Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 22)

6 Déc

// NEW YORK NEW YORK – Martin Scorsese //

Ci-gît la costumière du film.

Il est quelque part surprenant de voir le Scorsese des années 70, cinéaste urbain profondément ancré dans son époque, s’attacher à un hommage à la grande comédie musicale des années 40 et 50. New York, New York peut sans doute être vu comme son premier projet de cinéaste cinéphile. Bien sûr, il n’a d’intérêt que parce qu’il élargit les frontières du genre.

Scorsese est un puriste. Il connait son petit Vincente Minnelli et son petit Stanley Donen sur le bout des doigts. L’ouverture évoque d’ailleurs les plus beaux musicals de la MGM. Les décors peints sont totalement assumés, les grands mouvements d’appareils aussi. On paye également une légère dette à la screwball comedy dans ces premières scènes de séduction entre De Niro et Liza Minnelli. Marty s’amuse à recréer cet univers fantasmé, idéalisé, et codifié.

Mais le cinéphage enragé n’a pas seulement grandi avec Arthur Freed. Il a connu l’explosion d’un cinéma vif et intimiste dans les années 60. Alors il convie à la fête la fièvre de John Cassavetes. De Niro fait exploser l’image du couple dans ce monde suranné. La scène de demande en mariage, dans la neige, ne correspond à aucun standard de la comédie musicale. Scorsese envoie promener le texte, invite les comédiens à aller plus loin, à improviser, encore, et encore. Il concède aujourd’hui que la majeure partie des dialogues n’étaient pas écrits.

Il y a dans le film une véracité, une folie dans la peinture des rapports humains qui le rendent totalement moderne en 1977. De Niro s’éclate. Il sort de Taxi Driver, est au sommet de sa gloire, et n’entend pas faire cesser les louanges.  La fille Minnelli, plus chanteuse qu’actrice, peine à suivre le rythme. Mais elle évoque tant sa mère, Judy Garland, qu’elle trouve immédiatement sa place dans cette œuvre passionnée et référentielle.

Pourtant, à la fin des années 70, Scorsese trouve l’hommage accessoire. Il est déjà un cinéaste majeur, et si ce récit l’attire, ce n’est pas pour la splendeur de ses décors, ou le mariage des influences. Il veut conter l’impossible corrélation entre l’amour et l’art. Ses personnages sont dévorés par la musique. Leur passion est un frein à leur relation.

L’art suppose à ses yeux un engagement incompatible avec des rapports amoureux sincères. Il expose sa théorie pour la première fois dans New York New York. Il y reviendra quelques années plus tard avec son segment de New York Stories intitulé Life lessons.

Finalement, ce grand drame musical est la preuve qu’on ne peut strictement rien négliger de la carrière de Scorsese dans les années 70. Start spreading the news ….

Greg Lauert

A savoir : Scorsese souhaitait tourner le film au format 1.33 : 1, pour correspondre au standards des années 40, mais la technique ayant évoluée, il dû se résoudre à tourner en 1.66 : 1.

NEW YORK NEW YORK de Martin Scorsese // 1977 // 163 minutes en version longue // 1.66 : 1 // Avec Robert De Niro, Liza Minelli, Lionel Stander, Dick Miller

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