[agitation :] Comédie, mode d’emploi – Judd Apatow

29 Sep

Ed. Capricci

A la question « tu connais Judd Apatow ? » la réponse est souvent négative, pour la simple raison que ses films n’ont pas vraiment de notoriété en France. Et lorsque les titres des films sont enfin cités (40 ans, toujours puceau, Supergrave, Rien que pour vos cheveux, Frangins malgré eux, Délire Express, En cloque, mode d’emploi, American Trip…), il est difficile d’être pris au sérieux (surtout avec des titres français aussi merdiques) et ils demeurent automatiquement rangés dans la catégorie « comédies stupides » par des personnes n’ayant même pas pris la peine d’enfiler leur rôle de spectateur (actif) pour ces œuvres. Problème que Judd Apatow avoue lui-même avoir rencontré dans sa jeunesse lorsqu’il écoutait dans son coin les enregistrements de Bill Cosby, prenait son pied devant les délires de Steve Martin au cinéma et ne manquait pas une seule émission du Saturday Night Live ou du Tonight Show. Désormais devenu un nom incontournable aux Etats-Unis et auprès des cinéphiles amoureux de comédies, Judd Apatow a déjà marqué l’histoire du cinéma américain et de la comédie, comme ont pu le faire John Hughes pour les Teen Movies ou John Waters pour le cinéma trash, grâce à une découverte conséquente de talents comiques (Seth Rogen, Jonah Hill, Jason Segel…) et des sujets mettant en avant des personnages complexes et complexés (des underdogs) qui luttent sans cesse pour parvenir à la paix intérieure. Et c’est dans le but de mieux cerner le personnage de Judd Apatow et son travail qu’Emmanuel Burdeau propose cet entretien de plus d’une centaine de pages.

Apparaissant comme un être constamment angoissé par l’avenir (« J’ai toujours l’impression qu’une catastrophe va surgir à chaque coin de rue. Mieux vaut donc y penser à l’avance. La capacité à anticiper les problèmes peut faire de vous un bon producteur et un bon réalisateur. »), Judd Apatow retrace sa vie, de son enfance obsédée par la comédie à ses premiers pas dans le monde du stand-up et de la télévision, de ses premières rencontres déterminantes (Ben Stiller, Adam Sandler) à l’accomplissement de son œuvre, sans langue de bois et avec une lucidité frappante. Apatow profite de cet entretien pour faire part de ses peurs, ses obsessions, ses difficultés, ses regrets, qu’ils soient présents ou passés, plus que pour parler des différents plaisirs qu’il a pu prendre au long de sa carrière. Le réalisateur, producteur et scénariste est en constante réflexion sur lui-même et, comme dans ses films, explore le comportement humain au travers de ses expériences personnelles tout en étudiant la vie de la comédie au cours des trente dernières années.

Les questions d’Emmanuel Burdeau portent aussi bien sûr sur les films du monsieur qui tient à mettre les points sur les i avec les œuvres qui fâchent : Funny People en tête. Film très personnel et très incompris, souvent critiqué pour son contenu (volontairement) non-comique, sa réalisation peu élaborée malgré un gros budget et sa durée de 2h25 (« Transformers dure 2h24, et Funny People ne pourrait pas durer 2h25 ?! J’ai des trucs à dire, ça va prendre du temps. »), Apatow n’aborde pas le film comme un échec, mais regrette qu’il n’ait pas été bien entendu. Très sage, le réalisateur réfléchit sur l’impact que le film a pu avoir sur son public et pense qu’il s’agit d’un film qui demande du temps.

Rares sont les œuvres comiques actuelles qui (se) posent autant de questions que celles de Judd Apatow, l’entretien est à l’image de celles-ci à une exception près : il ne fait pas rire. Ce qui n’en fait pas un défaut pour autant, l’entretien expose toute la complexité et même la beauté d’une  passionnante personnalité comme Apatow qui semble bien plus proche de ses personnages qu’on ne voudrait le croire : « Je suis George. Je suis Ira. (les protagonistes de Funny People joués par Adam Sandler et Seth Rogen, ndlr.) J’ai été les deux à différents moments de ma vie (…) Je suis Ben (Seth Rogen dans En cloque, mode d’emploi, ndlr.), le jeune agité qui essaie de grandir et se demande comment ça va se passer avec Alison, s’il saura s’occuper d’elle, de l’enfant… Je suis le puceau de The 40 Year Old Virgin, bien davantage que je ne voudrais l’avouer. Mal à l’aise, angoissé à l’idée qu’on découvre que je suis un freak, tout le contraire de ce que je voudrais être. »

Rock Brenner

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