Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 24)

20 Déc

// LA JEUNE FILLE DE L’EAU – M. Night Shyamalan //

Kim Jong-il déteste être réveillé en pleine nuit.

Shyamalan est un auteur désarmant, voué à troubler habilement ses observateurs de par l’évolution de sa carrière. En 1999, avec Le sixième sens, il est proclamé entertainer en chef de l’industrie, dans le sillage de Steven Spielberg. Ses œuvres suivantes n’auront de cesse de rompre avec cette image.

La jeune fille de l’eau est le film de la singularisation définitive. Shyamalan, qui a quitté le giron Disney, met en scène un conte pour enfant, teinté de candeur comme de rancœur. Pour porter à l’écran l’histoire d’un gardien d’immeuble tentant de faire fuir une nymphe vivant dans sa piscine, il fallait un grand cinéaste. Le postulat est abracadabrant. Le spectateur reste perpétuellement sur le fil, face à un long métrage qui pourrait en un instant basculer dans le ridicule absolu. La mise en scène, sincèrement virtuose, emporte l’adhésion. Et il y a cette conviction si rare.

Shyamalan ne connait pas le cynisme. Il croit en chaque plan, en chaque ligne de dialogue. Il ne cherche pas à désamorcer son propos dans l’humour. Il y a un engagement total dans le récit. Ce cinéaste a, comme peu d’autres, la foi dans son art. Alors, il le confronte à ses limites, il tire sur la corde. Jouer les prestidigitateurs du 7ème art ne lui suffit plus. Il tente le film somme ; supposé séduire le jeune public, tirer à gros boulets sur ses détracteurs (le cynisme de l’analyste, merveilleusement interprété par Bob Balaban) et revenir aux arcanes de la narration.

La démarche du personnage de Paul Giamatti correspond à celle d’un auteur réunissant les différents éléments constituant un récit. L’ambition de Shyamalan tourne à la mégalomanie lorsqu’il se réserve un rôle d’écrivain messianique. De son histoire viendra le salut. Les intentions peuvent prêter à rire, mais le résultat impressionne. On ne peut nier l’auteur, on ne peut nier la fascination profonde que suscite son cinéma. Il a manipulé son public avec ses quatre films précédents, se révélant un conteur au talent unique. Peu à peu, il ne s’est plus contenté d’une alliance de frayeur et d’émotion. Il a introduit son regard sur le monde, puis son regard sur le cinéma. Enfin, il offre un regard sur son propre statut de cinéaste prodige.

Avec La jeune fille de l’eau, Shyamalan se montre indéniablement vaniteux, comme nombre de grands cinéastes se sont montrés vaniteux avant lui. Mais cette vanité se conjugue avec la générosité et l’ambition, avec une certaine folie aussi, dans ce qui est sans doute son œuvre la plus personnelle à ce jour.

Greg Lauert

A savoir : Disney aurait dû produire le film, comme les quatre précédents du cinéaste, mais des différents artistiques ont poussé Shyamalan a apporter le projet chez Warner.

LA JEUNE FILLE DE L’EAU de M. Night Shyamalan // 2006 // 110 minutes // 1.85 : 1 // Avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Bob Balaban, Jeffrey Wright, Freddy Rodriguez.

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