Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 18)

8 Nov

// TRUANDS – Frédéric Schoendoerffer //

Tomer Sisley, roi du stand up.

« On me beurre pas la raie, à moi. «  C’est en ces termes imagés, prononcés par un Philippe Caubère survolté, que le film de Frédéric Schoendoerffer devrait passer à la postérité. Le fils de l’autre, que l’on pensait si sobre, si précis, si documenté, si peu enclin à verser dans la gaudriole, livre une œuvre grotesque et inbouffable. Le profession rit, le public fuit.

Pourtant, Truands est un film sincère. Un de ces films que le spectateur ne veut simplement pas voir. Ici, le crime n’est pas un ascenseur social et les gangsters n’ont rien de sublime ou de fascinant. L’auteur se vautre dans le grand guignol, soit. Mais l’excès est inhérent au monde qu’il dépeint. Si les personnages sont grotesques, c’est parce qu’ils sont le reflet précis de leurs modèles. On est pas chez  José Giovanni. Ici, le truand est con, beauf et dégueulasse.

Caubère, comédien brillant et bien trop rare, ne pouvait pas mettre en lumière des aspérités inexistantes. Il est au plus près de la rue et de sa réalité. Son personnage est un artisan du sang, involontairement drôle, réellement terrifiant, indéniablement brut.

Réfuter l’approche de Schoendoerffer, c’est réfuter le sujet. Si le film suscite à ce point le rejet, c’est sans doute du fait de son déni total du romantisme. Les cinéastes ont si souvent voulu se convaincre des valeurs du banditisme. Dans Truands, il n’y a pas d’amitié, pas de fidélité, pas de pacte sacré. Les personnages croient appartenir à une famille, et la mort les confronte à leur indépendance et leur solitude.

Schoendoerffer compile les faits divers. La torture à coups de perceuse dans le genou, l’exécution de Corti en pleine rue…. Ces événements ont émaillé les deux dernières décennies de l’histoire du grand banditisme en France. Le véritable Corti s’appelait Genova. L’homme aux genoux percés court toujours.

Le réalisateur peine à toucher le cœur de son récit, à dégager la problématique de ce foutoir. Il n’y a pas d’histoire, mais un vaste constat d’inhumanité. Sur ce sujet, le documentaire était impossible. Le truand est joueur. Il ne dit pas sa vérité à la caméra. Schoendoerffer, dans cette superbe bouffonnerie fictive, a peut être capté toute la violence et la vacuité des rapports illégaux.

En sortant de la salle, les détracteurs du film auront conclu qu’il valait mieux en rire. Ses admirateurs pourront se faire la même remarque…

Greg Lauert

A savoir : la lecture de Parrains et Caïds de Frédéric Ploquin, paru chez Fayard, offre un éclairage très intéressant sur le rapport du film à certains faits réels.

TRUANDS de Frédéric Schoendorffer // 107 minutes // Interdit aux -16 ans // 2.35 : 1 // Avec Philippe Caubère, Benoit Magimel, Olivier Marchal, Béatrice Dalle, Tomer Sisley.

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