Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 13)

3 Oct

// JUDGMENT NIGHT – Stephen Hopkins //

Les Goonies n'ont peur de rien.

Stephen Hopkins restera dans les mémoires pour avoir doté la première saison de 24 heures chrono d’une identité visuelle. Au cinéma, à défaut d’être un grand réalisateur, il aura du moins été un excellent artisan, au fil de titres comme Predator 2 ou L’ombre et la proie.

Dans Judgment Night, sorti en 1993, Emilio Estevez délaisse sa famille  le temps d’une soirée et rejoint un groupe d’amis pour assister à un match de boxe. Pris dans un embouteillage, le petit groupe décide de quitter l’autoroute. En traversant une banlieue désertique, les protagonistes sont témoins d’un meurtre, et sont pris en chasse par les criminels.

Le film dépeint cette traque dans un quartier si glauque, si sombre, si cauchemardesque qu’il en parait fantasmé. L’œuvre est passionnante en ceci qu’elle déplace le survival dans un environnement urbain. Le genre, initié en 1972 par John Boorman avec Delivrance, s’attache à l’éradication d’un groupe dans un univers hostile. Traditionnellement, le cinéma américain associe cet univers au ventre méconnu de ses terres, à la forêt profonde, à la lande dépeuplée.

Hopkins lâche ses pantins en pleine ville, dans des blocs décrépis, sur le territoire des gangs. Emilio Estevez et sa troupe traversent des hangars désaffectés, des grands magasins, et des rues balayées par le vent qui ne manqueront pas d’évoquer les grandes heures du western.

On pourra rapprocher Judgment Night de ce genre cinématographique majeur. Le flingue est ici aussi le symbole de l’accession à la virilité. Le héros peine à prendre les armes, et s’il les prend, c’est en dernier recours, pour contrer l’assaillant, après l’échec de toute conciliation. Le film joue ainsi très longuement de la figure de l’américain moyen, de l’échec de l’establishment.

Dans ce qui pourrait être la meilleure scène du long métrage, Jeremy Piven, en bon businessman, tente de négocier sa vie et celle de ses amis avec le gang de Denis Leary. Il excelle dans son domaine, mais se heurte à un mur d’incompréhension. Il ne pourra faire plier la barbarie, il ne pourra pas associer les deux univers dans une transaction amiable. Le boogeyman Fallon n’a que mépris pour ces pères de famille, ces hommes du rang. La mort de Piven fera basculer le film vers sa résolution violente, vers le duel entre Estevez et Leary, dans un supermarché qui symbolise le dernier bastion et le dernier refuge de la civilisation en plein zone de non-droit.

Quelques nostalgiques noteront que le film est très ancré visuellement dans les années 90. La partition d’Alan Silvestri ne manquera pas d’évoquer ainsi certains grands classiques de cette époque.

Greg Lauert

A savoir : les comédiens du film étaient pour la plupart d’illustres inconnus à sa sortie. Deux d’entre eux sont devenus des monuments de la télévision américaine. Denis Leary a crée son propre show, largement célébré par la critique : FDNY Rescue me. Jeremy Piven a remporté trois Emmy Awards pour son rôle dans la série Entourage.

Judgment Night de Stephen Hopkins // 1993 // 110 minutes // 2.35 : 1 // Avec Emilio Estevez, Cuba Gooding Jr, Stephen Dorff, Denis Leary, Jeremy Piven.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s