Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 21)

29 Nov

// THE PLEDGE – Sean Penn //

Rappel : ne jamais accepter un bonbon de la part d'un inconnu.

Sean Penn entrera sans doute dans l’histoire du cinéma pour ses qualités de comédien. Il est également un cinéaste rare (4 films seulement en vingt ans), et cette carrière d’auteur réalisateur ne doit pas être négligée. The Pledge, polar sec au casting de luxe, creuse un sillon entamé avec Crossing Guard. Il est encore question de responsabilité, et de perte d’un enfant. Quand d’autres versent dans le pathos, Penn l’intègre et l’intense, opte pour la déraison. Nicholson interprète un flic à l’heure de la retraite, qui promet aux parents d’une enfant assassinée de ne jamais connaitre le répit dans sa quête du meurtrier. Il tiendra sa promesse jusqu’à en sombrer dans la folie.

Le ton est donné dans la première scène, parfaite reprise de la coda. Nicholson tourne en rond, balbutie. Puisque Penn a réussi à brider Jack, cette séquence sera son unique occasion de cabotiner. Le grand courage du film, c’est de ne pas s’attacher au whodunit. La question de l’identité du criminel est accessoire. La traque sera alors très décevante. Ce qui passionne Sean Penn, c’est l’écho du traumatisme. Nicholson reproduit sans fin un schéma psychologique. Il sombre dans la paranoïa, déconstruit tous ses acquis à titre personnel et professionnel. Ce postulat obsessionnel n’est pas propre au polar. C’est un leitmotiv dramatique récurrent au cinéma. Et Penn, que l’on pourra sans doute taxer d’un rien de complaisance, s’investit pleinement dans cette thématique.

Un cinéaste engagé dans son récit reste toujours sur le fil. Un détail peut le faire basculer dans l’antre des bonnes intentions non abouties. Penn, à d’autres occasions, s’est trouvé nettement moins inspiré, quelque part plombé par une naïve sincérité. The Pledge, toutefois, s’avère être une œuvre très aboutie. Le comédien cinéaste met en scène quelques séquences d’anthologie. La nouvelle du drame portée aux parents au milieu d’un élevage d’oie est un fantastique morceau de bravoure. Cette scène muette, d’un brio et d’une dignité sans faille, tire le film vers le grand cinéma.

Sean Penn ne se contente pas là de théoriser sur la douleur et sur le deuil. Il associe admirablement la forme à ses idées. La sensation d’isolement est renforcée par l’usage des longues focales, qui dissocient le sujet du fond. Il s’agit ensuite de faire évoluer ces grands comédiens en symbiose. Tous s’accordent, pour faire de cette troisième tentative de l’auteur une indéniable réussite.

Greg Lauert

A savoir : selon Wiki, et pour ceux qui voudraient vraiment, vraiment, vraiment voir le tueur, il apparait à la 34ème minute du film.

Fiche technique : THE PLEDGE // 2001 // 124 minutes / 2.35 : 1 / Avec Jack Nicholson, Robin Wright Penn, Aaron Eckhart, Benicio Del Toro, Sam Shepard.

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