Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 5)

9 Août

// THE GAME – David Fincher //

La fameuse scène du miroir, encore et toujours.

A l’heure de citer les grandes réussites de David Fincher, on évoque volontiers Seven, Fight Club, ou encore Zodiac. The Game, sorti en salle en 1996, ne recueille souvent que peu d’éloges. L’histoire de ce milliardaire, désabusé et solitaire, qui voit son quotidien brisé lorsqu’il devient la cible d’un jeu mortel (qui n’en est pas un, ou si ….. peut être, enfin, sans doute…) mérite toutefois une révision.

Accordons à Fincher un défaut majeur, celui de sortir lui même le spectateur de son récit. Parce que le cinéaste prodige, à l’inverse de nombre de ses contemporains, n’est pas un auteur cynique, mais clinique. The Game est ainsi trop mécanique, trop froid. Michael Douglas, comédien de facade par excellence, renforce cette sensation d’oeuvre désincarnée. Le film cède, dans sa première heure, aux pires (peut-être aux meilleurs) travers de David Fincher.

L’exposition est longue, et les personnages ne suscitent aucune empathie. Douglas Junior est admirable d’inhumanité. Sean Penn, qui n’apparait qu’à trois reprises, est surprenant comme aux meilleures heures de sa carrière. Fincher, qui sort alors de l’immense succès de Seven, semble mettre en scène un fantasme d’enfant gâté. Il détaille un pouvoir qui se défausse, avec juste ce qu’il faut de sadisme. Pourtant, la mécanique ne tourne pas à vide.

Lentement, Fincher déploie son Christmas Carol. Douglas sera son Scrooge, voué aux pires épreuves contre son gré. La Rédemption, il ne la demande pas. D’autres la souhaitent pour lui. On assiste alors, avec un plaisir non dissimulé, à l’agonie (supposée) de sa misanthropie. On s’abandonne à cette histoire, à cette construction fonctionnelle. Fincher n’est pas roublard. Il est perfectionniste, ne laisse rien au hasard. Comme Kubrick, il n’invite pas l’émotion. Elle nait de sa maestria, comme le résultat d’une imparable équation.

A l’heure de conclure, The Game révèle sa structure, façon poupées russes. Le cinéaste désamorce en une seconde toute la tension de son récit, pour enfin lui donner du corps, de la valeur. Douglas finit sa quête dans un incroyable vertige. Le spectateur détaché de la première heure accompagne ce Scrooge moderne dans sa chute, vaincu au final par le talent d’un minutieux conteur.

Greg Lauert

A savoir : Le rôle de Sean Penn était initialement destiné à Jodie Foster. Elle retrouvera toutefois David Fincher quelques années plus tard, pour Panic Room.

Fiche technique : The Game de David Fincher // 1997 // 129 minutes // 2.35 : 1 // Avec Michael Douglas, Sean Penn, Deborah Kara Unger.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s