[dvd :] LE SONGE DE LA LUMIERE – Victor Erice

15 Oct

ed. Carlotta

Madrid, 1990, le début de l’automne s’annonce ensoleillé et l’artiste Antonio Lopez compte en profiter pour peindre un cognassier qu’il a lui-même planté dans son jardin : l’arbre, baigné de lumière, offre un magnifique sujet… Seulement, à peine la minutieuse mise en place terminée, l’automne indien se transforme en automne de chien, il pleut à verse, le tableau en cours, insuffisamment protégé par des bâches, finit rongé par l’humidité. Le peintre remise alors ses pinceaux, sort ses crayons et entreprend d’achever son travail sur cet arbre dans un dessin « contre la montre » : avec le temps qui passe, les fruits alourdissent les branches et Antonio Lopez n’a de cesse de capter cette maturation qui mène inexorable à la mort. En parallèle à cette recherche picturale/graphique –et spirituelle ?-, on assiste par intermittence à des travaux d’aménagement à l’intérieur de la maison ; un ami peintre vient faire quelques visites embarrassées ; l’épouse, les filles montrent le bout de leur nez, se font parfois rabrouer. Tout cela prend forme doucement jusqu’à un final où la fiction, le rêve, font définitivement basculer le film dans une autre dimension.

C’est magique ? Oui, sans doute puisque tout le monde le dit ! Ah l’épineux problème que de devoir chroniquer un film généralement encensé, en ayant conscience d’être un peu passé à côté, mais où fondamentalement, on ne saisit pas ce qui bouleverse les foules (toutes proportions gardées). Bien sûr la rigueur du travail de captation puis d’assemblage interpellent si on s’en laisse le temps. Évidemment les intentions sont belles et ambitieuses… Mais quand l’étincelle ne surgit malgré tout pas, difficile d’en faire l’éloge. Et puis la vidéo, c’est pas beau. Si ? Pour ceux qui pensent que non, il faut du temps avant de passer cet obstacle, surtout au souvenir des superbes images de L’esprit de la ruche, l’un des deux autres films réalisés par Victor Erice ces trente et quelques dernières années. Et puis aussi, toute cette intelligence implacable que dégagent le peintre et le cinéaste –c’est encore « pire » dans l’entretien qui les réunis dans l’un des suppléments- est plutôt exclusive. On se sent vite crétin de ne pas voir les choses à leur manière… Mais c’est sans doute l’inverse qui se produit pour les personnes qui entrent en résonance avec Le songe de la lumière : elles s’en trouvent élevées. Elles ont bien de la chance.

Jenny Ulrich

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