[agitation :] LE VAGABOND D’UN NOUVEAU MONDE – James Agee

13 Jan

ed. Capricci

Ça suffit assez traîné, ça craint, ça fait trois mois que j’achoppe sur ce bouquin : à force de reculer, reculer, reculer pour mieux sauter je sens venir, oui, le minable saut de puce… Et voilà que d’entrée de jeu je sombre dans ce que je reproche au livre de James Agee : je temporise. Je préviens que je vais commencer. Je m’excuse parce que ça ne va pas être suffisamment abouti. Vous m’avez suivi jusque-là ? Vous pensez pouvoir supporter le reste ? Vous êtes un lecteur tout désigné pour Le vagabond d’un nouveau monde !!! Pour faire bonne mesure il ne me reste plus qu’à vous détailler ce qui va suivre en vous prévenant que vous aurez droit à plusieurs versions de la chose. Et oui, c’est comme ça avec James et Jenny.

Non, bon, je fais ma maligne, mais évidemment, James Agee n’a pas acquis son excellente réputation littéraire –prix Pulitzer posthume, s’il vous plaît- en jouant les fumistes. Et puis Le vagabond d’un nouveau monde est un objet un peu particulier puisqu’il s’agit d’une ébauche d’un scénario destiné à Charlie Chaplin. Pour moi ce fut globalement une expérience pénible, mais j’ai horreur du côté work in progress qui, pour d’autres, peut s’avérer passionnant.

Bref, je reprends depuis le début –surtout qu’au début ça se passe bien. Donc d’abord, une introduction signée par un certain John Wranovics, éditeur du texte d’Agee aux USA. On en apprend plus sur James Agee l’écrivain, mais aussi le scénariste (L’odyssée de African Queen de John Huston, La nuit du chasseur de Charles Laughton…) et enfin l’éminent critique cinématographique qui défendit becs et ongles le Monsieur Verdoux de Chaplin attaqué par le reste de la presse (et là, j’abonde dans le sens de James, un point commun supplémentaire, moi aussi j’aime BEAUCOUP Monsieur Verdoux). S’en est suivi un premier contact entre les deux hommes. Puis Agee a imaginé Charlot, dernier survivant sur Terre après qu’une bombe atomique ait explosé… Réflexion sur le consumérisme, mise à l’épreuve des utopies, mise en garde contre la course au progrès… Hum j’ai un peu cherché, je n’ai pas trouvé de traces d’éventuelles démêlées de J.A. avec les maccarthistes, mais ça m’étonne (il est mort avant que ça barde vraiment, peut-être ?Même pas). Dans un autre de ses livres, le fameux Louons maintenant les grands hommes co-signé avec le photographe Walker Evans (livre qui prend la poussière sur ma table de chevet depuis des années : James et moi ça ne date pas d’hier), dans ce livre donc, après avoir temporisé, expliqué comment ça va se passer et que c’est prévu pour s’inscrire dans un projet plus grand, plus abouti (il ne peut pas s’en empêcher), James cite ces quelques vers : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous et luttez. Vous n’avez rien à perdre que vos chaînes, et un monde à gagner ». Et de mettre en garde illico le lecteur orienté ou malveillant ou bête par un petit paragraphe qui se conclut sur « (…) étant donné les dangers auxquels s’expose à présent tout homme honnête, ou intelligent, ou subtile, il peut convenir de déclarer explicitement que ni ces mots ni les auteurs ne sont la propriété d’aucun parti politique, d’aucune foi, d’aucune faction ». Dont acte. N’empêche que si on resitue Le projet « Vagabond » dans le contexte –1947, bientôt la chasse aux sorcières- ça reste, oui allez, explosif (tout le monde fait la blague, j’en suis certaine, alors moi aussi).

Mais à cause du contexte –1952, la chasse aux sorcières, plus quelques soucis annexes- Chaplin finit, lui, par quitter les USA et malgré un échange de lettre plein de bonne volonté entre 1947 et 1953, lettres partiellement inclues dans le présent livre (Agee en est embarrassant d’admiration devant le maître), le film ne se fera jamais… Agee est mort en 1955, jeune, d’une crise cardiaque… Et voilà, il reste cette/ces ébauches devant lesquelles j’ai tant renâclé mais où, c’est indéniable, j’ai aussi, par moments, été captivée par quelques fulgurances. Je laisse aux curieux le soin de découvrir le lien établi entre ce film mort-né et Wall-E, je signale au passage que l’éditeur Capricci fait des livres bien pensés entre fond et forme –c’est le genre de choses qui se soulignent. Et puis je suis quand même contente d’avoir eu l’occasion de faire cette lecture car par esprit d’association ça m’a amené à lire des choses sur les contemporains « muets » de Chaplin : un roman biographique drôle et glauque sur Roscoe « Fatty » Arbuckle (Moi, Fatty de Jerry Stahl) et un essai sur le merveilleux Buster Keaton (si quelqu’un sait où trouver son autobiographie épuisée me semble-t-il, Slapstick, je suis preneuse !!! Ou si Capricci veut la rééditer ?). Voilà, c’est terminé, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations ou bien aller faire un tour sur le site des éditions Capricci pour commander Le vagabond d’un nouveau monde. (Masochistes).

Jenny Ulrich

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