Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 4)

2 Août

// LES VISITEURS – Elia Kazan //

James Woods dans sa première pub pour Biactol.

Sur le tournage des Visiteurs, un très jeune James Woods interrogeait Elia Kazan sur la délation et sur ses conséquences, afin de nourrir son personnage. Kazan bottait en touche. L’histoire de cet homme, qui voit surgir dans sa vie deux compagnons d’armes du Vietnam qu’il a fait condamner pour viol et meurtre, trouve pourtant un écho troublant dans la carrière du grand cinéaste. Pendant le McCarthysme, Elia Kazan, réalisateur en vue, s’est aliéné l’ensemble de la profession en dénoncant les scénaristes et réalisateurs ayant eu un lien avec le parti communiste. Tous ont été black-listés, certains sont allés en prison. Dès lors, Kazan n’était plus réalisateur, mais délateur. Oublié le cinéaste brillant. Oubliés Babydoll, Sur les quais, le lys de Brooklyn. Oublié le découvreur de Brando. Kazan était sauf, mais pestiféré.

S’il n’a jamais concédé le moindre remord, l’auteur d’origine grecque s’est toutefois exprimé au fil de son oeuvre. L’arrangement, adapté de son propre roman, dévoile un regard incisif sur sa vie sentimentale. Les visiteurs, enfin, bien qu’écrit par son propre fils, est un film désarmant, punitif, masochiste.

James Woods, tranquille délateur, sûr de son bon droit, laisse ses deux victimes ravager son quotidien. Il est un personnage transparent, effacé, neutre. Les bourreaux sont au centre du récit. On s’attache à leurs motivations, à leur douleur, on évoque les circonstances de leurs actes. Le traitre, pourtant armé de sa conscience, subit son implacable destin.

Kazan a pourtant été cinéaste de la révolte. Il s’est attaché aux immigrants et à la passion juvénile. Mais Les Visiteurs est l’oeuvre d’un homme usé et résigné. Le film suinte l’aliénation. Woods, dans la dernière scène, contemple sa punition et semble dire que l’on échappe pas à son karma. Il serait sans doute excessif de considérer que Kazan ait pu faire amende honorable avec Les Visiteurs. Trop fier et trop roublard, le cinéaste décédé en 2003 n’aurait jamais avoué ses torts. Mais certains films valent bien des discours.

Greg Lauert

A savoir : le film est adapté d’un article paru dans The New Yorker en 1969. Brian De Palma tirera un autre film de ce même article : Outrages, sorti en 1989.

LES VISITEURS de Elia Kazan // 1972 // Ecrit par Chris Kazan // Tourné en 16 mm // Avec James Woods, Patricia Joyce, Patrick McVey, Steve Railsback et Chico Martinez.

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