[dvd :] NUIT DE CHIEN – Werner Schroeter

22 Sep

Ed. Montparnasse

Dans Nuit de chien, le dernier film de Werner Shroeter, tout le monde est beau, tout le monde respire la vie, et tout le monde est déjà mort. Au propre ou au figuré. Ossorio (Pascal Greggory, parfait, superlatif), colonel, héros de guerre, ancien médecin et sans doute fin stratège, rentre une nuit dans l’espoir de trouver la femme qu’il aime et lui faire quitter la ville. En effet, Santa Maria est en proie à une crise politique majeure : le gouvernement est en fuite ou se terre, les miliciens font régner la terreur, police et armée ourdissent complots et coups d’états. A l’aube, un bateau doit quitter la ville, et le beau colonel est bien décidé à embarquer. Mais « cette nuit, personne ne dort » : le colonel se perd au jeu des identités multiples, se dissout dans les intrigues, et se voyant proposer le pouvoir répond, presque surpris : « oui, c’est vrai, j’oubliais que j’existais ». Ce chaos est orchestré comme une farce sombre et voluptueuse. Nuit de chien – nuit de retour à la bestialité –  est un film charnel. La déshumanisation y est cruelle mais jamais désespérée, et le mélancolique colonel vit son seul moment de joie avec Elsa Zylberstein, dans une baignoire, sous un masque de loup.

Le sang, s’il finit par couler franchement, y est longtemps un cosmétique comme un autre : on le distingue à peine du rouge à lèvres de la très belle et très malheureuse Amira Casar, aux mains des miliciens. Sur le visage d’un enfant triste, on peine à différencier sang et feutre, peintures de guerre d’un jeu sans joie. Danse macabre, tableaux vivants, la ville de Santa Maria devient le théâtre d’un sadisme lyrique et enivrant : inconstance, trahison, torture y ont la part belle. Dans cette ville imaginaire, les décors et costumes sont délibérément anachroniques, les dictions sont hantées d’une variété d’accents, on se trouve partout et nulle part à la fois. Nuit de Chien est une fable composite et universelle sur le pouvoir. Beau, triste (et long) comme le 20e siècle.

En complément, des scènes coupées, dont une fin alternative qui réjouira les plus sensibles (chute du taux de mortalité). Egalement un entretien avec Werner Schroeter (on peut lui compter les poils de barbe) sur la dimension universelle de Santa Maria, l’utopie, l’espoir. Schroeter a le sens de la formule : quand il dit « idealische stalking » (harcèlement idéaliste) on bat des mains. Et quand il dit « I think positive », on écrase une larme.

Jakuts

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