Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 3, ep.6)

20 Sep

Ce soir, c'est la fête.

Après avoir assisté à la première partie de « La nuit Star Wars sans Star Wars » et donc au très peu intéressant documentaire The People vs George Lucas d’Alexandre O. Philippe (aussi membre du jury) je me suis empressé de me coucher pour être en pleine forme pour la dernière journée du festival. La projection de Baba Yaga dans le cadre de la rétro Italian Pop en présence son réalisateur Corrado Farina s’impose comme une bonne idée pour démarrer cette journée. Erreur : une inexplicable série de mini-siestes m’a empêcher de jouir pleinement du film (vous avez envie de me frapper ? je vous y aiderai volontiers).

Pour résumer, le film se situe au début des 70’s et suit une jeune photographe qui rencontre une étrange femme qui se fait appeler Baba Yaga. La photographe se met à avoir d’étranges visions pour la plupart érotiques. Corrado Farina explique avant la projection qu’il voulait faire un film qui mêle deux de ses plus grandes passions : le cinéma et la bande dessinée (le film est inspiré d’une BD de Guido Crepax) tout en intégrant quelques clichés Pop Art comme pour s’en moquer. Le milieu artistique dans lequel vit la protagoniste est décrit avec ironie, la parodie (gentille) de Blow Up d’Antonioni n’est pas loin. Seulement, la lenteur du film ne permet de garder une attention véritable face à toutes les étrangetés que Farina a voulu nous faire partager. On pense un peu au sympathique délire de Tinto Brass avec Nerosubianco, mais surtout au Season of the Witch de George A. Romero (mais sans être aussi chiant). Inutile de répéter que mon attention était très approximative, la séance a été pour moi entrecoupée de réveils hallucinés face à des séquences érotiques qui vont d’expériences BDSM à la découverte du corps nu et mûr de la Baby Doll de Kazan, la charmante Carroll Baker. Arrivé au terme de la projection, il m’était impossible de trouver une question vraiment intéressante à poser au réalisateur. Un peu comme toute la salle, d’ailleurs, qui était occupée par six ou sept spectateurs. Farina ne se démonte pas et répond très gentiment aux questions les plus simples et nous remercie même d’être resté jusqu’à la fin du film étant donné qu’il divise toujours le public.

 

Ryan Reynolds enterre sa prestation de "Wolverine".

S’ensuit la projection du très attendu Buried de l’espagnol Rodrigo Cortés, dernier film en compétition. Attendu parce que le pitch est des plus intrigants : un homme se réveil dans un cercueil avec comme seuls outils un zippo et un téléphone portable. On appréhende une connerie à la Saw, mais Buried en est heureusement à mille lieux. Le personnage (joué par un Ryan Reynolds convaincant au possible) tente de téléphoner à sa femme et à toute personne susceptible de l’aider. Au fur et à mesure de ses appels, le spectateur fait connaissance avec lui et apprend qu’il est américain, se trouve en Irak et n’a aucune idée des raisons pour lesquelles il est enterré vivant. Le responsable de tout ça demande une rançon de 5 millions de dollars que notre protagoniste doit s’empresser de négocier avec l’ambassade américaine.

D’une efficacité redoutable, Buried se dévoile comme un huis-clos oppressant et audacieux. Oppressant parce qu’il définit brillamment la notion d’emprisonnement en nous faisant partager toutes les emmerdes et pétages de plombs possible au sein d’un espace aussi confiné, malgré quelques coquetterie esthétiques qui auraient pu être épargnées car elles nous empêchent simplement d’étouffer (mais ces coquetteries ne représentent qu’une très mince partie de l’œuvre). Audacieux parce qu’il aborde un contexte qui va bien au-delà des planches du cercueil et critique violement l’incapacité et l’hypocrisie des personnes qui ont les moyens d’aider un être humain en péril, mais refusent de négliger leurs priorités et parfois leur tranquillité. L’enchainement des événements de Buried n’est pas surprenant, au contraire, le désespoir résonne dangereusement dans la salle et on ne croit pas à une quelconque issue. Au mieux, nous souhaitons une mort pas trop douloureuse pour le personnage principal…

A noter que malgré le fait que Buried soit tourné dans un seul endroit avec un seul acteur à l’écran, le budget du film s’élève tout de même à 3 millions de dollars…

Une pause d’environ deux heures s’impose après cette séance, le temps de recueillir quelques avis, qui demeurent très favorables pour un certain nombre de spectateurs. Je reprends ma route et me rends à nouveau au cinéma Star St-Exupéry et croise un ami enragé de ne pouvoir assister à la projection du film de clôture, Kaboom, en raison qu’il n’y a déjà plus de place disponible. Son retour au FEFFS l’année prochaine risque d’être compromis, selon lui. Puis j’aperçois un fidèle lecteur de Cut : Reda, en train de s’étouffer avec une pizza trois fois plus grosse que sa tête et d’attendre le nouveau film de Gregg Araki avec un intérêt purement journalistique. Je me sens seul, personne n’aime Araki à part moi et mon enthousiasme a tendance à faire peur.

Entré dans la salle de projection, Jenny Ulrich me fait remarquer que c’est encore moi qui tiens la journée des enfants pour le journal CUTien. Je m’assois donc à côté de Greg Lauert qui a les mains jointes comme pour prier de ne pas se faire chier devant Kaboom. Lui non plus n’aime pas Araki. Plus une seule place ne semble disponible et je suis réjoui face à l’image de cette salle remplie pour un film de Gregg Araki ; il n’y a que les festivals pour faire ça. Daniel Cohen ouvre la clôture en remerciant une nouvelle fois toutes les personnes ayant permis au festival de continuer et poursuit avec un hommage rendu au réalisateur italien Piero Vivarelli dont le Satanik a été présenté au festival dans la rétro Italian Pop. Vivarelli devait venir au festival, mais la mort l’en a empêché quelques jours auparavant. Une vidéo de quinze minutes est projetée pour nous présenter le « personnage » que pouvait être Vivarelli et son point de vue sur le sexe au cinéma. Pour Vivarelli, quelque chose comme la fellation ne devrait pas être cachée dans les films, le contraire exprimant une forme d’hypocrisie. « Le sexe ne devrait pas être trop intellectualisé comme chez Catherine Breillat chez qui ça devient un truc très chiant. »

Greg Lauert : Il a l’air intéressant ce cinéaste.

Moi (intérieurement) : Encore un nom à mettre en tête de liste.

Daniel Cohen (aux spectateurs) : Dommage qu’il soit déjà parti, je crois qu’on aurait bien rigolé…

Arrive ensuite la remise des prix : le jury jeune récompense le court-métrage Fard, tandis que le public et le grand jury préfèrent Mr. Foley. Pour les longs-métrages, le prix du public est revenu à Buried – l’enthousiasme se fait entendre dans la salle. Une mention spéciale remise par Axelle Carolyn est donnée à Zwart Water – le public est moins enthousiaste. Le président du jury, Brian Yuzna vient communiquer le film qui aura la chance d’obtenir le Méliès d’argent : Buried. Beaucoup d’enthousiasme, encore, malgré quelques spectateurs frustrés de ne pas voir Rammbock remporter la fameuse récompense.

Une pluie de préservatifs sponsorisés par le distributeur Wild Bunch assomme les spectateurs assis au centre de la salle, ceux assis sur les côtés sont condamnés à faire la queue dans la pharmacie du coin.

 

"Allo, années 90 ?"

C’est donc dans une atmosphère très appropriée que démarre le film de Gregg Araki, Kaboom. Nous suivons Smith, un étudiant qui vit en collocation avec Thor, idiot surfeur sur lequel il fantasme, et traine sans cesse avec sa meilleure amie, Stella, et couche de temps en temps avec London. Smith fait un rêve récurrent dans lequel il marche nu dans un couloir blanc où il croise sa mère, Stella, une brune à la « beauté irréelle » et une fille rousse. Il se dirige lentement vers une porte derrière laquelle il découvre… une poubelle. Ce rêve l’intrigue et sous l’effet de space cookies avalés lors d’une fête il croit avoir assisté au meurtre de la fameuse fille rousse. Il mène ensuite son enquête avec Stella et London et les choses prendront une tournure des plus inattendues.

Avec ce film, Araki retourne à ses premiers délires avec lesquels il avait rompu dans l’excellent Mysterious Skin en 2004. Une certaine mélancolie tordue enveloppe le personnage principal qui se retrouve face à un monde qu’il ne parvient à saisir clairement. Paumé comme l’était James Duval dans la trilogie Teen Apocalypse qu’avait brillamment accomplit Araki il y a quinze ans, ce n’est donc pas un hasard de retrouver ce même acteur au sein de cette divagation qui tient à décider du sort de l’humanité. Mais cette fois-ci, le très cool James Duval ne tient pas le rôle principal, mais celui d’un hippie à l’allure christique au nom très parlant : Messie. Thomas Dekker (aperçu dans le remake des Griffes de la nuit) se glisse dans la peau de Smith avec une sensibilité et une certaine naïveté qui rappel sérieusement les premiers amours d’Araki. Tout comme l’apparence et l’attitude de Roxane Mesquida rappelle celles de Rose McGowan dans The Doom Generation.

Œuvre nostalgique, Kaboom commence comme une autobiographie dans laquelle le réalisateur semble faire part des différentes mésaventures et questionnements qu’il a pu rencontrer lorsqu’il était étudiant en cinéma. L’humour piquant et grossier, le côté fuck you attitude et les couleurs du film ne peuvent que faire écho à ce qu’Araki a déjà pu faire. Et c’est peut-être ce qu’il y a de décevant dans la première moitié du film. Mysterious Skin était surprenant parce qu’il dévoilait une autre facette de son talent, mais Kaboom va dans le sens inverse.

Au final, on se tape complètement de l’enquête de Smith dans la deuxième moitié du film, ce qui nous intéresse c’est le point de vue d’Araki sur la vie étudiante, en cela il se démerde très bien, mais il ne semble pas fait pour tenir une enquête aussi délirante. L’enquête du personnage joué par Brady Corbett dans Mysterious Skin était menée sans ironie, avec une véritable volonté d’exprimer une douleur extrêmement complexe, mais dans Kaboom, le but est difficilement perceptible. Si ce n’est pour donner une vision de plus de ce que pourrait être l’apocalypse selon Gregg Araki. Contrairement à Kaboom, les films Totally Fucked Up, The Doom Generation et Nowhere livraient une vision qui possédait un sens profond au travers de portraits acides et modernes d’adolescents paumés. Ce dernier essai tente de respecter au pied de la lettre la phrase de James Duval prononcée dans Nowhere : « Notre génération est celle qui sera témoin de la fin de tout. » On ne peut reprocher à Araki de ne pas aller dans ce sens dans Kaboom. Le bordel est présent, mais il se fatigue et vire dans un grotesque pauvre au cours de l’interminable dernière séquence qui use trop de blabla pour donner des réponses à cette enquête sans intérêt sous The Bitter End de Placebo. Malgré les réponses, on ne comprend plus rien, si ce n’est qu’il n’y a rien à comprendre dans Kaboom. Greg Lauert rit et dit qu’il avait l’impression de voir le film d’un gamin de quinze ans ; je n’arrive pas à le contredire.

 

"No reason."

La soirée se poursuit à un cocktail. L’alcool ayant un fort succès, notamment auprès de Jenny Ulrich (qui tente de me faire croire que quelqu’un l’a resservie malgré elle) et moi-même, la soirée prend un tournant presque mélancolique du côté de l’équipe du festival. Brian Yuzna en profite pour discuter un peu avec quelques bénévoles, signer mon dvd de Ticks et faire quelques photos qui termineront forcément dans un cadre. L’alcool ne permet pas d’oublier la fin de quoi que ce soit, les embrassades ne font pas du bien et la triste monotonie du quotidien semble pointer le bout de son nez, sauf si on se bouge le cul. Tout ça pour dire que le plaisir sera à nouveau au rendez-vous l’année prochaine.

Rock Brenner

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2 Réponses to “Journal d’un CUTien au FEFFS (saison 3, ep.6)”

  1. Reda lundi 20 septembre 2010 à 130101 #

    Heureusement que j’avais une bouteille de coca pour faire passer la pizza au forcing :)

    Belle conclusion ! C’était bien la teuf ?

  2. rock brenner lundi 20 septembre 2010 à 130118 #

    Aaaah, j’ai oublié la bouteille de coca !
    Oui, sympa, décontractée, de l’alcool…

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