur avais expliqué ma façon de travailler et d’envisager le film et ils m’ont regardé avec de gros yeux en me disant : « tu n’es pas un frère, tu es un pareil. Fêtons ça ! » Je me sens très proche de gens comme Gustave ou Benoît mais aussi Yolande Moreau ou Bouli Lanners. De cette poésie, de cette recherche d’un monde singulier hors des autoroutes. De ce goût aussi pour l’art brut.

SEUL CONTRE TOUS (Gaspar Noé)

Ce n’est pas du tout la même crèmerie. J’aime beaucoup son cinéma et son acteur fétiche, Philippe Nahon, que j’ai choisi pour mon film. J’ai beaucoup moins accroché sur Irréversible. Je préfère son travail d’avant, son travail sur la violence qui fait que le spectateur anticipe mal. Alors le spectateur culpabilise d’avoir vu le mal là où Noé ne le met pas et de l’avoir raté là où il le fait surgir. C’est assez fascinant, brut et violent. C’est pareil, c’est quelqu’un qui va travailler dans les fosses. Qui va voir du côté des marges, et pas forcément des marges évidentes.

BATAILLE DANS LE CIEL (Carlos Reygadas)

Décidément. Ca a été un choc ! Je ne pense pas à la scène dont tout le monde a parlé, mais à tout le film. La photo est magnifique, le propos détonnant. Il y a aussi tout cet aspect mystique qui m’a un peu laissé dubitatif. Tout ce truc autour de la Rédemption, j’ai trouvé ça assez abscond. Mais le film est prodigieux. La façon dont il filme les corps, là on est dans quelque chose de brutal. Il y va frontalement ! C’est le film, avec La saveur de la pastèque, qui m’avait retourné cette année-là. Un vrai choc. C’est un film essentiel et nécessaire, avec un regard sur le monde sans condescendance ni cynisme. Reygadas a sorti le cinéma du contexte bourgeois dans lequel il est quand même méchamment ancré.

PERSEPOLIS (Marjane Satrapi)

J’ai aimé la BD et j’ai aimé le film. Même si le cinéma d’animation n’est pas trop ma tasse de thé. Le film est intelligent et très sensible. Il garde des zones d’ombre, ce qui est très bien et très important. C’est la difficulté avec le cinéma d’animation : ne pas vouloir tout contrôler, alors que c’est possible, car ça empêche le spectateur de rentrer dans le film. Là, c’est réussi. Le film apporte une autre dimension à la bande dessinée.

DUPONT LAJOIE (Yves Boisset)

Il y a un acteur extraordinaire qui s’appelle Jean Carmet et que j’aurais bien aimé avoir dans mon film. Le film m’avait assez plu à l’époque et je l’ai revu récemment… Il y a un certain cynisme et un message de fin sur l’auto-défense qui ma paraît un peu limite. Je ne suis pas très fan du cinéma de Boisset ; la dénonciation prend souvent le pas sur la façon de filmer. Dans ce film, je me souviens d’une phrase géniale : « Ah il est joli ce village, mais qu’est ce qu’on doit s’y faire chier. » Mais bon, il y a ce truc sur la fin qui me dérange. Et ça manque un peu de subtilité.

LES ENFANTS DU MARAIS (Jean Becker)

Aïe. Je ne suis pas un grand fan de Becker. Si je puis dire, je pense que j’ai fait mon film en réaction aux Enfants du marais. Becker est resté dans une vision de la campagne très datée ! Il est dans une vision idyllique, une vision trop bienpensante et sa grammaire filmique, son obsession du champ / contrechamp, m’horripile. C’est un cinéma fait pour finir à la télé. Les acteurs n’ont pas de jambes, ils sont filmés en gros plan, c’est un cinéma de points noirs. Quand on me dit que le début de mon film fait penser aux Enfants du marais, ça me hérisse le poil. J’ai voulu faire l’inverse. Dans Les enfants du marais, tout est stéréotypé. J’ai arrêté de voir des films de Becker.

Propos recueillis par Romain Sublon

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