Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 12)

27 Sep

// CRUISING – William Friedkin //

Cette soirée-là, Starsky va rencontrer Hutch pour la première fois.

En 1980, le nouvel âge d’or du cinéma hollywoodien est bien mort. Cimino a lesté le corps avec La porte du paradis. Friedkin, lui-même, a connu ses premiers déboires majeurs avec Le convoi de la peur. Mais Billy n’est pas apaisé pour autant. Il entend poursuivre sa quête, jeter à la gueule des années 80 ce même cinéma brut et primaire qui l’aura élevé au rang de légende. Quand Jerry Weintraub lui propose d’adapter un roman criminel situé dans le milieu gay new yorkais, le réalisateur de French Connection veut aller plus loin. Gay, soit, mais gay SM. Heavy leather comme on dit alors.

Friedkin, qui a débuté sa carrière dans le documentaire, se motive à l’idée de balancer l’icône Pacino au milieu des moustachus à casquette de cuir. Al, quelques années après Serpico, entre à nouveau dans la peau d’un flic. La caméra le suit dans ces lieux authentiques. Sous la huée des associations de défense de la cause gay, les deux géants descendent dans le milieu interlope. Friedkin dira que rien n’est joué. Le cuir, le cul, les fist fuckings en second plan, tout est vrai.

Et le petit flic infiltré tourne en rond, cherche un criminel, perd la boussole. Le cinéaste n’a jamais vénéré Hitchcock.  Le whodunit, il le laisse aux procéduriers. L’intérêt, le fond de Cruising, c’est la dualité, la perte des repères, l’ambivalence. Friedkin plonge dans la nuit, et se délecte de la marginalité. Il en revient dénué de convictions. Son film opte pour un modus operanti tout à fait original. X tue Y, puis Y, grimé, tue Z. Au doublage, il greffe à Y la voix de X. Et il clôt le film en jetant tous les soupçons sur son personnage principal. Pacino, dans le dernier plan, lance un regard caméra lourd de sens. On peut longuement s’interroger sur sa véritable personnalité. Lui-même n’en sait foutrement rien.

Le cinéaste s’est jeté dans la bataille en dépit de tout sens narratif. Ce qui le passionne, c’est de poser un regard neuf sur une situation, sur un milieu. Un rien vicieux, comme son idole Henri Georges Clouzot, il vise l’inconfort, le choc. L’exorcisme, la jungle de Sorcerer, les bars SM, Friedkin donne à voir de l’inédit et greffe là-dessus une ambiguïté morale salutaire.

On ne lui en voudra pas d’être aujourd’hui en mal de sujets.

Greg Lauert

A savoir : Pacino et Friedkin n’ont plus collaboré par la suite. Le réalisateur a déclaré que si le comédien apparaissait si génial, c’était parce qu’il lui fallait trente prises pour être dans le ton, et qu’alors son partenaire était forcément usé par la répétition.

Cruising (La chasse) de William Friedkin // 1980 // 102 minutes // 1.85 : 1 // Avec Al Pacino, Paul Sorvino, Karen Allen, Richard Cox.

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