[cinéphilie :] Benoît Jacquot

12 Oct

A chacun(e) son point G.

Au fond des bois (avec Isild le Besco et Nahuel Perez Biscayart, sortie en salles le 13 octobre) est la nouvelle proposition de Benoît Jacquot. Le réalisateur de A tout de suite (son meilleur film) s’essaye au film de vampire / fantôme / démon. Avec une audace tout a fait respectable et un premier degré salutaire. On peut lui reprocher un certain ennui, reproche que l’on fera un peu gêné puisque parfaitement incapable de le justifier. On peut aussi lui reprocher une certaine lourdeur : la musique ! Quoiqu’il en soit, Au fond des bois est une expérience. Et tout expérience est bonne à prendre.

Nous parlerons de Au fond des bois dans la prochaine émission de Cutlaradio (en ligne le samedi 23 octobre). En attendant, Benoît Jacquot (réalisateur) nous livre leurs souvenirs et/ou impressions des films suivants.

NOSFERATU (F.W. Murnau)

C’est l’origine, et le maître pour toujours, des films qui s’occupent de la lisière entre le réel et l’halluciné. « Une fois qu’il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre ». Cette phrase, qui est un carton du film, est presque une maxime pour les cinéastes qui veulent approcher quelque chose au cinéma, profondément, ontologiquement. Ce film est fondateur.

POSSESSION (Andrzej Zulawski)

C’est un film que j’aime assez, mais il représente ce que je ne voulais pas faire pour mon film. C’est ce vers quoi j’allais, mais en prenant toujours garde de ne pas passer ce pont, justement, qui m’aurait emmené vers ce régime cinématographique dont je ne voulais pas me servir. Moi, je voulais faire apparaître la force par la retenue plutôt que par l’entraînement de cette force elle-même. Zulawski se fie, d’après moi d’une façon un peu trop roublarde, aux puissances d’envoûtement qu’il propose. J’avais pour mon film davantage envie de rester à cette lisière, où l’on ne part pas dans ce délire. Il y a cette formule d’Artaud qui me revient : « garder l’œil intellectuel dans le délire. » Il y a entre mon film et Possession des points proximité entre l’art d’actrice d’Isabelle Adjani et ce que fait Isild Le Besco. Mais pour les avoir filmé toutes les deux, je sais très bien que ce n’est pas la même chose.

THE SERVANT (Joseph Losey)

C’est un film que j’ai beaucoup aimé. Je l’ai vu il y a longtemps. Et quand je l’ai revu récemment, parce que Joseph Losey est un cinéaste très important pour moi, je l’ai trouvé un peu faisandé et maniériste. Mais évidemment, les liens de domination réversible entre les êtres m’intéressent beaucoup et le cinéma m’a l’air tout a fait destiné à filmer ça. Mais bon, il faut bien l’avouer et c’est comme ça, Au fond de bois est un film complètement hétérosexuel alors que The Servant est fondamentalement homosexuel. Ce n’est pas la même chose. Quoique… Il y a des points de rapprochements. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de Pinter possible dans mon film !

VILLA AMALIA (Benoît Jacquot)

C’est mon précédent film. Et d’une certaine façon, je l’ai fait avec ma complice Isabelle Huppert pour pouvoir faire Au fond des bois qui est moins commode. Voilà. Alors que j’avais écrit Au fond des bois avant. Mais j’ai décidé plus ou moins intuitivement de faire d’abord Villa Amalia en imaginant qu’il aurait du succès, ce qui fut le cas, pour faire plus librement Au fond des bois.

ROBERTO SUCCO (Cédric Kahn)

J’y ai pensé, forcément. J’aime beaucoup ce film et Isild le Besco dans ce film. Il y a un rapport à la violence masculine et la fascination qu’elle peut exercer sur une jeune femme qui fait un écho à mon travail. C’est très amusant ce jeu que vous me faites jouer, mais ça ne peut être que rétrospectif. Et c’est intéressant parce que c’est rétrospectif. Si j’y avais pensé pendant que je faisais mon film, ça m’aurait forcément encouragé à faire autrement.

LES CHORISTES (Christophe Barratier)

(Surpris puis hilare) Bon, moi, j’ai un lien d’amitié avec Bruno Coulais qui a fait la musique des Choristes, mais aussi la musique de mes derniers film. Je sais, pour l’avoir connu il y a longtemps, que c’est un musicien extrêmement savant, libre et audacieux. Et son audace lui permet de faire aussi bien Les Choristes, qui a fait sa fortune, que mes film où il a toute liberté pour composer quelque chose qui, inspiré par ce que je fais, le rende à lui même. Pour Au fond des bois, au lieu de suivre l’ordre logique -tourner, monter, puis ajouter la musique-, là on a fait différemment. Il a lu le scénario, on a discuté, puis je lui ai demandé de créer un concerto pour violon spécialement pour le film. Il a enregistré ce concerto avec Régis Pasquier. Moi j’étais là, et j’avais l’impression d’avoir assisté à une première projection, mentale, de mon film. Et sinon, je n’ai jamais vu Les Choristes.

Propos recueillis par Romain Sublon

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