AMERICAN TRIP – Nicholas Stoller

2 Sep

Jonah Hill et Russell Brand ont commis l’erreur d’aborder le meurtre de Tupac devant Puff Daddy.

Spin-off de Forgetting Sarah Marshall sorti en 2008, Get Him to the Greek (American Trip chez nous, encore une traduction d’une originalité à faire trembler le gland) suit Aaron Greenberg, jeune stagiaire dans une maison de disque à qui est confié une mission qui pourrait déterminer son avenir professionnel : partir à Londres et ramener le rockeur Aldous Snow pour qu’il fasse un concert au Greek Theater de Los Angeles. Seulement, Aldous est une célébrité en plein déclin : après l’échec de son dernier album et la séparation de l’amour de sa vie, il replonge dans la drogue et l’alcool après sept ans d’abstinence, ce qui le rend particulièrement instable et empêche Aaron de remplir sa mission.

Loin d’être le délire supposé par la bande-annonce, Get Him to the Greek ne se concentre pas vraiment sur les aventures extravagantes de ses protagonistes, mais plutôt sur leurs angoisses, leur solitude, leur incapacité à se regarder en face et à prendre sincèrement en compte le monde qui les entoure. Des thématiques loin d’être dépaysantes dans l’univers Apatow ; le personnage d’Aldous Snow est un artiste en détresse, un peu comme le personnage d’Adam Sandler dans Funny People ou celui de Jason Segel dans Forgetting Sarah Marshall, mais ce qui est intéressant ici c’est qu’il s’agit d’une personnalité des plus excentriques qui ne veut pas laisser apercevoir sa vulnérabilité. Get Him to the Greek est plus drôle que Funny People, mais il est construit de la même manière : il fait le portrait d’un artiste en essayant de saisir les différentes raisons qui l’ont amené à adopter un comportement parfois problématique (et à se réfugier dans l’alcool et la drogue). En cela, le film remplit sa mission : en faisant ses recherches, le réalisateur parvient à mettre une gifle à nos préjugés pour nous permettre d’adopter une pensée qui ne soit pas basée sur des idées reçues ou de simples appréhensions tout en exposant un humour décomplexé inspiré par des situations improbables et des réflexes quotidiens.

Mais le film perd parfois l’équilibre, Nicholas Stoller ne retrouve pas le talent dont il avait fait preuve avec l’excellent Forgetting Sarah Marshall, offre une réalisation manquant souvent de rythme et ne semble pas toujours savoir s’il est censé faire une pure comédie ou un drame avec des éléments comiques. Car il y a beaucoup de séquences hilarantes dans Get Him to the Greek, mais aussi beaucoup d’autres durant lesquelles un sourire serait pris comme la pire des insultes. Judd Apatow avait déjà adopté une approche similaire (bien plus poussée et mieux calculée) dans Funny People en reprenant les visages populaires de la comédie américaine actuelle, et même la plupart de ses blagues, non pas pour nous faire rire, mais pour aborder des personnages complexes et raconter une histoire sombre. Manifestement, Apatow semble vouloir continuer dans la lancée de Funny People en produisant Get Him to the Greek. Mais il y imprègne dans quelques séquences l’élément qui était absent dans Funny People et avait causé son échec auprès du public : un humour vraiment potache. Ce qui est loin d’être déplaisant, mais qui peine parfois à trouver sa place.

Au-delà de ça, Get Him to the Greek est un portrait captivant de deux personnalités opposées qui se lancent mutuellement des thérapies aux conséquences souvent salvatrices. La publicité du film est pour le moins mensongère, il s’agit bien plus d’une comédie dramatique que d’un délire,  mais elle permet au spectateur de voir le film briller là où il l’attend le moins malgré ses faiblesses (comme très souvent chez Apatow).

En sortant de la projection, l’ami qui m’avait accompagné m’a balancé : « Maintenant, il faudrait que je le revois, mais comme un drame. » Idée qui devrait nous accompagner après le visionnage de chaque film de la famille Apatow – The Cable Guy et Forgetting Sarah Marshall en tête – à quelques exceptions prêts comme Step Brothers ou You Don’t Mess with the Zohan qui jouent la carte de la divagation jusqu’au bout.

En salles depuis le 1er septembre.

Rock Brenner

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4 Réponses to “AMERICAN TRIP – Nicholas Stoller”

  1. Greg LAUERT jeudi 2 septembre 2010 à 80822 #

    J’avais oublié que The Cable Guy était produit par Apatow. En même temps, c’est un film qui s’intègre assez mal dans son oeuvre pour moi.

    C’est vraiment un film qui porte l’identité de Stiller. Il y a ce masochisme qui lui est propre.
    Et c’est très bien véhiculé par un Carrey tout à fait insupportable.

  2. rock jeudi 2 septembre 2010 à 90909 #

    C’était l’un des tout premiers films qu’il avait produit et, en effet, la « signature Apatow » n’était pas encore bien posée, mais il possède déjà une thématique qui deviendra très récurrente chez Apatow qui est celle de la solitude. On la retrouvera dans « The 40 year old virgin », « Superbad », « Funny People », « Forgetting Sarah Marshall », la série « Freaks & Geeks », même un peu dans « Step Brothers » et maintenant dans « Get Him to the Greek ».

    Sans oublier que malgré l’interprétation complètement tarée de Carrey, « The Cable Guy » possède déjà un ton grave qui nous fait parfois hésiter à sourire. Le personnage de Jim Carrey est très difficile et a tendance à faire peur.
    A mon sens, on peut déjà y trouver quelques éléments qui feront les bases de la filmographie d’Apatow, même si le film porte essentiellement la marque de Ben Stiller réalisateur.

  3. Reda dimanche 5 septembre 2010 à 10134 #

    Excellent article :)

  4. rock dimanche 5 septembre 2010 à 10158 #

    Merci beaucoup, mec ;)

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