Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 27)

10 Jan

// THE MIST – Frank Darabont //

En 2011, il sera difficile d'échapper aux "griffes" de Monica Lewinsky.

The Mist est la troisième adaptation de Stephen King signée par Frank Darabont. Les deux premières tentatives ont été largement saluées par le public, mais les cinéphiles auront émis quelques réserves devant ces parpaings binaires et un rien racoleurs. On attendait donc plus Darabont sur la voie du mélo que sur celle de l’horreur. Pourtant, dans cette production Dimension distribuée en catimini en France, il ne déçoit pas.

Le matériau de King n’est ni récent, ni particulièrement original. Brumes est une nouvelle écrite en 1985, et qui ne figure pas au panthéon du prolifique écrivain. Mais d’un postulat très simple, à savoir un groupe de survivants bloqués dans un supermarché, hésitant à sortir pour se faire dévorer par les créatures tapies dans le brouillard, le cinéaste américain tire une œuvre quintessentielle, puissante et quelque part désuète.

En premier lieu, il ne recule pas devant les obligations du genre. Le film est primaire, et violent. Jusqu’à cette dernière scène traumatisante, la lente montée de l’horreur est admirablement orchestrée. Il s’encombre de l’éveil du fanatisme religieux, thème cher à Stephen King, et se tire de cette pente glissante avec les honneurs. L’œuvre ne suscite que peu de reproches, et l’on est alors en droit de s’interroger sur ce qui la rend unique et admirable dans le cinéma de genre contemporain.

En plein boom du zombie flick, le vieux Frank signe un film de monstre à l’ancienne, qui lorgne vers les productions Universal de Jack Arnold. Il confesse sa nostalgie pour un sous genre cinématographique bloqué dans les années 50. Il aime les grosses bestioles, les héros impuissants. A la manière d’un Steven Spielberg, il fait de la science fiction sincère et datée, ancrée dans un référentiel pré-Corman. Il n’y a pas de pépée en bikini, pas de cynisme dévorant.

Darabont pousse le vice jusqu’à livrer sa version du film en noir et blanc. L’apport est indéniable. Le film y gagne une austérité salutaire. La brume devient une aura monochrome où les personnages vont se perdre dans l’espace et dans le temps. Le cinéaste pousse les limites du cadre, tire King hors de ses récurrentes adaptations télévisuelles, et fait du grand cinoche avec un récit minimaliste. Avec son approche du genre, il satisfait à la fois les fans d’horreur, et les cinéphiles nostalgiques. Il est quelque part surprenant de voir une œuvre si ambitieuse et référentielle sortir de l’écurie de Bob Weinstein, grand fournisseur de frayeurs lambda.

Après ce coup de maître, on serait tenté d’avouer qu’il y a méprise au sujet de Frank Darabont. Il vaudrait mieux que l’honnête artisan de studio que ses premiers films laissaient entrevoir.

Greg Lauert

A savoir : la seule copie digitale à proposer la version noir et blanc dans son format original est le Blu-ray américain (multizone, avec une version française et des sous titres anglais). Sur le DVD français, la version de l’auteur est recadrée.

THE MIST de Frank Darabont // 2007 // 126 minutes // 1.85 : 1 // Avec Thomas Jane, Andre Braugher, Laurie Holden, Marcia Gay Harden.

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Une Réponse to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 27)”

  1. rock lundi 10 janvier 2011 à 130150 #

    Peut-être la meilleure adaptation d’un Stephen King avec Simetierre et Carrie…

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