Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 17)

2 Nov

// KINGPIN – Peter et Bobby Farrelly //

Tueur-né.

A l’heure du succès planétaire de la clique Apatow, les frères Farrelly ont quelque peu disparu du paysage de la comédie américaine. Leur cinéma apparait aujourd’hui un peu naïf et désuet. Pourtant, au milieu des années 90, ils représentaient le renouveau du genre.

La problématique était alors différente. Ils ne cultivaient pas à outrance l’immaturité de leurs personnages, et ne dressaient pas le constat sans fin de l’échec social du trentenaire. Leurs comédies avaient pour personnages des freaks, des losers pathétiques et pour la plupart irrécupérables. La différence nourrissait leur œuvre. Le ton se voulait à mi chemin entre tendresse et virulence. Handicapés, voleurs, psychopathes se trouvaient sur un pied d’égalité.

Kingpin, qu’ils n’écrivent pas mais tournent en 1996, ne connait pas les honneurs d’une sortie en salle dans l’hexagone. A l’époque, les frangins n’ont à leur actif que Dumb and Dumber, succès confidentiel, et ils devront attendre le carton Mary à tout prix pour exporter sans défaut leur cinéma sur nos écrans. Le sujet de Kingpin reste confidentiel.

Un champion de bowling du Midwest se fait arracher une paluche après une arnaque qui tourne mal. Il sombre dans l’alcoolisme, se promène avec une ridicule main géante en caoutchouc, rencontre une arnaqueuse et un Amish doué pour faire tomber les quilles. En leur compagnie, il s’efforcera de battre sa Némésis, jouée par un immense et odieux Bill Murray.

Le film est bien sûr de très mauvais goût. On rit de la difformité, de la vilénie et de la naïveté des personnages. Les frères Farrelly se montrent aujourd’hui nettement moins virulents, mais à l’époque, leur humour se voulait trash. Les vannes étaient axées sur le physique et les déjections. On riait sans le vouloir, un peu gênés. C’était bon enfant, comme une saine connerie de gamins.

Derrière la façade de l’humour qui tâche, il y a toutefois une idée qui prédomine. Ici, on rit de tout, sans discrimination. En se moquant des laissés pour compte, on les considère un peu. C’est un cinéma frondeur, irrespectueux et courageux. Les frangins ne sont pas militants, et ne s’engagent pas dans les grands discours. A l’heure de l’explosion de Jim Carrey, au milieu des années 90, ils ouvrent grand une nouvelle porte, et font tomber quelques tabous.

Toutes les conneries sont bonnes à dire et à montrer. Alors ils répandent leur crasse, et ils assument. On pourra trouver Kingpin pathétique. On pourra à l’inverse le trouver touchant, selon la tolérance à la touche Farrelly.

Greg Lauert

A savoir : le rôle d’Ernie Mc Cracken, interprété par Bill Murray, a été écrit en premier lieu pour Jim Carrey.

KINGPIN de Peter et Bobby Farrelly // 1996 // 113 minutes // 2.35 : 1 // Avec Woody Harrelson, Randy Quaid, Vanessa Angel et Bill Murray.

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