Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 3)

26 Juil

// FRANTIC – Roman Polanski //

Dégoûtée, elle voit son rouge à lèvres lui échapper.

Roman Polanski n’est pas un cinéaste sérieux. Du moins, il ne devrait pas l’être. Parce que la qualité de ses films est proportionnelle à leur dimension grotesque. Cul-de-sac, Rosemary’s baby, Le locataire sont des oeuvres immenses mais surtout très modernes, dans lesquelles le cinéaste affiche une grande distance avec son récit. Ce cynisme furieux, il s’en détache quelque peu quand il devient de bon ton d’en abuser, soit dans les années 80.

Frantic est écrit en 1987, en collaboration avec Gérard Brach, scénariste en chef de la mécanique Polanski. Harrisson Ford y joue un médecin américain, à la recherche de sa femme enlevée en plein Paris. On a retenu la première apparition d’Emmanuelle Seigner. Il aurait peut être été plus avisé de se souvenir d’une des dernières concessions à l’absurde.

Le terme de la collaboration avec Brach n’est peut être pas étranger à ce changement de ton. Parce que Polanski aime bien sûr le cinéma et les grands récits. Sans esbrouffe, il est passé maître dans l’art de mener à bien un thriller. Avec un sens aigu de la structure et quelques principes simples, comme le fait de ne jamais quitter son personnage principal, le cinéaste franco-polonais confirme ce que l’on a jamais osé démentir : il est un grand conteur.

Mais il est également un auteur vicieux, prompt à détourner un plan, à surligner le ridicule d’une situation. Le héros est bien souvent pathétique. C’est un pantin torturé par son créateur, une victime luttant pour passer au travers des mailles du filet. Hitchcock a posé les jalons ; maitre chat bousculant ses souris travesties en faux coupable et autres fuyards. Mais il croyait à ses histoires. Polanski se moque de son matériau.

Le diable de Rosemary, ou le complot de Frantic sont de vastes sujets de plaisanterie. Alors il jouit de son discret délire, fait descendre Harrison Ford de son piédestal, l’oblige à danser sur une musique de Grace Jones et à se curer le nez pour en tirer des restes de cocaine. Peut être joue-t-il aussi de la figure du héros américain, perdu, déraciné et étourdi dans le macrocosme parisien.

Polanski se refuse à refaire Charade. Paris n’est pas un décor de carte postale. C’est le terrain de jeu sauvage d’un apatride venimeux, trop heureux de pouvoir tourmenter un simili Gary Cooper.

Greg Lauert

A savoir : Après Frantic, Gérard Brach écrira encore Lunes de Fiel pour Polanski. Ce sera le terme d’une collaboration entamée en 1965 avec Répulsion.

Fiche technique : FRANTIC de Roman Polanski // 1988 // 1.85 : 1 // Avec Harrison Ford, Emmanuelle Seigner, Betty Buckley, Gérard Klein

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s