Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 16)

25 Oct

// BONS BAISERS DE BRUGES – Martin McDonagh //

Enfin un biopic sur Jean-Marie Le Pen.

Le titre français et l’affiche ridicule laissaient présager d’une comédie d’espionnage loufoque. Heureusement, le spectateur réalisera vite que chaque plan du film infirme ce postulat.

Colin Farrell, tueur à gages maladroit, se rend à Bruges sur les ordres de son patron pour se faire oublier après une mission catastrophique. Il est accompagné d’un collègue passionné par les vieilles pierres.  Lui, bien sûr, s’en fout. Fucking Bruges, prononcé avec l’accent de Dublin, devient la running joke du film. L’intrigue est réduite à sa plus simple expression.

Ce qui s’impose, c’est le spleen de Farrell, sorte de Richard Burton moderne, passé en quelques films du statut de héros d’action à celui d’alcoolo dépressif voué à exploiter son potentiel tragi-comique. Le triste sire est suivi de la crème des comédiens britanniques. Gleeson est parfait dans son emploi habituel. Ralph Fiennes, qui n’apparait que dans la dernière demi heure, livre une performance survoltée. Habitué aux rôles iconiques, il se lâche totalement, surjoue, s’emballe, irrite, et s’impose.

Il y a une tradition forte du film de gangster dans le cinéma britannique. Le canevas et les situations sont donc parfaitement maitrisés. Le genre, usé jusqu’à la corde, même dans ses travers les plus excentriques, ne saurait surprendre.

Mais la singularité d’In Bruges, c’est son ton mélancolique, doucement désespéré. Martin McDonagh ne réalise pas une œuvre contemplative et prétentieuse. C’est un polar juste, touchant, insidieux. C’est le culte de la déprime derrière la déconne.

La cité flamande n’est pas étrangère à la réussite du film. La même histoire, racontée dans un coin sombre d’Irlande, n’aurait pas eu le même impact. Il fallait la brume sur les canaux et le vertige du Beffroi pour encadrer la lente mise à mort de Colin Farrell. Bruges est une cité hors du temps, un cadre idéal pour le purgatoire et la crise morale de la gâchette grippée.

Le cinéma, c’est souvent l’histoire d’une rencontre ; c’est parfois celle d’un protagoniste et d’un décor digne des plus grands fantasmes de cinéphile.

Greg Lauert

A savoir : il s’agit du premier long métrage du réalisateur, qui officiait au préalable au théâtre, et était reconnu comme un brillant dramaturge.

BONS BAISERS DE BRUGES de Martin McDonagh // 2008 // 107 minutes // 2.35 : 1 // Avec Colin Farrell, Brendan Gleeson, Ralph Fiennes, Clémence Poésy, Zeljko Ivanek

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 16)”

  1. Loïc lundi 25 octobre 2010 à 101003 #

    C’était une surprise, du titre à l’écran, lorsqu’en salle je suis tombé sur ce film magnifique. C’était celui qui avait l’air le moins moisi d’une vieille fête du cinéma,
    et comme on dirait chez les gros: It made my day.

    Juste chronique.

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