Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 9)

6 Sep

// U TURN – Oliver Stone //

BG

Oliver Stone a longtemps fait illusion. On lui a prêté des idées politiques, un cinéma engagé, un ton rageur et conquérant. L’auteur n’a pas tenu la distance. Vingt ans plus tard, il ne reste de sa gloire qu’une poignée de brûlots racoleurs et surchargés. Pourtant, en 1997, il délaisse le film à thèse, et promène un casting hallucinant et halluciné en plein désert. Sean Penn, trois doigts en moins, casse son moteur à Redneckland, en plein cagnard. Il va passer une très mauvaise journée, croiser une belle poignée de ploucs et de dégénérés, et surtout s’acoquiner avec une femme fatale qui, forcément, aura un sale boulot à lui confier.

Penn, comme Stone, peut être insupportable. Quand cela arrive, il geint, beaucoup, et souvent. Oliver la terreur, lui, se montre joliment putassier. Il désature les tons, lâche les cuivres à Morricone, essaye de nous provoquer une crise d’épilepsie.

Mais les deux roublards n’ont finalement jamais été meilleurs que dans leurs pires travers. Il n’y a pas de grande idée dans U-Turn, pas même une once de grand cinéma. La virée n’en est pas moins jouissive. Parce que Stone lâche la bride à ses intentions, devient inconséquent, irresponsable.Il est un cinéaste without a cause.

Comme il navigue alors en pleine gloire, il fait jouer les seconds, troisièmes et énièmes rôles à des comédiens qui nous sont familiers. Jon Voight, Joaquin Phoenix, Billy Bob Thornton sont des voleurs de scènes reconnus. Mais face à la démesure de Sean Penn, c’est insuffisant. Un autre aurait pu sembler terne dans ce récit, écrasé sous le poids de la concurrence. Penn bouffe l’écran, du premier au dernier plan. Il est incroyablement pénible, et pourtant il suscite toute l’empathie indispensable à la conduite de l’histoire.

On pourrait s’en foutre, de ce truand minable et ruisselant, qui peine à la garder au fond de son froc. Mais sous cette canicule, dans le cauchemar diurne, on verserait une petite larme pour l’aider à quitter la parade des losers. Heureusement, cela n’arrivera pas. Oliver Stone veille au grain. Il met en scène comme un forcené. Il ne suggère pas, il martèle.

Et pour une fois, ses efforts démesurés, d’ordinaire si vains, ont un effet positif. Le spectateur finit la projection usé, et repu. Une journée de merde, c’est toujours un excellent prétexte à du bon cinéma (et ça fonctionne aussi pour la nuit, dixit Marty).

Greg Lauert

A savoir : dans la file d’attente de la station de bus, c’est Liv Tyler qui attend dans le flou derrière Sean Penn, dans un rôle muet. La comédienne n’étant pas une inconnue alors, on soupçonne la scène coupée.

Fiche technique : U TURN d’Oliver Stone // 1997 // 125 minutes // 1.85 : 1 // Avec Sean Penn, Jennifer Lopez, Nick Nolte, Joaquin Phoenix, Billy Bob Thornton, Jon Voight, Claire Danes, Powers Boothe.

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