Retour sur… LE NARCISSE NOIR – Michael Powell et Emeric Pressburger

30 Déc

Ségolène Royal tente de convaincre Rama Yade de rallier le PS.

Dans la carrière du grand duo du cinéma anglais, Le narcisse noir précède Les chaussons rouges. Les deux films partagent une même sensibilité et une même ambition.

Deborah Kerr, encore méconnue, interprète là une religieuse tentant d’administrer son ordre installé dans une lointaine contrée indienne. Le lieu est austère, les conditions difficiles, la tentation aisée. Ensemble, les sœurs seront confrontées à la résurgence du passé, à l’amour, à la douleur. Il n’est pas question de foi. Les vocations sont erronées, et les auteurs martyrisent tout au long du film le choix de réclusion. Ces religieuses sont submergées par la beauté des bijoux, des paysages, et par leur passé de femme. La prière n’a aucune place dans le long métrage et la vie monacale est présentée comme un long drame.

Emeric Pressburger, maître scénariste, décrit admirablement ces tiraillements. Powell, qui met en scène avec un brio inégalable, prend le parti d’alterner les plans larges où l’on observe longuement les tressautements des voiles, et ces très gros plans sur des visages encadrés de blancs, nourris d’obsessions. Les tenues sont des prisons, qui compriment les sentiments de ces femmes. Enfin, Jack Cardiff, chef opérateur de génie, sublime chaque scène en Technicolor.

Il est fascinant d’imaginer que le film est intégralement tourné dans les studios Pinewood à Londres. Il n’y a aucun extérieur. Pourtant, Cardiff jette sur l’écran les abords de l’Himalaya avec une déconcertante crédibilité.

Les mots ne suffisent pas à décrire les plans de cette cloche, aux abords du vide, sur un précipice verdoyant. Le lieu a d’ailleurs une grande importance dans le long métrage.

Ce trio de talents est unique dans l’histoire du cinéma. Dans les années 40, Powell, Pressburger et Cardiff ont su créer une corrélation inédite entre le fond et la forme. Le sublime graphisme, le soin du détail, la finesse de l’écriture, permettent au spectateur de se perdre dans leurs récits. Leur cinéma est hypnotique.

Pour saisir ces œuvres, il convient de communier avec l’écran, de se perdre 24 fois par seconde, de se laisser happer par ces images. Et après quelques minutes de ce Narcisse noir, on en oublierait de cligner des yeux. Mais c’est un cinéma qui appelle également l’exigence du cinéphile. Il est impossible de le découvrir dans des conditions médiocres.

Mais en salle, en copie neuve, en haute définition, ce serait une hérésie de perdre une miette d’une œuvre si importante.

Greg Lauert

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2 Réponses to “Retour sur… LE NARCISSE NOIR – Michael Powell et Emeric Pressburger”

  1. Reda lundi 3 janvier 2011 à 200857 #

    Bruno Ducon s’en est inspiré pour Hadewijch.

    lol

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