Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 15)

18 Oct

// L’ENNEMI INTIME – Florent Emilio Siri //

Parfois, une guerre se gagne à chifoumi.

Le cinéma français ne connait pas ce besoin, strictement américain et cathartique, de porter à l’écran des événements historiques très récents. Hollywood a immédiatement mis en scène la seconde guerre mondiale, la guerre de Corée, puis le Vietnam. Si l’on excepte Le Petit Soldat de Godard, il nous aura fallu plusieurs décennies pour porter un regard sur la guerre d’Algérie. Et à l’heure de refaire le conflit, les premières tentatives ont été très théoriques, très réflexives. On discutait la guerre sans la montrer.

L’ennemi intime est donc un jalon important dans l‘appréhension des soldats français sur grand écran. Florent Emilio Siri apporte au contexte sa culture de l’image et un indéniable goût du film de genre. Son premier film, Une minute de silence, avait déjà un petit parfum de western. Après un opus Carpenterien dans l’Hexagone, il se fait la main sur une production américaine au budget conséquent. Et puis il s’attache à la réalisation de cet Ennemi intime, fondé sur un long documentaire homonyme de Patrick Rotman.

Le cinéaste a d’emblée avoué ne pas être à l’origine du projet. Il est un exécutant. Et ce qui le distingue en premier lieu d’Indigènes, c’est qu’il se fout du devoir de mémoire. Ce qui le passionne là, c’est d’importer un certain modus operanti dans un cinéma de guerre français parfaitement mollasson. Depuis Schoendorffer et sa 317ème section, personne n’avait jeté le conflit armé à l’écran.

Siri se montre concret, primaire, mais sans ostentation. Le fond est connu. On assiste au déflorage d’un bleu, pris dans la réalité du maquis et des balles, de la controverse et de l’ambigüité. Comme l’écrivait Céline dans son Voyage au bout de la nuit : « on est puceau de l’horreur comme on l’est de la volupté. »

C’est là le leitmotiv récurrent du film de guerre. Le genre n’offre que peu de perspectives narratives. Que reste-t-il alors à nos auteurs ? Il semblerait que le fondement d’un film de guerre réussi, ce soit l’authenticité, l’âpreté, le goût du sang et du sable, la peur et le parfum putride de la mort. Le genre implique de se montrer fonctionnel, précis.

Florent Emilio Siri n’évite bien sûr aucun lieu commun. Le film égrène les scènes attendues avec un rythme métronomique. Mais sa mise en scène est admirable de conviction. Le film n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses homologues américains. L’immersion est totale, l’expérience est puissante.

Avec l’Ennemi intime, on voit et on vit un conflit, dans un récit qui ne se défausse pas, et qui, à défaut d’être surprenant, se révèle sincèrement authentique.

Greg Lauert

A savoir : il faut être attentif dans le choix de l’édition DVD. La plus fournie présente en complément l’excellent documentaire de 4 heures qui sert de point de départ au film.

L’ENNEMI INTIME de Florent Emilio Siri // 2007 // 111 minutes // Avec Benoit Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing, Marc Barbé, Mohamed Fellag

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