[dvd:] LA MORT EN CE JARDIN – Luis Bunuel

12 Nov

Ed. Montparnasse

La jungle inhospitalière, la vraie, la méchante, celle qui recèle serpents, fourmis voraces et carcasses d’avions écrasés et oubliés de tous. Celle dont la moiteur, l’absence de ressources alimentaires et de repères géographiques finissent par taper sur le crâne et rendre fou les malheureux qui s’y égarent. Et pour s’y perdre justement, cinq personnages en fuite (un aventurier, une prostituée, un prêtre, un mineur et sa fille sourde-muette), poursuivis par des militaires mal intentionnés…

Quand on regarde la carrière de Luis Bunuel, l’inventeur du surréalisme au cinéma, on est presque un peu surpris de constater à quel point le cinéma de genre lui seyait bien ainsi que son aisance pour composer avec les conventions de rigueur. Des films comme La vie criminelle d’Archibald de la Cruz, dans le thriller, ou La jeune fille et La mort en ce jardin, dans le film d’aventures, comptent en effet parmi ses films les plus modernes et les plus réussis. La façon dont il lie dans La mort… les exigences commerciales d’un film d’aventures « à l’Hollywoodienne » à ses préoccupations et obsessions d’auteur fait regretter qu’il n’ait pas plus fréquenté ces chemins là.

Il suffit de voir la manière avec laquelle – en quelques courtes scènes marquantes – le cinéaste s’acquitte de la présentation de ses nombreux personnages, les met en relation, les ancres dans le décor (un village d’Amérique centrale au bord du chaos suite à une révolte de mineurs) et organise leur fuite pour constater que niveau sens du rythme, il ne s’en laissait compter par personne.

A partir de là, il peut engluer sa petite troupe dans un espace temps autre, celui de la jungle, où les choses tournent au ralenti et se répètent sans fin. Sans quitter les codes du genre (le film de jungle, donc), Bunuel injecte alors des touches d’étrangeté à son récit où les rapports entre les personnages se délitent rapidement, dans la grande tradition du Trésor de la Sierra Madre. Il parvient même à surprendre dans la progression des relations de protagonistes qui ne sont pourtant que des archétypes (la fripouille pas si méchante que ça, la pute, le curé obtus, le naïf, l’innocente), parfois par le simple fait d’un geste inexpliqué, qui donne à penser qu’une partie de l’intrigue se joue hors champ et fait accepter sans problème les plus brusques changements de comportements.

Le casting est parfait. Mention spéciale à Georges Marchal, ex jeune premier un peu terne, ici excellent en baroudeur revenu de tout, qui fait sa première apparition à l’écran sans un mot, en adressant un doigt d’honneur blasé aux soldats qui braquent leurs fusils sur lui…

Deux interventions complémentaires où Charles Tesson et Philippe Rouyer décortiquent le film et le style Bunuel de manière forte intéressante complètent cette édition à la copie superbement restaurée.

Mathias Ulrich

P.S.: Hum, un peu trainé pour cette chronique, le DVD est disponible depuis le 8 juin 2010…

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