Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 7)

23 Août

// VINYAN – Fabrice du Welz //

En exclu, la première image de la suite des Choristes.

Certains films restent voués à l’anonymat du fait d’un simple malentendu. Fabrice Du Welz avait impressionné en 2004 avec Calvaire, festival de gueules et survival au ton singulier. Les aficionados attendaient donc à nouveau le cinéaste sur le terrain du film de genre. En pleine promotion, Mad Movies s’engouffre dans la brêche, fait sa couv’ avec une photo hors de propos. Ce sera l’incompréhension. Presse et public se désintéressent du film.

Il semblerait ainsi que le principal reproche fait à Vinyan soit son ambition, que certains n’ont pas hésités à requalifier en prétention. Du Welz a fait le choix de sortir son projet du carcan francophone du film de genre. Ce n’est pas un survival. Ce n’est pas un film de monstre. Ce n’est pas un film de zombies. C’est une oeuvre sans frontières.

Emmanuelle Béart, comédienne « institutionnelle », y côtoie Rufus Sewell, second rôle anglophone à la solidité éprouvée. D’un postulat fondé sur une catastrophe naturelle, on glisse vers le drame psychologique, pour se fondre enfin dans l’horreur. Les enfants tueurs ne sont pas au coeur du film. Ils sont le terme du voyage, le Colonel Kurtz de ce Vinyan, la catharsis finale. Avant, bien avant, il y a ce couple qui se délite dans la douleur. Du Welz a eu l’intelligence d’user de sa science du genre pour tirer son oeuvre vers le haut, pour lui offrir une portée.

L’horreur n’est pas une fin, c’est un moyen. Mais elle est bien présente, et c’est une des brillantes singularités du film.

Parce que cette histoire de couple qui se déchire autour de l’impossibilité d’un deuil, d’autres l’auraient filmée dans un café parisien. Sautet a la vie dure dans nos contrées. Du Welz opte pour la jungle, pour la quête mystique, pour un jusqu’au boutisme Conradien. Il ne recycle pas son talent. Il porte son sujet, avec l’intégrité et le courage nécessaire.

Vinyan n’est pas un trip, c’est un film narratif, très linéaire, à l’évolution inexorable. Il suppose l’abandon du spectateur. Il faut y perdre ses distances et ses repères, pour cotoyer la douleur des personnages. Alors, il est possible de percevoir à quel point l’oeuvre est unique dans le cinéma moderne.

Greg Lauert

A savoir : La splendide lumière du film est signée Benoit Debie, directeur de la photographie à la renommée grandissante après ses collaborations avec Gaspar Noé et Dario Argento.

Fiche technique : Vinyan de Fabrice Du Welz // 2008 // 96 minutes // 2.35 : 1 // Avec Emmanuel Béart, Rufus Sewell et Julie Dreyfus

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 7)”

  1. Marcel RAMIREZ lundi 23 août 2010 à 221056 #

    Est-ce qu’on peut comprendre les Choristes 2 sans avoir vu le 1 ?

    A part ça, très bel article. Me voilà forcé d’acheter le DVD…

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