[cinéphilie :] Gérald Hustache-Mathieu

14 Jan

Gérald Hustache-Mathieu (réalisateur d’Avril, déjà avec Sophie Quinton) était à Strasbourg pour présenter son second long métrage, Poupoupidou (sortie le 12 janvier 2011). L’action de ce nouveau film se passe à Mouthe, ville la plus froide de France, où David Rousseau (Jean-Paul Rouve), auteur de polar à succès qui se rêve -stérilement- l’égal de James Ellroy vient toucher un héritage. En quittant la ville, il passe devant la dépouille de Candice Lecoeur (Sophie Quinton) que la police extirpe de la neige. Rousseau se persuade que la starlette locale ne s’est pas suicidée et entreprend une enquête à la manière d’Ellroy, tandis que Candice, morte, l’observe. Poupoupidou est un film d’atmosphère, qui utilise astucieusement le « mythe Marilyn Monroe » et convoque des images qui font tilt chez les cinéphiles. Raison de plus pour soumettre Gérald Hustache-Mathieu à l’exercice de la « cinéphilie » ! Voici ses réactions aux  films suivants.

CERTAINS L’AIMENT CHAUD (Billy Wilder) :

Certains l’aiment chaud, d’autres l’aiment froide… Je les ai revus en fait les films avec Marilyn, et dans celui-là ce qui m’a frappé c’est à quel point ils filment son apparition en cadrant son cul et ses seins. Elle arrive dans la gare –d’ailleurs le plan a été refait un nombre incalculable de fois pour que ce soit vraiment parfait : ils font un travelling, ils font arriver ses seins et ensuite, on filme son cul qui se dandine dans cette petite robe. On voit à quel point l’image de la femme, et de cette actrice, à Hollywood, se résumait à ça. Avec une perruque blonde. C’est ce qui m’a le plus choqué, bizarrement, en revoyant le film. Et juste après, elle monte dans le train et, pareille, elle se penche et là on voit son décolleté… Je ne sais pas, j’ai presque été… C’est marrant, c’est comme si avant je me souvenais de tout le reste du film, de tout ce qui me charmait dans le film, et pour le coup, après avoir lu tous les livres sur Marilyn, d’un seul coup je prenais la mesure de cette espèce d’irrespect d’Hollywood à son égard, au fond. Je crois que c’est ce qui a fait que dans mon film, je voulais dire, et elle le dit Candice d’ailleurs à un moment donné, voilà : « les fans, après, ils veulent ton cul et tes seins et c’est tout ce qui les intéressent ». Et bizarrement, vous voyez, quand vous m’en parlez maintenant, Certains l’aiment chaud, ben peut-être qu’il aurait dû s’appeler Certains l’aiment chaude.

LE DAHLIA NOIR (Brian De Palma) :

Ah ? Moi quand on me dit Le Dahlia Noir je ne pense pas au film, je pense au livre évidemment, et je pense à James Ellroy immédiatement. Cela dit, il y a beaucoup de choses dans le film que j’ai aimé. Ce que j’aime le plus chez De Palma, c’est sa passion pour Alfred Hitchcock. Il y a des gens qui trouvent que c’est un pâle copiste, moi au contraire c’est ce qui m’intéresse les plus chez lui. Je trouve que c’est quelqu’un qui a l’audace, justement, d’aller sur le terrain d’Hitchcock, d’essayer… Voilà, Hitchcock il n’a eu de cesse que de réinventer le cinéma, alors Brian De Palma n’est pas Alfred Hitchcock, mais je trouve que par moments il touche une belle émotion. Ce qui me reste du Dahlia Noir… Oui, je vous dis : à chaque fois je pense à James Ellroy et à ce meurtre qui a hanté toute sa vie, cette noirceur. Cette noirceur dont je suis incapable. Parce que j’ai ce point commun avec David Rousseau, je crois que, tout au fond de moi, ce n’est pas que j’aimerais être James Ellroy, mais j’aimerais pouvoir l’être ne serait-ce qu’une heure. C’est-à-dire que j’aimerais pouvoir faire un film qui aurait la dimension d’un livre d’Ellroy. Et en fait, je suis foncièrement plus léger. Foncièrement moins noir. Je suis envahi de lumière quand j’écris, je suis romantique, comique, et j’ai beaucoup de mal à aller vers la noirceur, à assumer ça, alors que je pense que j’ai aussi cette part-là en moi. Peut-être que c’est ça qui a donné aussi ce personnage de cet auteur qui voudrait être quelqu’un d’autre et qui au fond comprend qu’on ne peut être que soi-même.

TWIN PEAKS : FIRE WALK WITH ME (David Lynch) :

Ah ! Déjà, Twin Peaks (NDLR : la série), je dois avouer que je n’ai pas tout vu. J’ai vu toute la première saison, il y a très longtemps, et la deuxième saison m’a très vite ennuyée, tout simplement parce que Lynch n’était plus aux manettes et ça se voyait. Je crois avoir vu les trois, quatre derniers épisodes en ayant sauté toute une part de Twin Peaks, et ce qui m’a réintéressé de nouveau, ben c’est le dernier épisode une nouvelle fois mis en scène par David Lynch. Quand il est aux manettes, vraiment, ça fait la différence. Tout cet univers… C’est bizarre de dire ça, c’est un des cinéastes dont je me sens le plus proche, mais au sens : plus proche de ce que j’aimerais réussir à faire. Et en même temps, je trouve toujours qu’il est inégalable. Moi, je trouve que David Lynch est quelqu’un d’immense. Pour le coup, voilà quelqu’un qui a réussi à réconcilier la noirceur de James Ellroy avec la fantaisie des frères Coen. Voilà le modèle. Il arrive à faire des scènes complètement cocasses, complètement saugrenues, à inventer un univers profond, dense… C’est limite que parfois je pourrais abandonner. Après mon premier film… J’aime tellement ses films, enfin ceux d’autres aussi, mais en particulier ceux de David Lynch… Quand je vois ses films je suis sec pendant des mois à me dire qu’il faut que j’abandonne : je n’arriverai jamais à ce point-là, alors à quoi bon ? Et puis, à la manière de David Rousseau qui suit quand même sa route, qui essaye d’exister en étant lui-même, je suis quand même cette voie-là. Mais j’aimerais un jour arriver à… C’est une ambition folle, mais forcément quand on fait des films, on a l’ambition de réussir quelque chose comme nos maîtres… Et Twin Peaks, le film, au début, quand je l’ai vu, je ne l’ai pas tant aimé que ça. Parce que j’étais trop proche de la série. Et que du coup, il était désarçonnant au regard de la série. Je l’ai re-regardé beaucoup plus tard : en fait il est passionnant. Si on le regarde complètement comme un film en soi, en oubliant la série, le film est passionnant et il explore une fois de plus des noirceurs insondables. Comme à chaque fois il a réussi un chef-d’œuvre.

BARTON FINK (Joël et Ethan Coen) :

C’est marrant, c’est encore un film que je n’avais pas trop aimé à sa sortie. J’étais plus jeune, moins cinéphile qu’aujourd’hui, je ne connaissais pas bien l’univers des frères Coen. Ce film, je me souviens qu’à l’époque il m’avait un peu ennuyé et que je ne comprenais pas pourquoi tout le monde le trouvait si grand. Je l’avais même un peu oublié. Et en fait, en écrivant le scénario de Poupoupidou, un jour ma scénariste me dit que c’est drôle il y a des choses qui lui font penser à Barton Fink. Ah bon ? Je ne voyais pas quoi, je ne me souvenais pas vraiment du film. Et puis à un moment donné, comme on m’en parlait souvent, j’ai décidé de revoir ce film, mais après avoir terminé mon scénario. Et là, j’ai été effaré ! J’étais effaré de voir à quel point il y avait des similitudes. Dans une des versions du scénario de Poupoupidou, le film se terminait, il y avait une photo d’une plage de Los Angeles, et le film se terminait avec David Rousseau assis sur cette plage, la même que celle de la photo. Quand j’ai revu Barton Fink, c’est ce qui m’a fait couper dans mon scénario, j’ai dit : non, ben là on a vraiment l’impression d’un copié/collé ! Donc on est allés ailleurs. Mais c’était effarant. Il y a une autre anecdote, c’est que quand je suis parti en repérage pour le film, en m’arrêtant dans le premier hôtel à côté de Mouthe, à Malbuisson, je rentre dans cet hôtel et je tombe dans ce couloir que j’ai filmé ensuite, un couloir avec une tapisserie invraisemblable, complètement envahie de feuilles et de fougères entêtantes. Je dis : il faut vraiment tourner la séquence ici. Et il se trouve que quand j’ai vu Barton Fink, en fait le couloir du film des frères Coen ressemble pratiquement point par point au couloir de l’hôtel de Malbuisson. À croire que les frères Coen y étaient déjà allés.

ELEPHANT (Gus Van Sant) :

Ahlala ! Ah ce film ! J’étais à Cannes quand j’ai vu ce film. C’est un des tout premiers qui étaient passés je crois et j’étais, mais complètement sidéré de la magie de ce film. A tel point que je me souviens que cette année-là, tous les autres films me paraissaient… Je me souviens, il y avait Mystic River de Clint Eastwood, c’est quand même pas mal, Mystic River ! Ben non, ça me paraissait faible. Comme quoi un film peut écraser… Cette  simplicité… Alors pour le coup, voilà ! Quelques fois on se demande ce que c’est qu’un chef d’œuvre : en voilà un. En plus, c’est un film que j’ai eu beaucoup de mal à revoir, parce que j’avais peur d’être déçu, et puis je l’ai quand même revu un jour : je n’ai pas du tout été déçu. C’est un bijou ce film. Et par son sujet, et par sa mise en scène et par l’audace, l’intégrisme.. euh non : l’intégrité ! Vous voyez je dis un mot à la place de l’autre, mon cerveau est un peu maladroit (NDLR : comme un des personnages de Poupoupidou, nous en discutions au cours d’une autre interview). L’in-té-gri-té de Gus Van Sant. Pareil, encore une fois, lui il ose des sujets, il va au bout, il les tisse : c’est un film qui tient sur un fil, mais quel fil et comment il le tient ! Ensuite, le petit clin d’œil dans Poupoupidou… Évidemment, comme j’avais décidé de me laisser aller à tout ce que j’aimais, forcément à un moment donné Elephant est arrivé par là. En fait on devait habiller ce jeune homme dans l’histoire et d’un seul coup j’ai pensé à ce T. shirt que moi-même j’avais acheté –ils le vendaient au MK2-, le T.shirt d’Elephant… Je l’avais dans mes bagages et du coup, j’ai pris mon propre T. Shirt pour le lui donner et je trouvais que ça faisait sens. Le clin d’œil faisait sens.

Propos recueillis par Jenny Ulrich

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