Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 2)

19 Juil

// DECONSTRUCTING HARRY – Woody Allen //

Niqueur né.

Woody Allen évolue, depuis Annie Hall, sur un équilibre perpétuel. Quelque part entre drame et comédie, intimisme et résurgence d’un passé d’auteur de sketchs.

La critique a souvent vu Allen, l’auteur incarné en son personnage. Le cinéaste new yorkais n’a jamais caché le lien ténu entre sa vie et son œuvre, et s’amuse plutôt à l’évocation de cette zone indéfinie. Si la notion de « film personnel » s’applique à chaque opus Allenien, aucun autre film ne pousse la démarche aussi loin que Deconstructing Harry.

Sorti en 1998, soit après une grande crise personnelle liée à la séparation d’avec Mia Farrow, Harry dans tous ses états marque une rupture de ton très nette avec le reste de sa filmographie. Woody parle pipe, alcool, anti dépresseurs, et se fout traiter de motherfucker toutes les trois scènes. Dans ce rôle qui semble taillé pour un autre, Allen évoque avec virulence les affres du statut d’auteur. La fiction se nourrit de la vie, et la vie renaît de la fiction. Pour son entourage, toutefois, il n’est qu’un vampire, un égoïste, prêt à exploiter le malheur de ses proches pour assouvir son art.

Le titre est révélateur : on déconstruit Woody, sur un mode psychanalytique.

L’icône new yorkaise, l’auteur drôle, touchant, fragile et manquant d’assurance est enfin, après tant d’apparitions à l’écran, largement relativisé. Le discours toutefois, ne change guère. Allen charge les mères juives, les psys, les faux amis et les nymphettes qui l’idéalisent. On perçoit ce même regard sur la vacuité de l’existence, et ce cynisme drôlissime. Mais le ton est quelque part différent. Comme si la dépression gagnait l’écran. Allen réalise une comédie noire, virulente, agressive, désabusée. Il en reviendra. Il se refera plus léger, mais confirmera aussi sa vision pessimiste du monde.

Deconstructing Harry restera toutefois un jalon important dans la carrière du cinéaste ; en premier lieu pour l’approche de son personnage, mais également pour le caractère synthétique du film. Harry est un drame, une comédie bien sûr, mais il reprend presque la formule du film à sketchs des débuts, notamment dans la scène de l’enfer. Chaque genre implique une mécanique différente, une approche particulière. Pourtant, Allen parvient à un degré de maîtrise qui lui permet de passer habilement de l’un à l’autre en quelques instants, tout en jonglant avec une impressionnante distribution.

Certains reprochent fréquemment au grand cinéaste de se reposer sur ses acquis, de revisiter perpétuellement ses figures. Deconstructing Harry contentera ceux qui cherchent dans l’œuvre de Woody Allen un film résolument viscéral.

Greg Lauert

A savoir : Woody Allen souhaitait en premier lieu ne pas jouer le rôle d’Harry. Il ne s’octroie le premier rôle que du fait du désistement de Dustin Hoffmann à quelques semaines du tournage.

Fiche technique : HARRY DANS TOUS SES ETATS de Woody Allen // 1997 // 1.85 : 1 // Avec Woody Allen, Demi Moore, Elisabeth Shue, Billy Crystal, Robin Williams et Bob Balaban

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