Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 23)

13 Déc

// SURVEILLANCE – Jennifer Lynch //

Joli caméo de papa Lynch.

Avant de parler du film, il convient de préciser un fait concernant son auteur. Jennifer est la fille d’un artiste connu pour photographier des chiens crevés dans le désert, pour s’en foutre du cinéma des autres, et pour imposer à intervalle régulier un chef d’œuvre barré sur grand écran. Papa Lynch, alias David, est un Goliath du cinéma indépendant.

On serait donc enclins à chercher la filiation. La fille partage-t-elle ce goût du labyrinthe mental ? Va-t-elle, ou souhaite-t-elle seulement tuer le père ? La réponse n’apparait pas évidente à la vision de son second long métrage. Si un lien apparait toutefois certain, c’est celui des ambiances particulières.

Dans cette esquisse de huis clos, au fil des couloirs de ce commissariat dépeuplé, la réalisatrice impose un ton, un univers particulier. Bien sûr, on retrouve en héritage cette fascination pour les routes perdues, un travail semblable sur l’ambiance sonore, et des comédiens en décalage à la lente logorrhée. Mais Surveillance parvient à fasciner.

Le thriller n’a rien de commun. La structure du récit n’a ainsi que peu d’intérêt. Le film s’inscrit dans un vague surréalisme. Poisseuse, malsaine, l’œuvre s’apprécie pour son lent décalage. Les contours semblent mal définis, comme dans  un rêve. La Lynchette semble proposer une alternative au réel, un cadre véridique, un fait divers, et d’insidieuses digressions.

Toutefois, à une bobine du terme, elle cède aux sirènes de l’entertainment et balance un twist tonitruant, supposé nous coller au siège, mais qui, finalement, nous décolle plutôt de cette délicieuse torpeur. Le film rentre un peu dans le rang. Il n’assume pas totalement sa déviance.

Si l’intention était excellente, le résultat ne démérite pas et séduit sans mal l’amateur de polars singuliers. Il manque peut être un rien d’aplomb et de maturité. Il dénote assurément une grande personnalité.

On pourra au passage célébrer un petit plaisir de cinéphile : celui de revoir Bill Pullman et Julia Ormond, vestiges de la décennie précédente. Ils sont bien paumés, tout droit sortis du musée de cire des années 90, trop content de faire leur numéro et de promener leurs tronches de has been qui s’ignorent.

Pourtant, il n’y a pas d’erreur de casting. Ils sont tellement déplacés, désuets, qu’ils font merveille en personnages fantomatiques sortant de nulle part, n’allant nulle part.

Greg Lauert

A savoir : Jennifer Lynch n’avait auparavant réalisé que Boxing Helena, film très controversé pour sa genèse et les défections successives de Madonna et Kim Basinger pour le rôle principal.

SURVEILLANCE de Jennifer Chambers Lynch // 97 minutes // 2.35 : 1 // Avec Bill Pullman, Julia Ormond, Pell James, Michael Ironside.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s