Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 25)

27 Déc

// BUFFALO’66 – Vincent Gallo //

Une certaine idée du bonheur.

Epure et ego. Ces deux termes semblent désigner le Vincent Gallo des années 90, qui signe là son premier long métrage. Le stakhanoviste aliéné assume sa boulimie. Gallo fait tout. Il écrit, met en scène, joue, compose, choisit soigneusement ses collaborateurs. Au passage, il s’assure d’être suffisamment fauché pour ne subir aucune pression. Ses interviews de l’époque dévoilent son obsession. Vincent (mé)Gallo est seul maître à bord de son navire. Même dans la grande foire des indépendants de ces années là, il est un électron libre.

Son film ne ressemble pas à un véhicule de festival produit par Miramax. Et au passage, il envoie tout le monde se faire foutre. Coppola, Scorsese, Kubrick, personne ne trouve grâce à ses yeux. Même De Niro, qu’il a singé dans Arizona Dream, serait un nain. Gallo se revendique d’Ozu. Il paye un indéniable tribut au cinéma américain des années 70. Il aura beau nier. Son personnage obsessionnel prend racine chez Schrader et s’éclaterait chez John Cassavetes.

L’ingérable Vincent est un être à part, un artiste. Dans un business de bureaucrates, il ne connait pas le calcul, et ne fait aucun plan. Buffalo’66 le met à nu, d’une manière fascinante. Le cinéaste en herbe est cinglé, mais attirant. Il introduit son personnage, un grand gosse blessé que personne n’écoute, que personne ne regarde. A l’écran, il jette sa misère affective. Pour attirer le regard, il crie, il pleure. Il se place au centre des débats.

La démarche est innocente, et pourrait être vouée à l’échec. Ce qui sauve le film, c’est sa personnalité. Gallo a un œil exceptionnel, un sens du rythme assez unique, une écriture directe et touchante. S’il se fâche au fil du tournage avec l’ensemble de son casting, il aura eu le mérite de convier à la fête une brillante chorale. Angelica Huston, Ben Gazzara, Mickey Rourke, Rosanna Arquette, sortent leurs gueules du placard. Derrière chacun d’entre eux, il y a une part d’histoire du cinéma. Gallo voudrait la réfuter, écrire une page vierge, mais bien malgré lui, il s’inscrit dans un courant majeur. Il enrage, se fustige de son échec présumé. Christina Ricci lui vole quelque peu la vedette. Superbe, candide, gironde et juste, elle s’incarne aux côtés de l’ogre Gallo, comme une icône désuète.

Le film échappe à son auteur. Ce n’est plus un objet égocentrique. Ce n’est plus une mise à nue de l’indécent Vincent. C’est un magnifique objet de cinéma.

Greg Lauert

A savoir : Gallo poursuivra son œuvre de cinéaste atypique en 2002 avec Brown Bunny. Il radicalisera encore sa démarche, et se coupera un peu plus du public.

BUFFALO’66 de Vincent Gallo // 1998 // 110 minutes // 1.85 : 1 // Avec Vincent Gallo, Christina Ricci, Ben Gazzara, Anjelica Huston, Rosanna Arquette.

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