[cinéphilie :] Antony Cordier

14 Sep

La cocaïne est à consommer avec modération.

Avec Happy few (en salles le 15 septembre), Antony Cordier (qui avait précédemment signé Douches froides, film torride et bouleversant) propose là un film très embarrassant. Parce que sa mise en place est parfaite – terriblement excitante, ancrée dans un réel dont on se prend très vite à rêver qu’il déraille et on sait que ce sera le cas ! Pourquoi embarrassant alors ? Parce que la suite est un long plantage. Désincarnés, les personnages bougent comme des robots programmés pour désirer. On a déjà quitté la croisière de l’amour. Rien ne va plus, jusqu’à cette scène dite de « L’amour dans la farine » qui est à l’image du film : d’abord réjouissante – oh oui, jouissive – puis grotesque. On est alors tenté de se poser la question : bon ou mauvais film ? Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Réponse : tant qu’il y a à boire !..

Nous parlerons de Happy few dans la prochaine émission de Cutlaradio (la n°-100, en ligne le lundi 27 septembre). En attendant, Antony Cordier nous livre ses souvenirs et/ou impressions des films suivants.

PEINDRE OU FAIRE L’AMOUR (Frères Larrieu)

J’aime beaucoup ce film. C’était un film dont on a beaucoup dit qu’il était hédoniste. Je crois que c’est aussi un film très ironique, qui porte un regard très ironique sur ses personnages. Ce sont un peu des bobos, comme dans Happy few. Mais moi, j’ai eu davantage une recherche de premier degré. Je ne suis pas capable d’être cocasse, à la manière des Frères Larrieu. J’aime aussi ce côté très décomplexé pour filmer la nudité. C’est intéressant de filmer des culs ! C’est parfois même plus intéressant que filmer des visages. Et puis se poser la question : comment filmer un cul ?

LOUISE TAKE 2 (Siegfried)

J’adore ce film ! Vraiment beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi Siegfried n’a pas plus de succès. Ca fait un peu tarte à la crème de dire ça, mais il y a une vraie liberté dans ce film, un truc très Nouvelle Vague. Le A bout de souffle des années 2000. Un gars capable de partir avec des acteurs, des potes, un bout de scénario, son talent et puis hop ! Roschdy Zem me racontait que parfois Siegfried le suivait jusque dans sa chambre pour le filmer… C’était partout, tout le temps ! Je ne serai pas capable de faire ça. Et puis c’est aussi un musicien. Je suis très envieux. J’ai trouvé la musique de ce film très belle. Et dans ce film, Roschdy est le Belmondo des années 2000.

NENETTE ET BONI (Claire Denis)

On a failli l’utiliser dans le film. Pour la scène d’amour dans la farine qui vient d’un fantasme du personnage joué par Elodie Bouchez. On se demandait comment on pouvait introduire ça… On avait tourné une scène où Elodie Bouchez quittait Roschdy Zem pour retrouver son mari, Nicolas Duvauchelle, qui regarde Nénette et Boni quand il y a la scène où la boulangère jouée par Valeria Bruni-Tedeschi se penche sur les gâteaux avec ses seins voluptueux. Et Elodie Bouchez confie alors son fantasme. Finalement, au montage, on ne voit plus la télé où passe le film… Et puis Claire Denis c’est quelqu’un de très inventif pour filmer les sensations. Elle nous a tous beaucoup aidé pour ça. Elle rend le cinéma très sensuel.

DOUCHES FROIDES (Antony Cordier)

Ah ouais. C’est un bon film. Je l’ai revu à la télé, avant Happy few. Alors que je croyais que j’allais détester, je me suis dit que ce n’était pas si mal. Même bien. Il y avait une candeur, liée au premier film, que je n’aurais plus jamais. Après, on est dépucelé. Je vois bien le rapport entre les deux films, et ça me fait chier d’ailleurs car je n’ai pas envie d’être le mec qui filme les partouzes. Mais il y a aussi plusieurs différences sur le plan formel.

MISCHKA (Jean-François Stévenin)

C’est ce qui se fait de mieux dans le cinéma français. Stévenin, il a un truc incroyable… Comment peut-on raconter Jean-François Stévenin ? Il fait les choses naturellement. Il fait un film avec ses mains, pas avec sa tête. Il n’est pas dans l’intention, mais dans la pulsion. Et puis c’est toujours des histoires de famille d’adoption, d’amitié. C’était important pour moi cette idée : dans Happy few, ce sont quatre personnes qui se rencontrent et qui s’adoptent.

KEN PARK (Larry Clark)

Je l’avais montré aux acteurs de Douches froides comme un défi : alors cap ou pas cap ? J’avais beaucoup aimé chez lui sa capacité à filmer le cul d’un mec comme le cul d’une fille. L’érotisme peut être chez les deux. Il y a une grande différence avec mon film : chez Larry Clark, c’est la noirceur qui prime. Dans mon film, on tourne un peu plus le dos à la perversité. Happy few est un film plus puéril.

Propos recueillis par Romain Sublon

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