Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 19)

15 Nov

// THE MAN WHO WASN’T THERE – Joel et Ethan Coen //

Monsieur est déçu, il voulait la coupe de M. Pokora.

Les frères Coen construisent depuis les années 80 une œuvre unique, à la fois cohérente, et très diversifiée. A chaque long métrage, ils semblent vouloir évoluer dans un genre cinématographique différent, explorer un univers vierge (O’Brother), ou au contraire très codé (Miller’s Crossing). Ecrivant eux même leurs films, ils développent une sensibilité qui leur est propre, quelque part entre drame du quotidien et intonation burlesque. Certains comédiens, comme John Goodman, Steve Buscemi, ou Frances Mc Dormand, font d’ailleurs office de fil d’Ariane, liant les films de par leurs apparitions.

The man who wasn’t there (un titre infiniment plus significatif que The Barber) est l’œuvre la plus poétique des frères Coen. C’est un film bouleversant, sur une poussière dans un mécanisme, sur un homme qui tente, un instant seulement, de s’extraire d’un quotidien trop lisse. S’ensuivront malheurs et drames.

Et Billy Bob Thornton traverse majestueusement le métrage, à la fois invisible et brillant. Les frères Coen écornent la vision idyllique de l’Amérique des années 50, évoquant au passage la paranoïa du peuple. Cette vie parfaite du barbier, dans une petite ville iconique, dans un contexte si feutré, va peu à peu voler en éclat. Et le duo de cinéastes ne cède jamais à la démonstration. Il n’y a pas de cri pour accompagner le drame. Billy Bob vogue sur la tragédie comme il flottait sur le bonheur, placide. En résulte une œuvre à la fois pudique et traumatisante.

Les deux frangins sont souvent aussi drôles que noirs. The man who wasn’t there n’esquisse toutefois aucun trait de comédie. L’humour peine à trouver sa place au sein de ces images superbes de Roger Deakins. Epure et rigueur sont de mise. Les sonates de Beethoven accompagnent cette lente déchéance, ce récit d’un virage qui n’est pas sans évoquer celui d’un autre placide, le Barry Lyndon de Stanley Kubrick.

Les frères Coen, dont on pensait depuis Barton Fink au moins, qu’ils avaient atteint leur pleine maturité artistique, franchissent là un nouveau palier. Ce ne sera pas le dernier. No country for old men sera quelques années plus tard un énième soubresaut du génial duo.

Mais sous ses airs discrets, sous la fine couche de l’oubli, The Man who wasn’t there a un goût d’absolu et le parfum d’une œuvre supérieure. Il donne une impression de complétude.

Greg Lauert

A savoir : assez étrangement, l’inspiration majeure des Coen pour ce film n’est pas à chercher du côté du film noir, mais des films SF des années 50. On ressent cet accent paranoïaque lorsque Thornton s’entretient sur le perron avec Katherine Borowitz.

THE MAN WHO WASN’T THERE – Joel et Ethan Coen // 116 minutes // 1.85 : 1 // Avec Billy Bob Thornton, Frances McDormand, James Gandolfini, Scarlett Johansson, Richard Jenkins

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