[dvd :] THE DEVIL AND DANIEL WEBSTER – William Dieterle

9 Sep

Ed. Carlotta

Carlotta se penche à présent sur William Dieterle, cinéaste allemand, relativement méconnu du public français. Après avoir côtoyé les grands expressionnistes dans les années 20, Dieterle traverse l’Atlantique, s’installe à Hollywood, et tente d’imposer son cinéma très politisé. Peu avantagé par le rythme de production de la Warner Bros., il se tourne en 1940 vers la RKO, studio accueillant pour les auteurs mégalos, en passe de sortir le Citizen Kane de Orson Welles.

Dieterle choisit d’adapter une nouvelle de Stephen Benêt, lauréat d’un prix Pulitzer. The Devil and Daniel Webster, sorti en France sous le titre Tous les biens de la terre, dévoile le conflit d’un avocat républicain et du diable pour l’âme d’un paysan trop pressé de s’enrichir. Le cinéaste a ramené dans ses bagages quelques fulgurances expressionnistes. Il avait joué Faust au théâtre, et il mène donc solidement ce conte moral, avec le soutien de quelques grands noms du cinéma, comme Robert Wise derrière la table de montage, et Bernard Herrmann à la baguette. On notera également que le tentateur est joué par Walter Huston, père de John, compagnon oscarisé d’Humphrey Bogart dans Le trésor de la Sierra Madre.

Dieterle est passé à la postérité pour son œuvre précédente, une adaptation de Notre Dame de Paris avec Charles Laughton. Le film de 1941 proposé par Carlotta permet de saisir la personnalité du cinéaste, qui aspire aux grands thèmes, qui ne recule devant aucun lyrisme dans un pays sur le point de s’engager dans la seconde guerre mondiale.

Les grandes intentions desservent toutefois quelque peu The Devil and Daniel Webster.  L’histoire voudrait évoquer l’Histoire. Dieterle voudrait opposer la noblesse du rêve américain, le courage de l’esprit républicain et les valeurs de la Bible, à la malice de Mister Scratch. Le symbolisme plombe le propos.

Dans un supplément passionnant, Hervé Dumont revient sur l’humanisme de l’auteur, et l’on sera tenté, dans les années 40, de comparer le talent de Dieterle à celui de Franck Capra. Mais ce dernier n’a jamais cédé au prêchi prêcha biblique. Il racontait des histoires à hauteur d’homme, en candide sincère et honnête.

The Devil and Daniel Webster fait un péché d’orgueil, se montre trop grandiloquent. Sa découverte n’en est pas moins un beau cadeau de cinéphile.

Greg Lauert

NB : Alec Baldwin a réalisé un remake du film en 2004 avec Anthony Hopkins. Le long métrage est sorti sous le titre Shortcut to Happiness.

NB bis : La comédienne française Simone Simon, qui joue la fille du diable dans le film de Dieterle, est surtout connue comme l’interprète principale de La féline, de Jacques Tourneur, que vous pourrez revoir dès la semaine prochaine au cinéma Star (à Strasbourg) dans le cadre du Festival Européen du film fantastique.

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