Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 10)

13 Sep

// THE MACHINIST – Brad Anderson //

Robert de Niro a eu un Oscar pour moins que ça, lui.

Avant d’être gueulard en chef sur les plateaux de cinéma, ou grosse voix sous un masque de chauve souris, Christian Bale était un comédien appliqué et impliqué. Pour The Machinist, film indépendant tourné en 2003, il perd plus de 25 kilos et s’offre un look cadavérique, supposé accentuer le trouble de son personnage. Trevor Reznik, ouvrier machiniste dans une usine terne, est assailli de toutes parts, par ses visions, par ses mauvaises rencontres, par un sentiment étrange. Le fil de sa vie lui échappe.

Le réalisateur, Brad Anderson, égare le spectateur dans un dédale psychologique et narratif. Il promène le personnage dans une galerie des horreurs, dans un univers subtilement fantasmagorique. Le contexte est plus paranoïaque que fantastique. Aux abords de la normalité, on perçoit une réalité sous jacente, et terrifiante. Le corps de Bale est placé au centre du récit. Le comédien est de chaque plan. Ses angles, ses os saillants deviennent une attraction de foire. Son masochisme est jeté en pâture à l’écran, mais il sert totalement l’histoire.

A l’ère du fake et du numérique, un jeune cinéaste exhume le corps dans toute sa laideur. Il offre le malaise, et des sensations palpables et oubliées. Il veut coupler la douleur morale du personnage à une douleur physique qui transpirerait de l’écran. Reznik est malade, il crève doucement, il se désagrège, il fond, il devient transparent.

Anderson lance une multitude de fausses pistes, mais on sent bien, tout au long du métrage, que le corps est la clé de l’intrigue. Le personnage principal est un pantin dont on assiste à la désarticulation. Bale confirme d’ailleurs qu’il peut être un comédien d’exception, qu’il peut s’engager pleinement dans un rôle et servir la vision d’un cinéaste.

Malgré les manœuvres, The Machinist n’est pas un film maniériste et complaisant. Mais son propos ne se dévoile que dans sa dernière scène. Le film souffrira ainsi aisément une deuxième vision. Alors débarrassé de ces interrogations, on pourra l’apprécier comme un drame psychologique, une réflexion sur la décrépitude de l’âme, sur la culpabilité.

Greg Lauert

A savoir : Supposé prendre place aux Etats Unis, le film a toutefois été intégralement tourné à Barcelone.

Fiche technique : The Machinist de Brad Anderson // 2004 // 2.35 : 1 // Avec Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Michael Ironside, John Sharian.

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