Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 28)

17 Jan

// HOOK – Steven Spielberg //

Spielberg, c'est fou!

Dans une filmographie aussi riche que celle du nabab Spielberg, il est aisé de passer à côté de certains titres et d’en dénigrer d’autres. Hook aura été mal apprécié à sa sortie, et son auteur n’aura jamais caché sa déception face au résultat final. Le film, considéré pour sa place particulière au sein de l’œuvre du cinéaste, n’est toutefois pas dénué d’intérêt. Bien sûr, Steven est, à l’issue des années 80, le réalisateur naturellement destiné à adapter l’histoire de Peter Pan. Le récit de J.M Barrie contient toutes ses obsessions. On y retrouve le goût de l’aventure, le père absent puis substitué, l’indépendance d’esprit de l’enfant, et le paradis perdu.

Sur le papier, cette évolution de l’histoire de Peter et Wendy ressemble à du caviar pour le cinéaste. Il y a là tout ce qui fait son cinéma. Malgré un casting un rien crispant (Kevin Kline aurait effectivement été plus approprié dans le rôle de Pan), Spielberg s’évertue à appliquer ses recettes. Depuis quinze ans, il est le chantre de la candeur, le père du merveilleux jeté à l’écran, le pape de l’émotion survendue aux gosses.

Spielberg a toutes les cartes en main pour livrer un nouveau chef d’œuvre. Ce ne sera pas le cas. Hook est une déception, parce qu’il s’agit d’une œuvre tardive dans la carrière du cinéaste. A l’orée des années 90, il n’a plus le jus, plus l’envie de jouer avec les enfants perdus. La naïveté se dissipe peu à peu. Sa sensibilité évolue, et, à bien y regarder, cette revanche de Crochet pourrait être un film charnière.

Le révélateur, c’est justement le personnage titre : Hook, Crochet. The better the villain, comme disait Hitchcock. Et pourtant, le capitaine est-il un vrai méchant de cinéma ? Il est un vieil homme en quête d’une Némésis. Confier le rôle à ce sublime cabotin d’Hoffman n’était pas innocent. Crochet est un guignol désenchanté. Il n’a pas quitté le pays imaginaire, et il croit à un ultime combat. Il est le porteur d’une foi qui a abandonné Peter Pan. Il attire la sympathie du spectateur. De manière très inhabituelle, Spielberg se prend d’affection pour le bad guy. Il délaisse le camp des héros, et met en scène un personnage sinistre et séduisant, veule et touchant. Le très primaire papa d’E.T se dispense de manichéisme.

L’honneur sera sauf. Justice sera rendue. Le dernier mot appartiendra à Peter Pan, et le cinéaste pourra prôner la supériorité du rêve et de l’utopie. Mais le ver est dans le fruit. Spielberg a confessé, près de 20 ans après Jaws et Duel, le grand retour de sa fascination pour le monstre.

Greg Lauert

A savoir : la dernière version du scénario aurait été supervisée par Carrie Fisher, pourtant non créditée au générique.

HOOK de  Steven Spielberg // 1991 // 144 minutes // 2.20 : 1 // Avec Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts, Bob Hoskins, Maggie Smith

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2 Réponses to “Ces films dont on ne vous parle pas (épisode 28)”

  1. Reda mardi 18 janvier 2011 à 01235 #

    « Spielberg s’évertue à appliquer ses recettes. Depuis quinze ans, il est le chantre de la candeur, le père du merveilleux jeté à l’écran, le pape de l’émotion survendue aux gosses.[…]La naïveté se dissipe peu à peu. Sa sensibilité évolue, et, à bien y regarder, cette revanche de Crochet pourrait être un film charnière. »

    !!

    1977 Rencontres du troisième type
    1979 1941
    1983 La Quatrième Dimension
    1985 La Couleur pourpre
    1987 Empire du soleil
    1989 Always

    ps : « recettes » ?

  2. Grimreaper mercredi 2 février 2011 à 90934 #

    Pour ma part, l’erreur de Hook a été le changement presque permanent dans l’histoire !
    Alors que le tournage avait déjà commencé, les acteurs et même Spielberg proposait sans arrêt des changement (intéressant et parfois moins intéressant). Puis Carrie Fisher n’a pas signé la dernière version du script mais comme bien souvent, Spielberg aime demandé l’avis de ses proches sur certains de ces projets. Ces comme ca que Carrie Fisher, Ann Spielberg et Tom Stoppard ont servis de script doctor.

    Et à la fin de Hook, Spielberg ne tue pas le Capitaine Crochet. La scène est coupée (ou jamais filmée, on ne le saura jamais) mais le Capitaine survit à l’effondrement du crocodile et il reste seul dans les ruines de sa ville de pirates en suppliant à Peter (qui s’envole déjà pour le monde réel) de ne pas le laisser tout seul.

    Personnellement, je pense que Spielberg aurait du faire Peter Pan quand il l’avait prévu (les studios d’Elstree à Londres avaient été réservés) et laissé la suite à quelqu’un d’autre comme le premier realisateur responsable de Hook, Nick Castle. Qui avait déjà si bien participé au l’élaboration du film qu’il a été crédité au scénario. Spielberg était déjà trop occupé sur Jurassic Park alors qu’il terminait seulement le tournage de Hook.

    Ce qui est amusant c’est que je trouve plus intéressant de discuter sur les films « considérés » comme mauvais que les grands sucées.
    La question n’est pas de savoir si tel ou tel film est le meilleur ou le pire des films de Spielberg mais pourquoi il peut être considéré comme meilleur ou pire.

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